lundi 17 août 2026

LE PARLEMENT JAPONAIS DEMANDE LA CREATION D'UN ORGANISME CHARGE DU DOSSIER OVNI

Japon : le Parlement demande au gouvernement de créer une véritable structure de commandement sur les UAP

Le 28 mai 2026, une étape nouvelle dans la politique japonaise des phénomènes aérospatiaux non identifiés

Tokyo, 28 mai 2026. Dans un contexte international marqué par la multiplication des débats officiels sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés — UAP, selon la terminologie désormais privilégiée par de nombreux gouvernements — le Japon vient de franchir une nouvelle étape institutionnelle.

Photo:  Le secrétaire général du Cabinet, Kihara, reçoit une proposition de Yasuo Hamada (à droite), président de la « Ligue parlementaire bipartite pour l'étude des phénomènes anormaux non identifiés – photo : saitama-np.co.jp

Le 28 mai, des membres du groupe parlementaire transpartisan japonais consacré aux phénomènes anormaux non identifiés ont rencontré Minoru Kihara, secrétaire général du Cabinet japonais, auquel ils ont remis une proposition officielle visant à renforcer considérablement la réponse gouvernementale aux UAP.

L’événement a été rapporté le jour même par plusieurs médias japonais, notamment TBS News, FNN, Kyodo et différents journaux régionaux reprenant la dépêche de l’agence Kyodo. Tous insistent sur un même élément : les parlementaires ne demandent pas au gouvernement de rechercher des extraterrestres, mais de se préparer à des événements dont la nature et l’origine demeurent inconnues et qui pourraient avoir des implications pour la sécurité nationale.

Cette nuance est essentielle pour comprendre l’évolution de la position japonaise.

Un groupe parlementaire qui a changé de registre

Le groupe porte officiellement le nom de « 安全保障から考える未確認異常現象解明議員連盟 », que l’on peut traduire par :

« Groupe parlementaire pour l’étude des phénomènes anormaux non identifiés sous l’angle de la sécurité nationale ».

Il est généralement désigné par les médias japonais sous le nom beaucoup plus court de UFO議連 — UFO giren, c’est-à-dire « groupe parlementaire UFO ». Son président est Yasushi Hamada, ancien ministre japonais de la Défense et figure importante du Parti libéral-démocrate. Parmi les responsables associés au groupe figure notamment Gen Nakatani, ancien ministre de la Défense, tandis que Yoshiharu Asakawa, du Nippon Ishin no Kai, en a également été l’un des animateurs. La composition transpartisane du groupe est significative. La question des UAP n’est donc pas confinée à une petite formation marginale : elle est abordée par des responsables appartenant à plusieurs courants politiques.

Le groupe avait déjà attiré l’attention en 2024 lorsqu’il avait commencé à structurer ses activités autour de la question UAP et de la sécurité nationale. À cette époque, les parlementaires japonais avaient clairement expliqué que leur intérêt portait notamment sur la possibilité qu’un phénomène apparemment inexpliqué puisse en réalité correspondre à un drone, un système de reconnaissance, une arme étrangère, un phénomène naturel ou une technologie inconnue.

Autrement dit, le raisonnement japonais est très proche de celui qui s’est imposé progressivement aux États-Unis :

On ne demande pas d’abord ce qu’est le phénomène. On demande d’abord si le phénomène peut représenter une menace.

Le 28 mai, Yasushi Hamada et plusieurs membres du groupe parlementaire se sont rendus au Parlement japonais afin de remettre directement à Minoru Kihara le document intitulé :

« Proposition concernant la mise en place d’un dispositif gouvernemental de réponse aux phénomènes anormaux non identifiés (UAP) ».

La proposition demande notamment que les informations relatives aux UAP puissent être centralisées au niveau du Cabinet, afin d’éviter qu’elles restent dispersées entre différentes administrations. C’est probablement le point le plus important de cette démarche.

Les parlementaires estiment que le Japon dispose déjà de différents organismes susceptibles de détenir des informations pertinentes : ministère de la Défense, Forces japonaises d’autodéfense, autorités aéronautiques, police, administrations locales et autres organismes gouvernementaux. Mais ces informations peuvent demeurer fragmentées. En conséquence le groupe parlementaire veut donc une sorte de centre gouvernemental de coordination, capable de recevoir les signalements, de les analyser et de décider rapidement quelle administration doit intervenir.

TBS News résume ainsi l’objectif : établir sous l’autorité du secrétaire général du Cabinet une fonction permettant de centraliser les informations et de donner rapidement des instructions pour une réponse scientifique et gouvernementale lorsqu’un incident survient.

Le mot important : « 司令塔 », le centre de commandement

La terminologie employée par la presse japonaise est particulièrement intéressante. Plusieurs médias parlent d’une demande visant à établir une « 司令塔機能 », littéralement une « fonction de tour de contrôle » ou de « centre de commandement ». Kyodo, repris notamment par plusieurs journaux japonais, titre ainsi :

« Le groupe parlementaire demande une fonction de commandement pour répondre aux UFO ».

Le terme est beaucoup plus révélateur que le mot UFO lui-même. Il montre que la question est en train de changer de catégorie politique. Il ne s’agit plus seulement de savoir si les observations de phénomènes inhabituels sont authentiques.

La question devient :

Qui est responsable lorsque quelque chose d’inconnu apparaît dans l’espace aérien japonais ?

Cette interrogation est fondamentale pour un État moderne. Si un objet non identifié est détecté au-dessus d’une installation nucléaire, d’une base militaire, d’un aéroport ou d’une infrastructure stratégique, plusieurs administrations peuvent être concernées simultanément. La Défense peut considérer l’événement comme une question de surveillance aérienne. La police peut être concernée par la sécurité publique. Les autorités aéronautiques peuvent être responsables des risques pour l’aviation. Le renseignement peut chercher à déterminer s’il s’agit d’un système étranger. Et le Cabinet peut devoir coordonner l’ensemble.

C’est précisément ce problème de fragmentation institutionnelle que les parlementaires japonais veulent résoudre.

La proposition du 28 mai n’est pas seulement théorique. Elle s’appuie notamment sur un événement survenu en juillet 2025 au-dessus de la centrale nucléaire de Genkai, dans la préfecture de Saga. Trois lumières mystérieuses avaient alors été observées dans le ciel au-dessus de la centrale. L’affaire a profondément intéressé les parlementaires japonais parce qu’elle mettait en évidence, selon eux, les limites de la circulation de l’information entre les différentes administrations.

