samedi 15 août 2026

DES BOULES DE LUMIERE SUIVENT L'USS KEARSARGE EN EXERCICE MILITAIRE

USS KEARSARGE : les mystérieuses « boules de lumière » qui auraient suivi un navire de guerre américain en 2021

L'USS Kearsarge (LHD-3

À l’automne 2021, alors que la question des phénomènes aériens non identifiés — UAP, pour Unidentified Anomalous Phenomena — commençait à prendre une place nouvelle dans les débats américains sur la sécurité nationale, un événement singulier aurait impliqué l’USS Kearsarge, un bâtiment d’assaut amphibie de la marine américaine.

Une observation d’UAP méconnue, mais particulièrement intéressante

L’affaire est demeurée relativement discrète jusqu’au printemps 2022, lorsqu’elle fut révélée par le chercheur et documentariste américain Dave Beaty. Elle présente une particularité qui la distingue de nombreux témoignages ufologiques : les témoins supposés n’étaient pas de simples observateurs civils, mais des militaires américains engagés dans une mission d’entraînement et disposant d’un système spécifiquement conçu pour détecter et neutraliser les drones.

Deux objets lumineux, décrits comme étant approximativement « de la taille d’une voiture », auraient accompagné le navire à faible altitude, pendant plusieurs nuits. Les Marines chargés de la défense antiaérienne auraient tenté de les détecter avec leurs moyens électro-optiques et infrarouges, puis de les neutraliser à l’aide du système anti-drones LMADIS. Selon le récit transmis à Beaty, ces tentatives auraient échoué.

L’affaire est d’autant plus intrigante qu’un document obtenu ultérieurement au titre du Freedom of Information Act (FOIA) a confirmé qu’une présentation consacrée à l’incident existait bien au sein du Marine Corps — même si cette présentation a été très lourdement censurée.

Il faut toutefois immédiatement établir une distinction essentielle : nous ne disposons pas, à ce jour, d’un dossier public complet permettant de reconstituer scientifiquement l’événement. Une partie substantielle des informations provient d'un témoignage de seconde main rapporté par Dave Beaty. Le document FOIA apporte une confirmation documentaire de l’existence d’un dossier, mais pas une validation publique de l’interprétation « extraterrestre » ou même de toutes les caractéristiques rapportées.

C’est précisément ce qui rend cette affaire intéressante.

L’USS Kearsarge (LHD-3) est un bâtiment d’assaut amphibie de la classe Wasp. Long d’environ 257 mètres et conçu pour mettre en œuvre des hélicoptères, des avions à décollage court ou vertical et des moyens amphibies, il constitue l’un des éléments majeurs de la capacité de projection des Marines américains. La Marine décrit le Kearsarge comme un bâtiment destiné notamment aux opérations amphibies et aux opérations interarmées. Son vaste pont d’envol constitue également une plateforme particulièrement adaptée à l’emploi de moyens de surveillance et de défense aérienne.

À l’automne 2021, le bâtiment participait à une période d’entraînement dans l’Atlantique, au large de la côte Est des États-Unis. Dave Beaty situe précisément la période concernée entre le 18 et le 26 octobre 2021, dans le cadre des entraînements du PHIBRON et des unités d’intégration du Marine Corps. Il indique également que le Kearsarge était associé aux préparatifs opérationnels de la 22nd Marine Expeditionary Unit.

Ce contexte est important.

Nous ne sommes pas devant un navire marchand naviguant de nuit avec quelques membres d’équipage sur le pont. Il s’agit d’un bâtiment militaire majeur, engagé dans des exercices où la surveillance de l’espace aérien et la lutte contre les drones font précisément partie des scénarios envisagés. La possibilité de détecter des objets inconnus faisait donc partie, indirectement, des préoccupations opérationnelles du moment.

Photo : Reconstitution imaginaire de la scène

2. Le système LMADIS : un élément essentiel de l’affaire

L’un des aspects les plus intéressants du dossier est la présence à bord du Kearsarge d’un système de défense anti-drones : le Light Marine Air Defense Integrated System, ou LMADIS. Le LMADIS n'est pas un simple dispositif d'observation. Il a été conçu pour détecter, identifier, suivre et combattre des systèmes aériens sans équipage — les fameux UAS ou drones. Le système associe notamment des moyens radar, des capteurs électro-optiques et un système de guerre électronique permettant d'agir contre une menace. Des descriptions techniques du système mentionnent notamment le radar RADA RPS-42 et un système de guerre électronique de Sierra Nevada. Le Marine Corps avait déjà expérimenté l'utilisation du LMADIS à bord de l'USS Kearsarge. En janvier 2019, lors du passage du navire dans le canal de Suez, les Marines avaient installé le système sur le pont précisément pour assurer une capacité de défense contre les drones. Cette précision est capitale pour comprendre l'incident de 2021. Les Marines présents sur le pont du Kearsarge n'étaient donc pas simplement équipés de jumelles. Ils disposaient d'un véritable système de contre-UAS.

