lundi 13 juillet 2026

« Nous ne sommes pas seuls – Images extraterrestres » aux Rencontres de la Photographie d'Arles 2026

 OVNIS : quand la photographie interroge la vérité

Philippe Baudouin, commissaire de l’exposition

« Nous ne sommes pas seuls – Images extraterrestres » aux Rencontres de la Photographie d'Arles 2026

Expo du 6 juillet au 4 octobre 2026
La Croisière
65 boulevard Émile Combes 13200 ARLES

Les Rencontres de la Photographie d'Arles n'avaient encore jamais consacré une exposition d'une telle ampleur à l'imaginaire des OVNI. Avec « Nous ne sommes pas seuls – Images extraterrestres », le festival ouvre une porte inattendue sur plus d'un siècle de photographies, d'archives et de témoignages liés aux phénomènes aérospatiaux non identifiés.

Installée à La Croisière, cette exposition, conçue par l'historien et commissaire Philippe Baudouin, n'est ni une démonstration de l'existence des extraterrestres, ni une entreprise de démystification. Son ambition est plus subtile : comprendre comment les images d'OVNI ont façonné notre imaginaire collectif et comment la photographie est devenue, au fil des décennies, le principal support de la croyance... mais aussi du doute.

L'OVNI comme objet photographique

L'idée est particulièrement originale.

Depuis 1947, des milliers de photographies d'OVNI circulent dans le monde entier. Certaines sont devenues iconiques, d'autres ont été démasquées comme des canulars, tandis que quelques-unes demeurent inexpliquées.

L'exposition rassemble des documents issus de collections privées, d'archives publiques, de magazines spécialisés et de fonds rarement montrés au public. On y retrouve notamment plusieurs clichés célèbres réalisés par le Suisse Billy Meier, dont l'une des photographies servira plus tard de modèle au célèbre poster « I Want to Believe » de la série X-Files.

Le visiteur comprend rapidement que la photographie d'OVNI n'est pas seulement un document technique : elle constitue un véritable phénomène culturel.

Au fil des décennies, la soucoupe volante est devenue une figure esthétique immédiatement identifiable.

Trois chapitres pour raconter une histoire

Le parcours s'organise autour de trois grandes thématiques.

1. Les formes

Cette première partie présente l'évolution des représentations des objets volants non identifiés. Disques métalliques, cigares volants, sphères lumineuses, triangles noirs, objets ovoïdes...

On découvre comment certaines formes reviennent de manière récurrente dans les témoignages, mais également comment ces images se sont progressivement nourries du cinéma, de la bande dessinée, de la télévision puis d'Internet.

L'exposition rappelle ainsi que les photographies d'OVNI sont autant des objets documentaires que des productions culturelles.

2. Les témoins

La seconde partie est probablement la plus passionnante.

Elle replace les images dans leur contexte humain. Une photographie d'OVNI ne raconte jamais toute l'histoire.

Derrière chaque cliché se trouvent un témoin, un récit, des émotions, parfois une enquête officielle. Croquis de gendarmerie, rapports, coupures de presse, dessins d'enfants ou récits de rencontres rapprochées viennent compléter les photographies afin de montrer que l'image n'est qu'un élément d'un dossier beaucoup plus vaste.

Cette approche rejoint d'ailleurs les méthodes employées depuis plusieurs décennies par les enquêteurs civils ou institutionnels, qui considèrent qu'une photographie isolée n'a que peu de valeur sans son contexte d'observation.

3. Les croyances

Le troisième chapitre élargit encore la réflexion.

Les OVNI ne produisent pas seulement des images. Ils produisent aussi des croyances.

L'exposition présente différents mouvements spirituels ayant intégré la présence d'intelligences extraterrestres dans leur vision du monde. Il ne s'agit pas d'en faire l'apologie mais d'explorer les conséquences sociales et culturelles qu'ont pu avoir certains récits de rencontres avec des êtres venus d'ailleurs.

Une réflexion très actuelle

L'un des mérites majeurs de cette exposition est de dépasser la simple question : « Les OVNI existent-ils ? »

Elle pose une interrogation beaucoup plus contemporaine : « Peut-on encore croire ce que montrent les images ? »

Philippe Baudouin rappelle que les photographies d'OVNI ont très tôt contribué à installer une véritable « culture du doute visuel ». Longtemps avant l'essor des réseaux sociaux ou de l'intelligence artificielle générative, ces clichés flous, difficiles à interpréter et souvent controversés forçaient déjà le public à s'interroger sur la valeur de la preuve photographique.

À l'heure où chacun peut fabriquer une image parfaitement réaliste grâce à l'IA, cette interrogation prend une résonance nouvelle.

L'exposition montre d'ailleurs plusieurs procédés permettant de fabriquer de fausses photographies d'OVNI, rappelant que la manipulation des images ne date pas de Photoshop.

Une exposition qui ne prend pas parti

C'est sans doute sa principale qualité. Contrairement à certaines expositions sensationnalistes, « Nous ne sommes pas seuls » ne cherche ni à convaincre le visiteur de la réalité des extraterrestres ni à ridiculiser les témoins.

Elle adopte une posture d'historien.

Les images sont présentées comme des objets culturels qui racontent autant notre fascination pour l'inconnu que l'évolution de nos sociétés.