La dépêche Kyodo souligne que la proposition parlementaire reproche au gouvernement de ne pas avoir disposé d’une capacité suffisante pour centraliser les informations concernant cet incident. C’est un argument particulièrement puissant. Une observation étrange au-dessus d’un territoire rural n’a évidemment pas la même importance stratégique qu’un phénomène détecté au-dessus d’une installation nucléaire. Dans ce second cas, l’incertitude elle-même devient un problème de sécurité.

La proposition parlementaire ne se limite cependant pas à l’organisation administrative. Elle demande également la création d’un environnement dans lequel les personnes ayant observé un phénomène inhabituel puissent le signaler sans craindre les moqueries, les sanctions ou des conséquences professionnelles négatives.

TBS News insiste sur ce point. Le groupe parlementaire veut mettre en place un système permettant aux témoins de signaler des événements inhabituels sans craindre d’être ridiculisés ou pénalisés. Cette revendication est loin d’être secondaire. Elle touche à l’un des problèmes historiques de la recherche sur les OVNI : le sous-signalement.

-     Un pilote militaire qui observe un objet qu’il ne parvient pas à identifier peut hésiter à le signaler s’il pense que ses collègues vont se moquer de lui.

-       Un pilote civil peut craindre des conséquences sur sa carrière.

-       Un fonctionnaire peut hésiter à transmettre une information inhabituelle s’il ne sait pas quelle administration est compétente.

-   Un militaire peut également se demander si l’information relève d’une procédure de renseignement classifiée.

Le résultat est toujours le même : moins de signalements, moins de données, moins de possibilités d’analyse. Le Japon semble donc vouloir s’attaquer non seulement au problème de l’analyse, mais aussi à celui de la culture institutionnelle du signalement.

La proposition intervient également au moment où les États-Unis accélèrent considérablement leur politique de publication d’informations concernant les UAP. Les parlementaires japonais demandent au gouvernement d’examiner les informations rendues publiques par Washington. Cette demande est importante parce que le Japon est un allié militaire majeur des États-Unis. Les données américaines peuvent potentiellement concerner des phénomènes observés dans le Pacifique, des activités militaires, des systèmes de surveillance ou des objets dont l’origine pourrait être étrangère.

La question UAP devient donc également une question de coopération de renseignement entre alliés. C’est un élément central du raisonnement japonais. Il ne serait pas nécessairement pertinent pour Tokyo de reproduire exactement l’organisation américaine. Mais il devient difficile pour le Japon d’ignorer une évolution institutionnelle qui concerne son principal allié stratégique.

La réponse prudente de Minoru Kihara

La réaction du gouvernement japonais mérite une attention particulière. Après avoir reçu la proposition, Minoru Kihara a déclaré que, lorsqu’une situation d’urgence concernant notamment la sécurité des personnes et des biens se produit, le Cabinet peut coordonner les administrations concernées afin que le gouvernement puisse agir de manière unifiée.

FNN rapporte ainsi la déclaration du secrétaire général du Cabinet : en cas de situation urgente susceptible de provoquer des dommages graves aux personnes ou aux biens, le gouvernement entend agir de manière coordonnée sous l’autorité du Cabinet. Cette réponse est importante mais également prudente.

Kihara n’a pas annoncé la création immédiate d’une agence japonaise spécialisée dans les UAP. Il n’a pas non plus promis une déclassification générale des dossiers japonais. Au sujet d’une éventuelle publication d’informations, il a expliqué que chaque décision devait être prise au cas par cas, notamment en tenant compte du risque de révéler les capacités de collecte de renseignements du gouvernement. C’est probablement ici que se situe la véritable limite de l’annonce du 28 mai. Le Parlement demande davantage de transparence et de centralisation. Le gouvernement répond :

Oui à la gestion des situations de crise, mais pas nécessairement à une transparence absolue.

Il serait donc erroné de présenter l’événement du 28 mai comme la création d’un « AARO japonais ». Ce n’est pas le cas. Le groupe parlementaire demande une structure de coordination gouvernementale, mais la rencontre avec Kihara ne signifie pas que le gouvernement japonais a déjà créé une agence indépendante comparable à l’All-domain Anomaly Resolution Office (AARO) américain. La distinction est essentielle. Une proposition parlementaire est une demande politique. Une structure gouvernementale permanente nécessite des décisions administratives, des compétences définies, des personnels, des budgets, des procédures de classification et une chaîne de responsabilité. Le Japon se trouve donc à un stade de transition. Mais cette transition est intéressante.

L’un des commentaires médiatiques les plus révélateurs est venu du Tokyo Shimbun. Le quotidien a présenté l’évolution du dossier sous un angle particulièrement significatif : le problème des UAP est désormais moins présenté comme une question d’« extraterrestres » que comme une question de gestion gouvernementale des risques.

Le titre repris dans les médias japonais est particulièrement évocateur :

« Ce n’est plus maintenant une affaire d’extraterrestres, mais un problème de gestion de crise gouvernementale ».

Cette formulation résume probablement mieux que n’importe quelle déclaration politique le changement de perception au Japon. Le raisonnement est simple. Un phénomène non identifié ne signifie pas nécessairement qu’il est extraterrestre.

Il peut s’agir :

  • ·         d’un drone;
  • ·         d’un ballon;
  • ·         d’un aéronef étranger;
  • ·         d’un système de renseignement ;
  • ·         d’une technologie militaire inconnue ;
  • ·         d’un phénomène météorologique ;
  • ·         d’un phénomène astronomique ;
  • ·         d’une erreur de capteur ;
  • ·         Ou d’un phénomène véritablement inexpliqué.

Mais tant que son identité n’est pas établie, l’État doit être capable de l’identifier. C’est précisément là que le vocabulaire UAP prend tout son sens.

Un autre courant médiatique : l’hypothèse d’un « dossier UFO japonais »

Tous les médias japonais ne se sont cependant pas limités à l’analyse institutionnelle. Le Tokyo Sports a adopté une approche beaucoup plus spectaculaire.  Dans un article du 29 mai intitulé en substance « Un dossier UFO japonais sera-t-il rendu public ? La clé se trouve entre les mains de l’ancien salarié de Japan Airlines, Minoru Kihara », le journal s’interroge sur la possibilité que le Japon puisse un jour publier ses propres dossiers UAP. Cette approche révèle une autre facette du débat japonais.