Selon le récit recueilli par Dave Beaty auprès d'un ancien officier du Marine Corps identifié sous le pseudonyme « Mark », les Marines opérant le LMADIS auraient aperçu deux objets lumineux.

La scène se serait déroulée de nuit.

Les objets auraient été situés à environ :

  • 0,5 mile nautique ou terrestre derrière le navire, soit approximativement 800 mètres ;
  • 200 pieds d'altitude, soit environ 60 mètres ;
  • Et auraient été approximativement de la taille d'une automobile.

Ces indications doivent cependant être considérées avec prudence, car elles ne proviennent pas d'un rapport opérationnel intégralement accessible au public, mais d'une chaîne de témoignage rapportée par Beaty. Selon cette source, les objets semblaient suivre le navire. Ils ne se seraient donc pas contentés d'apparaître brièvement dans le ciel. Ils auraient maintenu une relation spatiale avec le bâtiment. C'est cette caractéristique qui constitue l'un des éléments les plus remarquables du récit.

Les deux lumières auraient effectué ce que les militaires décrivent comme des « shackle turns ». Cette expression désigne une manœuvre de va-et-vient permettant notamment de maintenir une position relative par rapport à une unité en mouvement. Dans le récit transmis à Dave Beaty, les deux objets auraient ainsi évolué de part et d'autre de l'axe du navire, en se croisant. Autrement dit, le comportement décrit n'était pas celui de deux lumières fixes observées très loin dans le ciel.

Il s'agissait d'objets apparemment capables de conserver une position relative par rapport à un navire en mouvement tout en effectuant des déplacements latéraux. Le récit de Beaty précise que l'un des objets se déplaçait vers la droite tandis que l'autre se déplaçait vers la gauche, avant que leurs trajectoires ne se croisent. Si cette description était confirmée par les données originales, elle serait évidemment beaucoup plus intéressante qu'une simple observation lumineuse. Mais il faut être extrêmement prudent : nous ne possédons pas les données de trajectographie permettant de calculer la vitesse, l'accélération ou la distance réelle des objets. Sans ces données, il est impossible d'affirmer qu'ils réalisaient des performances extraordinaires.

Système intégré de défense aérienne des Marines légers [LMADIS]

Le système de défense aérienne terrestre (GBAD) combine des technologies telles que le radar en bande S RADA RPS-42, le système de guerre électronique Sierra Nevada Modi, les capteurs visuels Lockheed Martin et le drone anti-drone Raytheon Coyote, permettant ainsi aux Marines de détecter, suivre et détruire les drones hostiles. Ce futur système d'armes GBAD vise à moderniser les bataillons de défense aérienne à basse altitude (LAAD Bn) en leur conférant des capacités et une puissance de feu accrues pour faire face aux menaces actuelles et futures.

 

Les Marines auraient alors utilisé les moyens de détection du LMADIS. C'est ici que l'affaire prend une dimension particulièrement intéressante. Les opérateurs auraient essayé d'acquérir les objets avec le système d'imagerie thermique/FLIR. Selon le récit, ils n'auraient pas réussi à obtenir une piste exploitable avec ce moyen. Cette information mérite d'être considérée avec prudence. Une absence de détection infrarouge ne signifie absolument pas qu'un objet n'existe pas.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer une mauvaise détection :

  • Température de l'objet ;
  • Température de l'arrière-plan ;
  • Distance ;
  • Humidité atmosphérique ;
  • Angle d'observation ;
  • Résolution du capteur ;
  • Réglage du système ;
  • Conditions météorologiques ;
  • Taille apparente de la cible ;
  • Nature de la source lumineuse.

Mais si les objets étaient réellement proches — environ 800 mètres selon le témoignage — et de taille comparable à une automobile, leur absence apparente dans un système de surveillance militaire constituerait une question technique intéressante.

Un autre élément demeure incertain : le radar aurait-il détecté les objets ? Le récit de Beaty indique que l'on ne sait pas clairement si l'équipage a réussi à obtenir une piste radar. Cette incertitude constitue probablement l'une des principales faiblesses du dossier public. Dans une affaire contemporaine de PAN, la question fondamentale n'est pas seulement :

« Quelqu'un a-t-il vu quelque chose ? »

Elle devient :

« Combien de capteurs indépendants ont enregistré la même chose ? »

Une observation simultanément confirmée par :

  1. Un témoin humain ;
  2. Une caméra électro-optique ;
  3. Une caméra infrarouge ;
  4. Un radar ;
  5. Des données de navigation ;
  6. Un autre navire ;
  7. Un aéronef ;

aurait une valeur scientifique et militaire considérablement supérieure. Dans le cas du Kearsarge, nous savons que des images auraient été enregistrées, mais nous ne disposons pas publiquement de l'ensemble des données permettant d'effectuer cette corrélation.