Cette neutralité intellectuelle explique probablement pourquoi plusieurs critiques ont retenu cette exposition parmi les temps forts des Rencontres d'Arles 2026. La presse souligne la richesse des archives réunies et la manière dont elles interrogent le statut de la photographie comme preuve, sans trancher la question de la réalité des phénomènes observés.

Regard critique

Pour les chercheurs travaillant sur les UAP/PAN, cette exposition présente néanmoins une limite. Le choix est clairement celui d'une histoire des représentations plutôt que d'une histoire des enquêtes. Les travaux scientifiques contemporains, les programmes militaires récemment déclassifiés ou les recherches actuelles sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés occupent une place relativement secondaire.

Le visiteur ressort avec une excellente compréhension de la culture OVNI, mais beaucoup moins avec une vision des recherches institutionnelles actuellement menées aux États-Unis, en France ou ailleurs.

Il ne faut toutefois pas y voir une faiblesse, mais un choix muséographique assumé.

Les Rencontres d'Arles sont avant tout un festival de photographie. L'image est ici étudiée comme un langage.

Notre analyse

Cette exposition constitue probablement l'un des événements culturels les plus originaux consacrés aux OVNI en Europe depuis plusieurs années.

Elle marque une étape importante dans la reconnaissance du phénomène OVNI comme objet d'histoire de l'art, de l'image et de la culture populaire.

En faisant dialoguer archives, photographies, témoignages et œuvres contemporaines, Philippe Baudouin montre que l'OVNI n'est pas seulement une énigme scientifique ou militaire : c'est aussi un puissant révélateur de notre rapport à la preuve, au doute et à l'imaginaire.

À une époque où les images générées artificiellement brouillent toujours davantage la frontière entre le réel et la fiction, « Nous ne sommes pas seuls – Images extraterrestres » apparaît finalement moins comme une exposition sur les extraterrestres que comme une réflexion sur notre manière de regarder le monde.

Notons qu’un certain nombre de photos ont été communiquées par Yves Bosson, un ufologue qui depuis une cinquantaine d’années s’intéresse au dossier ovni, il  a créé à Marseille une agence spécialisée dans les photos relatives à l’ufologie : l’agence Martienne.

Et c'est peut-être là sa plus grande réussite.


Exposition OVNI à Arles en ce moment

  

Nous ne sommes pas seuls. Images extraterrestres est l'OVNI dans le ciel arlésien de cette 57 ème édition.

 

Des Canaries au Brésil, en passant bien sûr par les Etats-Unis, le commissaire d’exposition Philippe Baudouin a rassemblé un étonnant corpus de clichés évoquant les phénomènes aérospatiaux non identifiés. 

 

  • Où et quand : du 6 juillet 2026 au 4 octobre 2026, à la Croisière, 65 boulevard Emile-Combes, à Arles, jusqu’au 4 octobre. 
  • Statut : Lauréat de la bourse de recherche curatoriale 2025, exposition produite par les Rencontres d'Arles. 
  • Propos : L'exposition s'articule en trois chapitres : le premier, formes, est dédié à l'apparence plastique des phénomènes observés ; le deuxième se concentre sur le point de vue des témoins de rencontres rapprochées ; le troisième s'intéresse aux cultes et croyances. 
  • Corpus : plus de 1 400 clichés, affiches, coupures de Radar, rapports de gendarmerie de 1974, archives NASA, Service historique de la Défense, collections privées comme celle de Billy Meier, dont une photo de 1975 a servi d'affiche à X-Files. Le commissaire défend une esthétique de l'accident, où le défaut technique renforce la fascination.

 

L'exposition accompagne un livre à venir : O.V.N.I, une histoire photographique, Hoëbeke, à paraître en octobre 2026. 

 


QUI EST PHILIPPE BAUDOUIN

Philippe Baudouin est le commissaire de l'exposition OVNI qui fait beaucoup parler aux Rencontres d'Arles cet été. Voici son parcours.

Qui est-il ?

Philosophe et homme de radio. Philippe Baudouin est français, né le 2 septembre 1981. Diplômé d'un Master de philosophie, il est chargé de réalisation à France Culture (Radio France) et philosophe, auteur de plusieurs documentaires et reportages pour Arte Radio. 

Il vit et travaille à Paris. Il est réalisateur radio et maître de conférences associé en sciences de l'information et de la communication à l'université Paris-Saclay. 

On le présente aussi comme : Philippe Baudouin est chargé de réalisation à France Culture et philosophe. Il est l'auteur d'Au microphone : Dr. Walter Benjamin (MSH, 2009). Il a ensuite dirigé Écrits radiophoniques de Walter Benjamin (Allia, 2014) et préfacé la réédition du Royaume de l'au-delà de Thomas Edison. 

Un chercheur des marges

Son fil rouge, c'est l'histoire des médias croisée avec les sciences occultes, le paranormal et l'invisible.

Radio et occultisme : en 2014 il produit Les Langues de l'éther, un atelier sur les rapports entre radiophonie et sciences occultes.

Archives de la hantise : il explore les enquêteurs du surnaturel, notamment le gendarme Émile Tizané (1901-1982) dans Les Forces de l'ordre invisible (Le Murmure, 2016), puis Apparitions. Les archives de la France hantée (Hoëbeke, 2021) et Surnaturelles, une histoire visuelle des femmes médiums (Pyramyd, 2021).

Musée : il a déjà orchestré la fascinante exposition Phénomènes, consacrée aux images paranormales, au Musée d'histoire de la médecine de Paris en 2022. 


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