D’un côté, les médias généralistes parlent de sécurité nationale.

De l’autre, certains titres populaires s’intéressent directement à la possibilité de voir apparaître un équivalent japonais des « UFO files » américains.

Cette dualité est intéressante. Elle montre que la question conserve une dimension populaire et mystérieuse, même lorsque les responsables politiques tentent de la placer dans le champ de la sécurité.

La personnalité de Minoru Kihara donne également à l’affaire une dimension particulière. Avant son entrée en politique, Kihara a travaillé pour Japan Airlines. Cette expérience dans le domaine aéronautique est régulièrement rappelée dans les commentaires japonais consacrés à son rôle dans le dossier UAP. Elle est particulièrement intéressante parce qu’un responsable politique ayant une expérience directe de l’aviation peut appréhender différemment la question des phénomènes observés par les pilotes.

Kihara avait déjà été interrogé sur les UAP lorsqu’il était ministre de la Défense. La position japonaise n’est d’ailleurs pas nouvelle : le gouvernement affirme depuis plusieurs années surveiller les phénomènes ou objets non identifiés susceptibles d’avoir une implication pour la sécurité du pays. Les archives parlementaires montrent notamment que la question avait déjà été abordée au Parlement japonais sous l’angle très concret des risques potentiels pour la défense nationale.

Une évolution politique commencée avant 2026

Le rendez-vous du 28 mai ne constitue donc pas un événement isolé. Il s’inscrit dans une évolution commencée plusieurs années auparavant. En 2024, le groupe parlementaire transpartisan avait déjà expliqué que le Japon devait réfléchir à sa propre réponse au phénomène UAP. Les parlementaires japonais observaient alors particulièrement l’évolution américaine et la création de l’AARO. L’objectif n’était pas de copier mécaniquement les États-Unis mais de répondre à une question fondamentale :

Si les États-Unis considèrent les UAP comme une question potentielle de sécurité nationale, pourquoi le Japon, allié stratégique de Washington et puissance aérienne et maritime majeure du Pacifique, ne disposerait-il pas lui aussi d’une capacité organisée d’analyse ?

Cette logique explique la persistance du dossier.

Il existe une différence importante entre le contexte américain et le contexte japonais. Le Japon se trouve dans une région caractérisée par une activité aérienne et maritime particulièrement intense. Le pays est confronté à la surveillance chinoise, aux activités militaires russes, aux incursions aériennes, aux drones, aux ballons et à l’évolution rapide des technologies autonomes.

Dans un tel environnement, un objet non identifié n’est pas nécessairement mystérieux au sens paranormal. Il peut simplement être un objet dont l’identité n’a pas encore été déterminée. Et c’est précisément cette incertitude qui intéresse les militaires. La véritable question japonaise pourrait donc être résumée ainsi :

Combien de temps un objet peut-il rester « non identifié » avant de devenir un problème de sécurité ?

L’évolution technologique rend cette question encore plus importante. Il y a vingt ans, une observation étrange dans le ciel pouvait être relativement isolée. Aujourd’hui, les capteurs sont partout. Radars civils et militaires, satellites, systèmes infrarouges, caméras haute définition, capteurs électro-optiques, systèmes de défense aérienne et intelligence artificielle produisent des quantités considérables de données. Le problème n’est donc plus seulement de voir. Il est de :

Détecter, identifier, corréler, analyser et attribuer.

Un phénomène qui demeure inexpliqué après plusieurs systèmes de détection différents mérite une analyse particulière. Mais cette analyse nécessite une organisation. C’est précisément ce que réclame aujourd’hui le groupe parlementaire japonais.

L’analyse de la presse japonaise permet de dégager trois axes principaux.

1. Centraliser

Les informations doivent pouvoir remonter vers une structure gouvernementale capable de les rassembler.

2. Analyser

Les données doivent être étudiées scientifiquement et techniquement, plutôt que simplement classées comme « inconnues ».

3. Coordonner

Lorsqu’un événement présente un risque potentiel, une autorité doit pouvoir coordonner la Défense, la police, les autorités aériennes et les autres organismes concernés.

C’est ce troisième niveau qui constitue probablement la nouveauté la plus importante du 28 mai.

C’est ici que le dossier japonais devient particulièrement intéressant : la transparence ! Les parlementaires souhaitent davantage d’information. Mais Kihara rappelle implicitement une réalité commune à tous les États :

Les informations sur les UAP peuvent parfois révéler les capacités des capteurs et des systèmes de renseignement.

Publier l’existence d’un objet détecté par un radar militaire peut révéler :

  • ·         la portée du radar;
  • ·         sa résolution;
  • ·         son emplacement;
  • ·         ses modes de fonctionnement;
  • ·         ses capacités de suivi;
  • ·         les procédures de réaction;
  • ·         Les informations recueillies par les forces japonaises.

Une politique de transparence totale pourrait donc paradoxalement affaiblir les capacités de surveillance. C’est exactement le dilemme auquel sont confrontés les États-Unis. Le Japon semble donc vouloir avancer vers davantage de transparence, mais sans sacrifier ses capacités de renseignement.

L’intérêt du débat japonais réside finalement dans sa capacité à sortir d’une opposition stérile. Pendant des décennies, la discussion sur les OVNI a souvent été enfermée dans deux positions :

« Ce sont des extraterrestres »

Contre

« Il n’y a rien à étudier ».

Le Japon semble progressivement adopter une troisième approche :

« Nous ne savons pas toujours ce que nous observons ; il faut donc être capables de l’identifier. »

Cette position est beaucoup plus rationnelle. Elle ne présuppose ni origine extraterrestre, ni inexistence du phénomène. Elle part simplement du constat qu’une anomalie non identifiée constitue une information incomplète. Et lorsqu’une information peut concerner l’espace aérien, une infrastructure stratégique ou la sécurité nationale, l’État doit disposer des moyens nécessaires pour la traiter.

Un événement beaucoup plus important qu’il n’y paraît

Vu d’Europe, la réunion du 28 mai pourrait facilement passer pour une nouvelle étape du débat mondial sur les OVNI. Ce serait une erreur car l’intérêt réel de l’événement se trouve ailleurs. Pour la première fois avec une telle visibilité, un groupe parlementaire japonais demande explicitement que la question des UAP soit intégrée à l’architecture japonaise de gestion gouvernementale des crises.