3. La caméra vidéo devient alors le principal témoin

Ne parvenant apparemment pas à obtenir une piste exploitable avec le FLIR, les opérateurs auraient utilisé la caméra vidéo. Et, selon le récit transmis à Beaty, les deux objets seraient apparus dans l'image. Des enregistrements auraient alors été réalisés. C'est un élément fondamental car l'affaire ne repose donc pas uniquement sur une observation visuelle racontée plusieurs mois plus tard. Il aurait existé des supports photographiques ou vidéo.

Mais il y a immédiatement un problème :

Ces images n'ont pas été rendues publiques dans leur intégralité.

Le dossier obtenu grâce au FOIA contient effectivement des documents relatifs à l'événement, mais les informations disponibles ont été très largement occultées.

Photo 1 - Il est probable que la Marine ait également envoyé les équipes SNOOPIE dans les airs pour recueillir des preuves photographiques et vidéo, comme le démontre ce document contenu dans le dossier, mais à ce niveau il n’y a rien de rendu public !

L'histoire documentaire de cette affaire est presque aussi intéressante que l'observation elle-même. Dave Beaty avait initialement effectué une demande FOIA concernant l'incident. La réponse du bureau FOIA du Marine Corps indiquait qu'aucun document correspondant n'avait été trouvé. Puis un autre chercheur, Kyle Warfel, obtint une réponse différente.

Sa demande FOIA produisit une présentation PowerPoint imprimée, consacrée à l'événement. Le document comportait 16 pages, mais une grande partie du contenu était masquée. Cette divergence est importante.

Pourquoi une demande pouvait-elle recevoir une réponse « aucun document » tandis qu'une autre aboutissait à la production d'une présentation consacrée au même événement ?

Dave Beaty a rapporté avoir interrogé le bureau concerné et expliqué que son propre dossier FOIA avait été considéré comme négatif alors qu'une autre demande avait obtenu une présentation. La réponse semblait liée, au moins en partie, au vocabulaire utilisé dans la demande. Cette situation ne permet évidemment pas de conclure à une dissimulation intentionnelle. Mais elle montre que la traçabilité documentaire de l'incident est loin d'être satisfaisante.

4. Un document officiel existe donc bien

C'est ici que l'on doit faire une distinction fondamentale. Il serait excessif d'affirmer :

« La Marine américaine a officiellement reconnu avoir rencontré deux OVNI extraterrestres. »

Ce n'est pas ce que démontrent les documents disponibles. En revanche, il est parfaitement légitime d'affirmer :

« Un document du Marine Corps relatif à un incident UAP impliquant l'USS Kearsarge a été obtenu par FOIA. »

Le Black Vault a archivé cette présentation et indique que Kyle Warfel l'a obtenue dans le cadre de sa demande FOIA. Le document était fortement censuré. Cette nuance est essentielle pour toute étude sérieuse. Le document confirme l'existence administrative d'un dossier. Il ne confirme pas automatiquement toutes les caractéristiques rapportées oralement.

Le dossier Kearsarge possède plusieurs caractéristiques qui correspondent aux préoccupations contemporaines du phénomène UAP.

Première caractéristique : proximité
Les objets auraient été relativement proches du bâtiment.
Deuxième caractéristique : durée
Ils auraient été observés pendant plusieurs nuits.
Troisième caractéristique : comportement
Ils auraient semblé accompagner le navire.
 Quatrième caractéristique : détection militaire
Les Marines disposaient d'un système spécifiquement destiné à détecter les drones
Cinquième caractéristique : tentative de neutralisation
Les opérateurs auraient essayé d'utiliser les moyens anti-UAS disponibles.
Sixième caractéristique : enregistrement
Des images auraient été réalisées.
Septième caractéristique : documentation
Une présentation consacrée à l'événement a été récupérée par FOIA. Pris séparément, aucun de ces éléments ne prouve l'existence d'un engin d'origine inconnue. Pris ensemble, ils justifient cependant une enquête documentaire et technique beaucoup plus approfondie.

5. L'hypothèse des drones conventionnels

Il serait absurde de commencer l'analyse par l'hypothèse extraterrestre. La première hypothèse à tester est celle d'un drone conventionnel. Et elle est particulièrement sérieuse. En 2021, les drones constituaient déjà une menace importante pour les forces armées américaines.

Un petit drone peut être utilisé pour :

  • Observer un navire ;
  • Recueillir des renseignements ;
  • Tester les réactions de l'équipage ;
  • Cartographier les installations ;
  • Identifier les systèmes radar ;
  • Provoquer une réaction de défense ;
  • Mener une opération de renseignement électronique.

Le comportement décrit — faible altitude, vitesse relativement modérée, maintien à proximité d'un bâtiment — est parfaitement compatible avec l'hypothèse d'un drone. Mais une question surgit immédiatement :

de qui ?

Selon le récit transmis à Beaty, le navire aurait demandé si une opération de drones était en cours et la réponse aurait été négative. Les Marines auraient donc compris que ces appareils n'appartenaient pas aux forces américaines engagées dans l'exercice. Cette information, si elle est confirmée par les communications opérationnelles, transformerait l'affaire en problème de sécurité maritime beaucoup plus qu'en simple affaire ufologique.

Dave Beaty avait lui-même évoqué l'hypothèse de drones militaires chinois opérant éventuellement à proximité de navires commerciaux. Cette hypothèse reste spéculative.

Il faut néanmoins comprendre pourquoi elle est intéressante. Un navire militaire américain constitue une cible particulièrement précieuse pour le renseignement. Un drone capable de suivre discrètement un bâtiment pendant plusieurs heures pourrait collecter :

  • Les signatures électromagnétiques ;
  • Les émissions radar ;
  • Les fréquences radio ;
  • Les procédures de communication ;
  • Les mouvements d'aéronefs ;
  • Les routines de surveillance ;
  • Les réactions des systèmes de défense.

Dans cette perspective, un objet non identifié à proximité d'un navire militaire américain n'est pas nécessairement un « OVNI » au sens traditionnel. Il peut être un problème de contre-espionnage et c'est précisément pourquoi les autorités américaines ont progressivement commencé à considérer les UAP comme une question de sécurité nationale.

6. Une deuxième hypothèse : un essai américain non communiqué

Une autre possibilité mérite d'être examinée. Les objets pouvaient-ils appartenir à une autre composante des forces américaines ? Le fait qu'un équipage demande « est-ce que ce sont nos drones ? » et obtienne apparemment une réponse négative ne permet pas d'exclure :

  • Un autre exercice ;
  • Une autre unité ;
  • Un programme de test ;
  • Un système expérimental ;
  • Une activité classifiée ;
  • Une opération relevant d'une autre chaîne de commandement.

Dans l'environnement militaire américain, toutes les unités présentes dans une zone d'exercice ne partagent pas nécessairement l'intégralité de leurs informations opérationnelles. Cette possibilité est particulièrement importante dans un dossier UAP. Une technologie militaire secrète peut apparaître comme un objet « inconnu » pour les militaires eux-mêmes, sans être extraterrestre.

7.  Une troisième possibilité : un phénomène atmosphérique ou optique

Il faut également conserver une hypothèse naturelle. Une lumière nocturne observée au-dessus de l'océan peut être trompeuse. Les phénomènes atmosphériques, les effets de perspective, la réfraction, les réflexions sur les couches atmosphériques et les phénomènes lumineux peuvent produire des observations inhabituelles. Cependant, certaines caractéristiques rapportées rendent cette hypothèse plus difficile à appliquer directement :

  • Deux objets ;
  • Apparence stable ;
  • Proximité apparente du navire ;
  • Déplacement relatif ;
  • Répétition pendant plusieurs nuits ;
  • Observation par du personnel militaire ;
  • Apparition sur caméra.

Mais là encore, sans les données originales, il est impossible de trancher

C'est ici que l'affaire rencontre sa principale limite scientifique : l’absence de données cinématiques - Pour démontrer qu'un objet possède des performances extraordinaires, il faut connaître :

Sa distance + son altitude + sa vitesse + son accélération + sa trajectoire.

Or nous ne possédons publiquement aucune série complète de ces données. Dire qu'un objet était « à 200 pieds » n'est pas suffisant. Il faudrait savoir comment cette altitude a été déterminée. Était-elle estimée visuellement ? calculée par un système électro-optique ? déterminée par radar ? fournie par une triangulation ? ou encore déduite par rapport à la taille apparente ?

La différence est fondamentale.

Un autre point mérite d'être souligné : Dave Beaty ne rapportait pas, à l'époque, de performances extraordinaires de type Tic Tac. Il précisait que le récit qui lui avait été transmis ne faisait pas état d'accélérations impossibles, de vitesses hypersoniques ou de changements de direction défiant la physique. Il décrivait surtout des lumières étranges, apparemment capables de suivre le navire et de réaliser des manœuvres latérales. Cela place l'affaire dans une catégorie différente de celle du Nimitz de 2004. Il ne faut donc pas transformer artificiellement le Kearsarge en « nouveau Tic Tac ». La comparaison est intéressante, mais elle doit rester limitée.