Le mot important n’est donc pas « UFO ».

C’est « gouvernement ».

Et le deuxième mot important est « sécurité ».

La proposition remise à Kihara demande en substance que l’État japonais ne découvre pas au dernier moment, lors d’une crise, qu’aucune administration n’est clairement responsable de l’objet ou du phénomène observé.

Le changement de vocabulaire est révélateur. Le Japon utilise de plus en plus l’expression 未確認異常現象 — phénomène anormal non identifié, plutôt que de s’en tenir au terme populaire UFO. Cette évolution est comparable à celle observée aux États-Unis avec UAP. Elle permet de retirer au sujet une partie de sa charge culturelle et de l’intégrer dans un vocabulaire administratif et scientifique. C’est une évolution fondamentale car un « UFO » évoque immédiatement une soucoupe volante. Par contre un « UAP » désigne simplement quelque chose d’anormal ou d’inexpliqué détecté dans l’environnement aérien ou spatial.

Cette différence lexicale permet au dossier d’entrer dans les administrations sans que celles-ci aient à accepter au préalable une quelconque hypothèse extraterrestre.

Conclusion : Tokyo commence à poser la question que Washington pose depuis plusieurs années

Le 28 mai 2026 restera probablement comme une date importante dans l’histoire de la politique japonaise des UAP. Non parce que le gouvernement japonais aurait reconnu une origine extraterrestre. Il n’a fait rien de tel. Non parce que Tokyo aurait créé un équivalent japonais de l’AARO. Ce n’est pas encore le cas. Mais parce qu’une organisation parlementaire transpartisane a officiellement demandé au plus haut niveau gouvernemental une capacité centralisée de collecte, d’analyse et de coordination des phénomènes aérospatiaux non identifiés.

La réponse de Minoru Kihara est prudente : le gouvernement affirme déjà disposer de mécanismes permettant de coordonner les administrations en cas de menace grave, tandis que la publication d’informations sera décidée au cas par cas afin de ne pas compromettre les capacités de renseignement. Mais le débat est désormais engagé. Et la presse japonaise semble avoir compris quelque chose d’essentiel. L’enjeu n’est plus vraiment de demander au gouvernement japonais :

« Croyez-vous aux extraterrestres ? »

La question devient :

« Si un objet ou un phénomène inconnu apparaît dans l’espace aérien japonais, qui est chargé de le détecter, de l’identifier, de l’analyser et d’en informer le gouvernement ? »

C’est une question beaucoup plus sérieuse. Et c’est précisément pour cette raison que le Japon mérite désormais d’être observé attentivement dans le dossier mondial des UAP.

Ce que dit la presse japonaise en résumé

TBS News : insiste sur la demande d’une fonction de commandement centralisée au sein du gouvernement et sur la protection des témoins.

FNN / Fuji TV : met l’accent sur la réponse prudente de Kihara : le gouvernement doit pouvoir agir de façon coordonnée en cas d’urgence, mais la publication des informations sera examinée au cas par cas.

Kyodo News : souligne le lien avec l’incident des trois lumières observées au-dessus de la centrale nucléaire de Genkai et la nécessité d’une centralisation de l’information.

Saitama Shimbun et plusieurs journaux régionaux : reprennent l’idée d’une « fonction de commandement » au sein du Cabinet.

Jiji Press : insiste sur la sécurité nationale, la centralisation des informations et la nécessité de permettre aux témoins de signaler des phénomènes sans craindre les moqueries ou les conséquences professionnelles.

Tokyo Shimbun : donne une lecture particulièrement intéressante du phénomène en soulignant que l’enjeu est désormais moins celui des « extraterrestres » que celui de la gestion gouvernementale des risques.

Tokyo Sports : adopte une approche plus spectaculaire et pose la question de l’éventuelle apparition d’un « dossier UFO japonais », notamment à la lumière des publications américaines.

Mon appréciation

À mon sens, l’élément le plus important de cette affaire n’est pas la remise d’un rapport à Minoru Kihara, mais le changement de nature du débat japonais. En 2024, le Japon cherchait encore principalement à déterminer comment il devait traiter la question UAP. En 2025, les parlementaires ont commencé à mettre l’accent sur les incidents concrets, notamment celui de Genkai. En mai 2026, ils demandent désormais que le Cabinet devienne le centre de coordination de la réponse nationale.

C’est un déplacement considérable : de l’OVNI vers le renseignement ; du renseignement vers la sécurité ; de la sécurité vers la gestion de crise. Et c’est probablement là que se trouve la véritable importance de la démarche japonaise.

Source

urlTBS News – « UFO議連が官房長官に提言 »turn1search0 = https://newsdig.tbs.co.jp/articles/-/2692424?display=1

 urlFNN – « 木原官房長官…UAPへの対応 »turn3search1 = https://www.fnn.jp/articles/FNN/1051483

https://www.saitama-np.co.jp/articles/198469

 

Traduction de l'article de TBS News Dig (28 mai 2026)

Titre original : 自民・浅川氏らUFO議連メンバーが林官房長官と面会「UFO目撃、国家安全保障の脅威」
Traduction : « Des membres de la Ligue parlementaire sur les OVNI, dont M. Asakawa (PLD), rencontrent le Secrétaire général du Cabinet Hayashi : "Les observations d'OVNI sont une menace pour la sécurité nationale" »

Contenu :

Le 28, des membres de la « Ligue des parlementaires pour l'élucidation des phénomènes aériens non identifiés », un groupe bipartisan, dont le secrétaire général Yoshiharu Asakawa (Parti libéral-démocrate), ont rencontré le secrétaire général du Cabinet Yoshimasa Hayashi à la résidence officielle du Premier ministre, et lui ont remis un rapport.

Le groupe, qui compte plus de 100 membres, a souligné que les observations de PANI (phénomènes anormaux non identifiés) augmentent dans le monde et a insisté sur le fait que, d'un point de vue de sécurité nationale, « il s'agit d'une menace qui doit être traitée de tout urgence », réclamant la mise en place d'une agence gouvernementale dédiée à l'analyse.

Lors de la réunion, M. Asakawa a déclaré : « De nombreuses observations ont été signalées au Japon également. Il est possible qu'elles soient liées à des drones ou à des technologies de pays étrangers. Le Japon doit établir une organisation spécialisée pour collecter et analyser les informations. »

Le secrétaire général du Cabinet Hayashi a répondu : « Je prends vos recommandations très au sérieux. Le gouvernement va intensifier ses efforts de collecte d'informations tout en collaborant étroitement avec les États-Unis et les autres pays concernés. »





samedi 15 août 2026

DES BOULES DE LUMIERE SUIVENT L'USS KEARSARGE EN EXERCICE MILITAIRE

USS KEARSARGE : les mystérieuses « boules de lumière » qui auraient suivi un navire de guerre américain en 2021

L'USS Kearsarge (LHD-3

À l’automne 2021, alors que la question des phénomènes aériens non identifiés — UAP, pour Unidentified Anomalous Phenomena — commençait à prendre une place nouvelle dans les débats américains sur la sécurité nationale, un événement singulier aurait impliqué l’USS Kearsarge, un bâtiment d’assaut amphibie de la marine américaine.

Une observation d’UAP méconnue, mais particulièrement intéressante

L’affaire est demeurée relativement discrète jusqu’au printemps 2022, lorsqu’elle fut révélée par le chercheur et documentariste américain Dave Beaty. Elle présente une particularité qui la distingue de nombreux témoignages ufologiques : les témoins supposés n’étaient pas de simples observateurs civils, mais des militaires américains engagés dans une mission d’entraînement et disposant d’un système spécifiquement conçu pour détecter et neutraliser les drones.

Deux objets lumineux, décrits comme étant approximativement « de la taille d’une voiture », auraient accompagné le navire à faible altitude, pendant plusieurs nuits. Les Marines chargés de la défense antiaérienne auraient tenté de les détecter avec leurs moyens électro-optiques et infrarouges, puis de les neutraliser à l’aide du système anti-drones LMADIS. Selon le récit transmis à Beaty, ces tentatives auraient échoué.

L’affaire est d’autant plus intrigante qu’un document obtenu ultérieurement au titre du Freedom of Information Act (FOIA) a confirmé qu’une présentation consacrée à l’incident existait bien au sein du Marine Corps — même si cette présentation a été très lourdement censurée.

Il faut toutefois immédiatement établir une distinction essentielle : nous ne disposons pas, à ce jour, d’un dossier public complet permettant de reconstituer scientifiquement l’événement. Une partie substantielle des informations provient d'un témoignage de seconde main rapporté par Dave Beaty. Le document FOIA apporte une confirmation documentaire de l’existence d’un dossier, mais pas une validation publique de l’interprétation « extraterrestre » ou même de toutes les caractéristiques rapportées.

C’est précisément ce qui rend cette affaire intéressante.

L’USS Kearsarge (LHD-3) est un bâtiment d’assaut amphibie de la classe Wasp. Long d’environ 257 mètres et conçu pour mettre en œuvre des hélicoptères, des avions à décollage court ou vertical et des moyens amphibies, il constitue l’un des éléments majeurs de la capacité de projection des Marines américains. La Marine décrit le Kearsarge comme un bâtiment destiné notamment aux opérations amphibies et aux opérations interarmées. Son vaste pont d’envol constitue également une plateforme particulièrement adaptée à l’emploi de moyens de surveillance et de défense aérienne.

À l’automne 2021, le bâtiment participait à une période d’entraînement dans l’Atlantique, au large de la côte Est des États-Unis. Dave Beaty situe précisément la période concernée entre le 18 et le 26 octobre 2021, dans le cadre des entraînements du PHIBRON et des unités d’intégration du Marine Corps. Il indique également que le Kearsarge était associé aux préparatifs opérationnels de la 22nd Marine Expeditionary Unit.

Ce contexte est important.

Nous ne sommes pas devant un navire marchand naviguant de nuit avec quelques membres d’équipage sur le pont. Il s’agit d’un bâtiment militaire majeur, engagé dans des exercices où la surveillance de l’espace aérien et la lutte contre les drones font précisément partie des scénarios envisagés. La possibilité de détecter des objets inconnus faisait donc partie, indirectement, des préoccupations opérationnelles du moment.

Photo : Reconstitution imaginaire de la scène

2. Le système LMADIS : un élément essentiel de l’affaire

L’un des aspects les plus intéressants du dossier est la présence à bord du Kearsarge d’un système de défense anti-drones : le Light Marine Air Defense Integrated System, ou LMADIS. Le LMADIS n'est pas un simple dispositif d'observation. Il a été conçu pour détecter, identifier, suivre et combattre des systèmes aériens sans équipage — les fameux UAS ou drones. Le système associe notamment des moyens radar, des capteurs électro-optiques et un système de guerre électronique permettant d'agir contre une menace. Des descriptions techniques du système mentionnent notamment le radar RADA RPS-42 et un système de guerre électronique de Sierra Nevada. Le Marine Corps avait déjà expérimenté l'utilisation du LMADIS à bord de l'USS Kearsarge. En janvier 2019, lors du passage du navire dans le canal de Suez, les Marines avaient installé le système sur le pont précisément pour assurer une capacité de défense contre les drones. Cette précision est capitale pour comprendre l'incident de 2021. Les Marines présents sur le pont du Kearsarge n'étaient donc pas simplement équipés de jumelles. Ils disposaient d'un véritable système de contre-UAS.

Selon le récit recueilli par Dave Beaty auprès d'un ancien officier du Marine Corps identifié sous le pseudonyme « Mark », les Marines opérant le LMADIS auraient aperçu deux objets lumineux.

La scène se serait déroulée de nuit.

Les objets auraient été situés à environ :

  • 0,5 mile nautique ou terrestre derrière le navire, soit approximativement 800 mètres ;
  • 200 pieds d'altitude, soit environ 60 mètres ;
  • Et auraient été approximativement de la taille d'une automobile.

Ces indications doivent cependant être considérées avec prudence, car elles ne proviennent pas d'un rapport opérationnel intégralement accessible au public, mais d'une chaîne de témoignage rapportée par Beaty. Selon cette source, les objets semblaient suivre le navire. Ils ne se seraient donc pas contentés d'apparaître brièvement dans le ciel. Ils auraient maintenu une relation spatiale avec le bâtiment. C'est cette caractéristique qui constitue l'un des éléments les plus remarquables du récit.