L'affaire présente néanmoins une ressemblance frappante avec les événements survenus autour de bâtiments américains en 2019. En Californie du Sud, plusieurs navires de la Navy avaient été confrontés à des objets décrits comme des drones ou des phénomènes inconnus. Dave Beaty rappelle d'ailleurs dans son enquête qu'il avait obtenu, grâce au FOIA, des informations concernant les équipes SNOOPIE de la Navy — des équipes spécialisées dans l'observation et la documentation photographique des événements inhabituels. Cette continuité est importante car elle suggère que la Marine américaine avait déjà développé une certaine culture opérationnelle de collecte d'images lorsqu'un objet aérien inhabituel apparaissait à proximité d'un bâtiment.

Si les informations rapportées par Beaty sont exactes, la Navy aurait pu mobiliser des équipes spécialisées pour photographier ou filmer les objets. Ce point n'est toutefois pas confirmé publiquement pour l'incident du Kearsarge. Beaty écrit qu'il était probable que de telles équipes aient été mobilisées, en se fondant sur leur existence lors d'incidents antérieurs. Il faut donc écrire : « possibilité », et non :« fait établi ».

Cette distinction est indispensable.

8 - L’affaire devient encore plus énigmatique avec les documents censurés

Le document FOIA est probablement l'élément le plus paradoxal de toute l'histoire. D'un côté, l'administration américaine accepte de produire une présentation relative à l'incident. De l'autre, une grande partie de son contenu est masquée. Le Black Vault précise que la présentation obtenue comptait 16 pages et qu'elle était lourdement expurgée. Cette situation produit un paradoxe classique des affaires UAP américaines :

La déclassification partielle confirme parfois davantage l'existence d'un événement qu'elle ne permet de comprendre sa nature.

Le public apprend qu'un événement a été documenté mais il ne peut pas nécessairement savoir : qui a observé quoi, quand exactement, avec quels capteurs etc…

Dans une affaire comme celle-ci, les photographies pourraient permettre de répondre à une multitude de questions. Quelle était réellement la forme des objets ? étaient-ils ponctuels ? sphériques ? possédaient-ils plusieurs sources lumineuses ? etc…De nombreuses informations issues de photos pourraient transformer une histoire intrigante en véritable dossier technique. Mais le public n'a pas accès à la totalité de ces données.

Le Navire était-il en fait vraiment « suivi » ? C'est probablement le point sur lequel il faut exercer le plus de prudence. Un objet situé derrière un navire peut sembler le suivre alors qu'il est immobile. Le navire avance, l'objet reste à une position apparente similaire et l'observateur peut conclure que l'objet « accompagne » le bâtiment. Pour démontrer un véritable suivi, il faudrait disposer de plusieurs positions successives de l'objet par rapport au navire. Si les données démontraient que l'objet maintenait constamment une distance et une altitude relatives malgré les changements de cap et de vitesse du Kearsarge, alors le dossier serait beaucoup plus solide. Mais nous ne disposons pas publiquement de cette trajectographie.

Il est un fait c’est que cinq ans après les événements, l'affaire conserve une valeur particulière car elle s’inscrit dans une transformation profonde de la politique américaine concernant les UAP. Pendant des décennies, les OVNI furent essentiellement traités comme une question marginale. Depuis les révélations concernant les programmes du Pentagone, les témoignages de pilotes de la Navy, les auditions parlementaires et la création de structures officielles consacrées aux UAP, le vocabulaire a changé. Le problème est désormais abordé sous l'angle :

Détection — identification — sécurité — renseignement — défense.

L'affaire Kearsarge correspond parfaitement à cette évolution car ce qui aurait autrefois été qualifié simplement de « UFO sighting » devient aujourd'hui un problème de contre-UAS et de connaissance de la situation aérienne.

9 - Le parallèle avec le Nimitz : attention aux analogies faciles

L'affaire Kearsarge peut rappeler certains aspects du célèbre épisode du Nimitz de 2004 :

  • Navire de guerre ;
  • Personnel militaire ;
  • Observation aérienne ;
  • Technologies de détection ;
  • Objets non immédiatement identifiés ;
  • Données potentiellement classifiées.

Mais les similitudes s'arrêtent là. Dans le cas du Nimitz, les témoignages des pilotes, les données radar et les vidéos sont au cœur du dossier public par contre dans le cas du Kearsarge, la documentation accessible est beaucoup plus limitée. En fait le dossier repose encore largement sur un récit indirect et sur un document FOIA fortement censuré.

Il serait donc méthodologiquement incorrect de présenter le Kearsarge comme une preuve équivalente au Nimitz.

10. Conclusion : un véritable PAN, mais pas encore un « engin extraterrestre »

L'incident de l'USS Kearsarge mérite incontestablement d'être conservé dans la chronologie des affaires UAP américaines contemporaines. Le récit disponible fait état de deux objets lumineux observés à proximité d'un bâtiment militaire américain, à basse altitude, pendant plusieurs nuits. Les objets auraient été filmés et auraient résisté aux tentatives de détection ou de neutralisation rapportées par les opérateurs du LMADIS. Surtout, l'existence d'une documentation interne relative à l'événement a été confirmée par la découverte, via le FOIA, d'une présentation PowerPoint de 16 pages fortement censurée. Cela donne à l'affaire une dimension documentaire que ne possèdent pas de nombreux récits ufologiques. Mais il serait tout aussi erroné de transformer cette documentation en preuve d'une origine non humaine.

Nous avons la trace d'un événement. Nous avons un récit militaire indirect. Nous avons l'existence d'un dossier documentaire. Nous savons que des images auraient été réalisées. Mais nous ne possédons pas encore les données nécessaires pour déterminer avec certitude ce qui a été observé.

Et c'est précisément là que réside tout l'intérêt du dossier.

L'affaire Kearsarge ne démontre pas que des engins extraterrestres ont suivi un navire américain. Elle démontre quelque chose de plus modeste — mais peut-être plus important :

En 2021, un bâtiment de guerre américain, doté de moyens modernes de surveillance et de contre-drones, a été confronté à un phénomène aérien que les informations publiques disponibles ne permettent toujours pas d'identifier de manière satisfaisante.

Dans une époque où les UAP sont progressivement devenus une question de défense et de renseignement, cette seule constatation mérite une enquête approfondie.

Sources principales

 

vendredi 14 août 2026

L’Allemagne face à une nouvelle vague de signalements d’OVNI : le CENAP reçoit plusieurs témoignages chaque jour

 L’Allemagne face à une nouvelle vague de signalements d’OVNI : le  CENAP reçoit plusieurs témoignages chaque jour

Le nombre de signalements de phénomènes aériens non identifiés (PAN/UAP) adressés au CENAP, l’un des plus anciens organismes allemands consacrés à l’étude des OVNI, connaît actuellement une forte activité. Son directeur, Hansjürgen Köhler, indique que plusieurs nouveaux cas lui parviennent quotidiennement. Mais un chiffre spectaculaire qui circule mérite d’être rectifié : les quelque 14 000 dossiers évoqués correspondent au total historique traité par le CENAP, et non à 14 000 observations enregistrées durant le seul mois d’août 2026.

L’Allemagne connaît-elle actuellement une véritable « vague » d’OVNI ? La question mérite d’être posée, tant l’activité des organismes allemands spécialisés dans les phénomènes aériens inhabituels semble soutenue. Selon les informations attribuées à Hansjürgen Köhler, directeur du CENAP — Centralen Erforschungsnetz außergewöhnlicher Himmelsphänomene, le réseau reçoit désormais entre trois et six nouveaux signalements par jour. Ce rythme représenterait approximativement 90 à 180 témoignages par mois si celui-ci se maintenait.

Le chiffre est loin d’être anecdotique. Il montre surtout que, malgré plusieurs décennies de démystification et d’identification des phénomènes célestes, le public allemand continue à observer dans le ciel des objets ou des lumières qu’il ne parvient pas immédiatement à identifier.

14 000 cas : attention à l’interprétation

Une précision est cependant indispensable. Le chiffre de près de 14 000 signalements qui circule actuellement ne signifie pas que le CENAP aurait reçu 14 000 observations au cours du seul mois d’août 2026. Une telle interprétation serait incompatible avec le rythme quotidien annoncé de trois à six nouveaux cas. Les données disponibles indiquent plutôt que le CENAP a accumulé environ 14 000 signalements depuis le début de ses activités, qui remontent à 1976. Une source récente consacrée au fonctionnement du réseau évoque ainsi environ 13 621 rapports traités, dont seulement une petite fraction demeurait alors sans explication définitive. Cette distinction est essentielle : 14 000 dossiers historiques et 3 à 6 nouveaux cas quotidiens ne décrivent pas le même phénomène statistique. Elle n'enlève cependant rien à l'intérêt de l'information actuelle. Au contraire, elle permet de comprendre que l'Allemagne dispose d'une base de données constituée sur près d'un demi-siècle, susceptible de servir à comparer les périodes de forte et de faible activité.

Fondé en 1976, le CENAP est devenu au fil des décennies l'une des principales structures civiles allemandes consacrées à la collecte et à l'analyse des observations d'OVNI. Son approche est traditionnellement beaucoup plus prudente que celle de certains courants ufologiques. L'objectif n'est pas de transformer chaque lumière étrange en « engin extraterrestre », mais de déterminer ce que le témoin a réellement observé. Cette méthode conduit naturellement à une proportion importante de phénomènes parfaitement conventionnels : avions, satellites, fusées, ballons, drones, météores, planètes brillantes ou effets lumineux. Le phénomène Starlink a notamment créé de nombreuses méprises ces dernières années, tandis que les lancements spatiaux et les rentrées atmosphériques peuvent produire des apparitions particulièrement spectaculaires. Le CENAP utilise notamment les données astronomiques, les informations relatives au trafic aérien et différents outils permettant de confronter le témoignage à ce qui se trouvait effectivement dans le ciel au moment de l'observation.