Les deux lumières auraient effectué ce que les militaires décrivent comme des « shackle turns ». Cette expression désigne une manœuvre de va-et-vient permettant notamment de maintenir une position relative par rapport à une unité en mouvement. Dans le récit transmis à Dave Beaty, les deux objets auraient ainsi évolué de part et d'autre de l'axe du navire, en se croisant. Autrement dit, le comportement décrit n'était pas celui de deux lumières fixes observées très loin dans le ciel.

Il s'agissait d'objets apparemment capables de conserver une position relative par rapport à un navire en mouvement tout en effectuant des déplacements latéraux. Le récit de Beaty précise que l'un des objets se déplaçait vers la droite tandis que l'autre se déplaçait vers la gauche, avant que leurs trajectoires ne se croisent. Si cette description était confirmée par les données originales, elle serait évidemment beaucoup plus intéressante qu'une simple observation lumineuse. Mais il faut être extrêmement prudent : nous ne possédons pas les données de trajectographie permettant de calculer la vitesse, l'accélération ou la distance réelle des objets. Sans ces données, il est impossible d'affirmer qu'ils réalisaient des performances extraordinaires.

Système intégré de défense aérienne des Marines légers [LMADIS]

Le système de défense aérienne terrestre (GBAD) combine des technologies telles que le radar en bande S RADA RPS-42, le système de guerre électronique Sierra Nevada Modi, les capteurs visuels Lockheed Martin et le drone anti-drone Raytheon Coyote, permettant ainsi aux Marines de détecter, suivre et détruire les drones hostiles. Ce futur système d'armes GBAD vise à moderniser les bataillons de défense aérienne à basse altitude (LAAD Bn) en leur conférant des capacités et une puissance de feu accrues pour faire face aux menaces actuelles et futures.

 

Les Marines auraient alors utilisé les moyens de détection du LMADIS. C'est ici que l'affaire prend une dimension particulièrement intéressante. Les opérateurs auraient essayé d'acquérir les objets avec le système d'imagerie thermique/FLIR. Selon le récit, ils n'auraient pas réussi à obtenir une piste exploitable avec ce moyen. Cette information mérite d'être considérée avec prudence. Une absence de détection infrarouge ne signifie absolument pas qu'un objet n'existe pas.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer une mauvaise détection :

  • Température de l'objet ;
  • Température de l'arrière-plan ;
  • Distance ;
  • Humidité atmosphérique ;
  • Angle d'observation ;
  • Résolution du capteur ;
  • Réglage du système ;
  • Conditions météorologiques ;
  • Taille apparente de la cible ;
  • Nature de la source lumineuse.

Mais si les objets étaient réellement proches — environ 800 mètres selon le témoignage — et de taille comparable à une automobile, leur absence apparente dans un système de surveillance militaire constituerait une question technique intéressante.

Un autre élément demeure incertain : le radar aurait-il détecté les objets ? Le récit de Beaty indique que l'on ne sait pas clairement si l'équipage a réussi à obtenir une piste radar. Cette incertitude constitue probablement l'une des principales faiblesses du dossier public. Dans une affaire contemporaine de PAN, la question fondamentale n'est pas seulement :

« Quelqu'un a-t-il vu quelque chose ? »

Elle devient :

« Combien de capteurs indépendants ont enregistré la même chose ? »

Une observation simultanément confirmée par :

  1. Un témoin humain ;
  2. Une caméra électro-optique ;
  3. Une caméra infrarouge ;
  4. Un radar ;
  5. Des données de navigation ;
  6. Un autre navire ;
  7. Un aéronef ;

aurait une valeur scientifique et militaire considérablement supérieure. Dans le cas du Kearsarge, nous savons que des images auraient été enregistrées, mais nous ne disposons pas publiquement de l'ensemble des données permettant d'effectuer cette corrélation.

3. La caméra vidéo devient alors le principal témoin

Ne parvenant apparemment pas à obtenir une piste exploitable avec le FLIR, les opérateurs auraient utilisé la caméra vidéo. Et, selon le récit transmis à Beaty, les deux objets seraient apparus dans l'image. Des enregistrements auraient alors été réalisés. C'est un élément fondamental car l'affaire ne repose donc pas uniquement sur une observation visuelle racontée plusieurs mois plus tard. Il aurait existé des supports photographiques ou vidéo.

Mais il y a immédiatement un problème :

Ces images n'ont pas été rendues publiques dans leur intégralité.

Le dossier obtenu grâce au FOIA contient effectivement des documents relatifs à l'événement, mais les informations disponibles ont été très largement occultées.

Photo 1 - Il est probable que la Marine ait également envoyé les équipes SNOOPIE dans les airs pour recueillir des preuves photographiques et vidéo, comme le démontre ce document contenu dans le dossier, mais à ce niveau il n’y a rien de rendu public !

L'histoire documentaire de cette affaire est presque aussi intéressante que l'observation elle-même. Dave Beaty avait initialement effectué une demande FOIA concernant l'incident. La réponse du bureau FOIA du Marine Corps indiquait qu'aucun document correspondant n'avait été trouvé. Puis un autre chercheur, Kyle Warfel, obtint une réponse différente.

Sa demande FOIA produisit une présentation PowerPoint imprimée, consacrée à l'événement. Le document comportait 16 pages, mais une grande partie du contenu était masquée. Cette divergence est importante.

Pourquoi une demande pouvait-elle recevoir une réponse « aucun document » tandis qu'une autre aboutissait à la production d'une présentation consacrée au même événement ?

Dave Beaty a rapporté avoir interrogé le bureau concerné et expliqué que son propre dossier FOIA avait été considéré comme négatif alors qu'une autre demande avait obtenu une présentation. La réponse semblait liée, au moins en partie, au vocabulaire utilisé dans la demande. Cette situation ne permet évidemment pas de conclure à une dissimulation intentionnelle. Mais elle montre que la traçabilité documentaire de l'incident est loin d'être satisfaisante.

4. Un document officiel existe donc bien

C'est ici que l'on doit faire une distinction fondamentale. Il serait excessif d'affirmer :

« La Marine américaine a officiellement reconnu avoir rencontré deux OVNI extraterrestres. »

Ce n'est pas ce que démontrent les documents disponibles. En revanche, il est parfaitement légitime d'affirmer :

« Un document du Marine Corps relatif à un incident UAP impliquant l'USS Kearsarge a été obtenu par FOIA. »

Le Black Vault a archivé cette présentation et indique que Kyle Warfel l'a obtenue dans le cadre de sa demande FOIA. Le document était fortement censuré. Cette nuance est essentielle pour toute étude sérieuse. Le document confirme l'existence administrative d'un dossier. Il ne confirme pas automatiquement toutes les caractéristiques rapportées oralement.