C'est ici que se situe toute la difficulté du débat car en effet un UAP - PAN n’est pas un OVNI Extraterrestre !  Un PAN est, par définition, un phénomène qui n'a pas encore été identifié. Il ne constitue donc pas automatiquement la preuve d'un objet extraordinaire. La distinction entre signalement, cas non identifié au moment du témoignage et phénomène réellement inexpliqué après enquête est fondamentale.

L'expérience allemande l'illustre particulièrement bien. La GEP — Gesellschaft zur Erforschung des UFO-Phänomens, autre importante organisation allemande de recherche, dispose elle aussi d'une base de données considérable. Sa base statistique publique permet de distinguer les cas identifiés, les cas presque identifiés, les dossiers problématiques et les observations demeurant ouvertes. Au mois de juillet 2026, la GEP indiquait ainsi disposer de 6 600 signalements UFO/UAP, avec une proportion d'environ 2,4 % de cas non expliqués dans sa propre base. Ces chiffres ne sont pas directement comparables à ceux du CENAP, car les critères de collecte, les périodes étudiées et les méthodes de classification peuvent différer. Ils montrent néanmoins une réalité importante : l'immense majorité des signalements ne débouche pas sur la découverte d'un objet véritablement mystérieux.

Pourquoi les témoignages augmentent-ils ?

La hausse actuelle peut avoir plusieurs explications, et il serait prématuré de l'attribuer à une augmentation réelle du nombre de phénomènes inhabituels dans le ciel allemand.

1.    Première hypothèse : l'omniprésence des satellites.

Depuis plusieurs années, les constellations de satellites, notamment Starlink, ont profondément modifié l'apparence du ciel nocturne. Des alignements lumineux ou des groupes de points se déplaçant silencieusement peuvent paraître extrêmement inhabituels à un observateur non averti.

2.    Deuxième facteur : la multiplication des drones.

Le ciel européen est désormais beaucoup plus fréquenté par des drones civils, professionnels et militaires. De nuit, leur identification à distance peut devenir extrêmement difficile.

3.    Troisième facteur : les réseaux sociaux.

Une personne qui observe une lumière étrange peut aujourd'hui filmer immédiatement le phénomène et diffuser la vidéo à des milliers de personnes. Le témoin est également beaucoup plus susceptible de rechercher un organisme auquel transmettre son observation.

4.    Quatrième élément : le contexte international.

Les débats américains autour des UAP, les auditions du Congrès, les publications de documents déclassifiés et l'activité de l'AARO ont considérablement contribué à normaliser le vocabulaire des « UAP ». Le phénomène n'est plus nécessairement présenté comme une curiosité ésotérique, mais comme un problème potentiel d'identification, de sécurité aérienne ou de renseignement.

Il existe donc un paradoxe.

Plus les autorités et les scientifiques expliquent que les UAP doivent être étudiés rationnellement, plus le public semble disposé à signaler ses observations. C'est plutôt une bonne nouvelle pour la recherche. Pendant longtemps, un témoin hésitait à déclarer avoir vu quelque chose d'étrange par peur du ridicule. La disparition progressive de cette stigmatisation permet aujourd'hui d'obtenir davantage de données.

Mais davantage de signalements ne signifie pas nécessairement davantage de phénomènes inexpliqués. C'est une différence fondamentale que les statistiques doivent préserver.

Le véritable intérêt du phénomène allemand

Le cas allemand est particulièrement intéressant parce qu'il permet d'observer ce qui se produit lorsqu'un organisme accumule des milliers de témoignages sur plusieurs décennies. Une base de données aussi importante peut permettre de rechercher des tendances : saisonnalité des observations, heures privilégiées, influence des événements astronomiques, corrélation avec les lancements spatiaux, apparition de nouveaux types de drones, répartition géographique ou encore évolution du nombre de témoignages en fonction de l'actualité médiatique. La GEP dispose déjà d'outils statistiques permettant notamment d'étudier la répartition temporelle et géographique des observations et leurs différentes classifications.

L'enjeu scientifique n'est donc plus simplement de demander : « Combien d'OVNI ont été observés ? »

Il faut désormais demander :

Combien ont été signalés ? Combien ont été identifiés ? Combien demeurent réellement inexpliqués après enquête ? Et surtout, pourquoi ?