Le dossier Kearsarge possède plusieurs caractéristiques qui correspondent aux préoccupations contemporaines du phénomène UAP.

Première caractéristique : proximité
Les objets auraient été relativement proches du bâtiment.
Deuxième caractéristique : durée
Ils auraient été observés pendant plusieurs nuits.
Troisième caractéristique : comportement
Ils auraient semblé accompagner le navire.
 Quatrième caractéristique : détection militaire
Les Marines disposaient d'un système spécifiquement destiné à détecter les drones
Cinquième caractéristique : tentative de neutralisation
Les opérateurs auraient essayé d'utiliser les moyens anti-UAS disponibles.
Sixième caractéristique : enregistrement
Des images auraient été réalisées.
Septième caractéristique : documentation
Une présentation consacrée à l'événement a été récupérée par FOIA. Pris séparément, aucun de ces éléments ne prouve l'existence d'un engin d'origine inconnue. Pris ensemble, ils justifient cependant une enquête documentaire et technique beaucoup plus approfondie.

5. L'hypothèse des drones conventionnels

Il serait absurde de commencer l'analyse par l'hypothèse extraterrestre. La première hypothèse à tester est celle d'un drone conventionnel. Et elle est particulièrement sérieuse. En 2021, les drones constituaient déjà une menace importante pour les forces armées américaines.

Un petit drone peut être utilisé pour :

  • Observer un navire ;
  • Recueillir des renseignements ;
  • Tester les réactions de l'équipage ;
  • Cartographier les installations ;
  • Identifier les systèmes radar ;
  • Provoquer une réaction de défense ;
  • Mener une opération de renseignement électronique.

Le comportement décrit — faible altitude, vitesse relativement modérée, maintien à proximité d'un bâtiment — est parfaitement compatible avec l'hypothèse d'un drone. Mais une question surgit immédiatement :

de qui ?

Selon le récit transmis à Beaty, le navire aurait demandé si une opération de drones était en cours et la réponse aurait été négative. Les Marines auraient donc compris que ces appareils n'appartenaient pas aux forces américaines engagées dans l'exercice. Cette information, si elle est confirmée par les communications opérationnelles, transformerait l'affaire en problème de sécurité maritime beaucoup plus qu'en simple affaire ufologique.

Dave Beaty avait lui-même évoqué l'hypothèse de drones militaires chinois opérant éventuellement à proximité de navires commerciaux. Cette hypothèse reste spéculative.

Il faut néanmoins comprendre pourquoi elle est intéressante. Un navire militaire américain constitue une cible particulièrement précieuse pour le renseignement. Un drone capable de suivre discrètement un bâtiment pendant plusieurs heures pourrait collecter :

  • Les signatures électromagnétiques ;
  • Les émissions radar ;
  • Les fréquences radio ;
  • Les procédures de communication ;
  • Les mouvements d'aéronefs ;
  • Les routines de surveillance ;
  • Les réactions des systèmes de défense.

Dans cette perspective, un objet non identifié à proximité d'un navire militaire américain n'est pas nécessairement un « OVNI » au sens traditionnel. Il peut être un problème de contre-espionnage et c'est précisément pourquoi les autorités américaines ont progressivement commencé à considérer les UAP comme une question de sécurité nationale.

6. Une deuxième hypothèse : un essai américain non communiqué

Une autre possibilité mérite d'être examinée. Les objets pouvaient-ils appartenir à une autre composante des forces américaines ? Le fait qu'un équipage demande « est-ce que ce sont nos drones ? » et obtienne apparemment une réponse négative ne permet pas d'exclure :

  • Un autre exercice ;
  • Une autre unité ;
  • Un programme de test ;
  • Un système expérimental ;
  • Une activité classifiée ;
  • Une opération relevant d'une autre chaîne de commandement.

Dans l'environnement militaire américain, toutes les unités présentes dans une zone d'exercice ne partagent pas nécessairement l'intégralité de leurs informations opérationnelles. Cette possibilité est particulièrement importante dans un dossier UAP. Une technologie militaire secrète peut apparaître comme un objet « inconnu » pour les militaires eux-mêmes, sans être extraterrestre.

7.  Une troisième possibilité : un phénomène atmosphérique ou optique

Il faut également conserver une hypothèse naturelle. Une lumière nocturne observée au-dessus de l'océan peut être trompeuse. Les phénomènes atmosphériques, les effets de perspective, la réfraction, les réflexions sur les couches atmosphériques et les phénomènes lumineux peuvent produire des observations inhabituelles. Cependant, certaines caractéristiques rapportées rendent cette hypothèse plus difficile à appliquer directement :

  • Deux objets ;
  • Apparence stable ;
  • Proximité apparente du navire ;
  • Déplacement relatif ;
  • Répétition pendant plusieurs nuits ;
  • Observation par du personnel militaire ;
  • Apparition sur caméra.

Mais là encore, sans les données originales, il est impossible de trancher

C'est ici que l'affaire rencontre sa principale limite scientifique : l’absence de données cinématiques - Pour démontrer qu'un objet possède des performances extraordinaires, il faut connaître :

Sa distance + son altitude + sa vitesse + son accélération + sa trajectoire.

Or nous ne possédons publiquement aucune série complète de ces données. Dire qu'un objet était « à 200 pieds » n'est pas suffisant. Il faudrait savoir comment cette altitude a été déterminée. Était-elle estimée visuellement ? calculée par un système électro-optique ? déterminée par radar ? fournie par une triangulation ? ou encore déduite par rapport à la taille apparente ?

La différence est fondamentale.

Un autre point mérite d'être souligné : Dave Beaty ne rapportait pas, à l'époque, de performances extraordinaires de type Tic Tac. Il précisait que le récit qui lui avait été transmis ne faisait pas état d'accélérations impossibles, de vitesses hypersoniques ou de changements de direction défiant la physique. Il décrivait surtout des lumières étranges, apparemment capables de suivre le navire et de réaliser des manœuvres latérales. Cela place l'affaire dans une catégorie différente de celle du Nimitz de 2004. Il ne faut donc pas transformer artificiellement le Kearsarge en « nouveau Tic Tac ». La comparaison est intéressante, mais elle doit rester limitée.

L'affaire présente néanmoins une ressemblance frappante avec les événements survenus autour de bâtiments américains en 2019. En Californie du Sud, plusieurs navires de la Navy avaient été confrontés à des objets décrits comme des drones ou des phénomènes inconnus. Dave Beaty rappelle d'ailleurs dans son enquête qu'il avait obtenu, grâce au FOIA, des informations concernant les équipes SNOOPIE de la Navy — des équipes spécialisées dans l'observation et la documentation photographique des événements inhabituels. Cette continuité est importante car elle suggère que la Marine américaine avait déjà développé une certaine culture opérationnelle de collecte d'images lorsqu'un objet aérien inhabituel apparaissait à proximité d'un bâtiment.

Si les informations rapportées par Beaty sont exactes, la Navy aurait pu mobiliser des équipes spécialisées pour photographier ou filmer les objets. Ce point n'est toutefois pas confirmé publiquement pour l'incident du Kearsarge. Beaty écrit qu'il était probable que de telles équipes aient été mobilisées, en se fondant sur leur existence lors d'incidents antérieurs. Il faut donc écrire : « possibilité », et non :« fait établi ».

Cette distinction est indispensable.

8 - L’affaire devient encore plus énigmatique avec les documents censurés

Le document FOIA est probablement l'élément le plus paradoxal de toute l'histoire. D'un côté, l'administration américaine accepte de produire une présentation relative à l'incident. De l'autre, une grande partie de son contenu est masquée. Le Black Vault précise que la présentation obtenue comptait 16 pages et qu'elle était lourdement expurgée. Cette situation produit un paradoxe classique des affaires UAP américaines :

La déclassification partielle confirme parfois davantage l'existence d'un événement qu'elle ne permet de comprendre sa nature.

Le public apprend qu'un événement a été documenté mais il ne peut pas nécessairement savoir : qui a observé quoi, quand exactement, avec quels capteurs etc…

Dans une affaire comme celle-ci, les photographies pourraient permettre de répondre à une multitude de questions. Quelle était réellement la forme des objets ? étaient-ils ponctuels ? sphériques ? possédaient-ils plusieurs sources lumineuses ? etc…De nombreuses informations issues de photos pourraient transformer une histoire intrigante en véritable dossier technique. Mais le public n'a pas accès à la totalité de ces données.

Le Navire était-il en fait vraiment « suivi » ? C'est probablement le point sur lequel il faut exercer le plus de prudence. Un objet situé derrière un navire peut sembler le suivre alors qu'il est immobile. Le navire avance, l'objet reste à une position apparente similaire et l'observateur peut conclure que l'objet « accompagne » le bâtiment. Pour démontrer un véritable suivi, il faudrait disposer de plusieurs positions successives de l'objet par rapport au navire. Si les données démontraient que l'objet maintenait constamment une distance et une altitude relatives malgré les changements de cap et de vitesse du Kearsarge, alors le dossier serait beaucoup plus solide. Mais nous ne disposons pas publiquement de cette trajectographie.

Il est un fait c’est que cinq ans après les événements, l'affaire conserve une valeur particulière car elle s’inscrit dans une transformation profonde de la politique américaine concernant les UAP. Pendant des décennies, les OVNI furent essentiellement traités comme une question marginale. Depuis les révélations concernant les programmes du Pentagone, les témoignages de pilotes de la Navy, les auditions parlementaires et la création de structures officielles consacrées aux UAP, le vocabulaire a changé. Le problème est désormais abordé sous l'angle :

Détection — identification — sécurité — renseignement — défense.

L'affaire Kearsarge correspond parfaitement à cette évolution car ce qui aurait autrefois été qualifié simplement de « UFO sighting » devient aujourd'hui un problème de contre-UAS et de connaissance de la situation aérienne.

9 - Le parallèle avec le Nimitz : attention aux analogies faciles

L'affaire Kearsarge peut rappeler certains aspects du célèbre épisode du Nimitz de 2004 :

  • Navire de guerre ;
  • Personnel militaire ;
  • Observation aérienne ;
  • Technologies de détection ;
  • Objets non immédiatement identifiés ;
  • Données potentiellement classifiées.

Mais les similitudes s'arrêtent là. Dans le cas du Nimitz, les témoignages des pilotes, les données radar et les vidéos sont au cœur du dossier public par contre dans le cas du Kearsarge, la documentation accessible est beaucoup plus limitée. En fait le dossier repose encore largement sur un récit indirect et sur un document FOIA fortement censuré.

Il serait donc méthodologiquement incorrect de présenter le Kearsarge comme une preuve équivalente au Nimitz.

10. Conclusion : un véritable PAN, mais pas encore un « engin extraterrestre »

L'incident de l'USS Kearsarge mérite incontestablement d'être conservé dans la chronologie des affaires UAP américaines contemporaines. Le récit disponible fait état de deux objets lumineux observés à proximité d'un bâtiment militaire américain, à basse altitude, pendant plusieurs nuits. Les objets auraient été filmés et auraient résisté aux tentatives de détection ou de neutralisation rapportées par les opérateurs du LMADIS. Surtout, l'existence d'une documentation interne relative à l'événement a été confirmée par la découverte, via le FOIA, d'une présentation PowerPoint de 16 pages fortement censurée. Cela donne à l'affaire une dimension documentaire que ne possèdent pas de nombreux récits ufologiques. Mais il serait tout aussi erroné de transformer cette documentation en preuve d'une origine non humaine.

Nous avons la trace d'un événement. Nous avons un récit militaire indirect. Nous avons l'existence d'un dossier documentaire. Nous savons que des images auraient été réalisées. Mais nous ne possédons pas encore les données nécessaires pour déterminer avec certitude ce qui a été observé.

Et c'est précisément là que réside tout l'intérêt du dossier.

L'affaire Kearsarge ne démontre pas que des engins extraterrestres ont suivi un navire américain. Elle démontre quelque chose de plus modeste — mais peut-être plus important :

En 2021, un bâtiment de guerre américain, doté de moyens modernes de surveillance et de contre-drones, a été confronté à un phénomène aérien que les informations publiques disponibles ne permettent toujours pas d'identifier de manière satisfaisante.

Dans une époque où les UAP sont progressivement devenus une question de défense et de renseignement, cette seule constatation mérite une enquête approfondie.

Sources principales