La situation allemande rappelle finalement celle observée dans plusieurs autres pays européens. La France possède le GEIPAN, rattaché au CNES. L'Allemagne dispose de plusieurs structures civiles comme le CENAP et la GEP. La Norvège, la Suède et d'autres pays européens entretiennent également des bases historiques d'observations. Une étude scientifique internationale publiée en 2025 soulignait d'ailleurs que les phénomènes UAP ne constituent absolument pas un phénomène exclusivement américain : des programmes et recherches existent depuis longtemps en Europe et dans plusieurs autres régions du monde. L'intérêt de l'Allemagne aujourd'hui réside donc moins dans l'idée spectaculaire d'une prétendue « invasion d'OVNI » que dans la possibilité d'observer l'évolution d'un phénomène de signalement à grande échelle.

Les chiffres actuellement attribués au CENAP sont suffisamment intéressants pour justifier une surveillance statistique, mais ils ne permettent pas, à eux seuls, de conclure à une augmentation des phénomènes aériens véritablement inconnus. Le rythme de trois à six nouveaux cas par jour est significatif pour une organisation spécialisée. Il représente une masse de données qui mérite d'être documentée et comparée aux années précédentes. En revanche, le chiffre de 14 000 cas doit être présenté correctement : il s'agit d'un ordre de grandeur correspondant à l'activité historique du CENAP, et non à une explosion de 14 000 observations au mois d'août 2026.

Cette nuance est essentielle pour éviter de transformer une information intéressante en sensationnalisme.

Car l'enseignement principal de l'expérience allemande est peut-être ailleurs : plus les signalements sont nombreux, plus la nécessité d'une méthode rigoureuse devient importante.

Dans le domaine des OVNI, le véritable événement n'est pas nécessairement de découvrir un objet extraordinaire. C'est parfois simplement de constater que, malgré des milliers d'enquêtes, une petite partie des observations résiste encore à l'identification. Et c'est précisément cette petite fraction — plutôt que les milliers de méprises déjà expliquées — qui constitue le véritable sujet scientifique des PAN.

 

Sources et références : CENAP ; GEP, Gesellschaft zur Erforschung des UFO-Phänomens ; statistiques publiques de la GEP ; travaux scientifiques internationaux sur les UAP.

Analyse équipe réactionnelle du GEOS France 


 

jeudi 13 août 2026

MONTEVIDEO - URUGUAY - AARO VIENT APPRENDRE AU CRIDOVNI

 UAP - OVNI  - Quand l’AARO vient apprendre au CRIDOVNI de Montevideo


Le rapprochement entre l’AARO américain et la CRIDOVNI uruguayenne marque une nouvelle étape dans l’internationalisation de l’étude des PAN

Il est des rencontres qui, en apparence, ne produisent ni déclaration spectaculaire ni révélation fracassante, mais qui méritent pourtant une attention particulière. La récente coopération entre les autorités américaines chargées de l’étude des phénomènes aériens non identifiés et la Force aérienne uruguayenne appartient à cette catégorie.

Selon les informations communiquées côté uruguayen, des représentants de la CRIDOVNI, la Comisión Receptora e Investigadora de Denuncias de Objetos Voladores No Identificados, ont participé à des réunions de travail et à des ateliers techniques avec l’AARO — All-domain Anomaly Resolution Office, le bureau américain chargé de l’étude et de la résolution des anomalies dans tous les domaines.L'information est importante moins pour ce qu'elle prétend révéler sur la nature des PAN que pour ce qu'elle dit de l'évolution de leur traitement institutionnel. Car, derrière les sigles et le vocabulaire administratif, une réalité nouvelle apparaît : le phénomène n'est plus seulement considéré comme une question américaine. Il devient progressivement un sujet de coopération internationale entre organismes militaires, aéronautiques et scientifiques.

L'Uruguay, un pays qui enquête depuis 1979

L'intérêt de cette rencontre tient d'abord à l'identité du partenaire choisi par les Américains. L'Uruguay ne découvre pas aujourd'hui les PAN. La CRIDOVNI a été créée le 7 août 1979 par la Force aérienne uruguayenne afin de recevoir, étudier et évaluer les signalements d'objets volants non identifiés dans l'espace aérien national. Sa mission est directement liée au contrôle de l'espace aérien et à la sécurité aéronautique. Cette longévité est remarquable. Alors que plusieurs pays ont créé puis abandonné des programmes consacrés aux OVNI, l'Uruguay a maintenu pendant près d'un demi-siècle une structure institutionnelle consacrée à ces observations.

La CRIDOVNI n'est donc pas une organisation apparue dans le sillage de la vague UAP américaine de ces dernières années. Elle possède une expérience accumulée sur plusieurs décennies. C'est précisément ce qui rend le dialogue avec l'AARO intéressant.

Le rapprochement met en présence deux modèles.

D'un côté, l'AARO est une structure américaine récente, née dans le contexte de la résurgence du dossier UAP au sein du Département de la Défense et du Congrès américain. Elle dispose potentiellement de moyens technologiques, de capacités de renseignement et d'accès à des données auxquelles une petite commission étrangère ne peut naturellement prétendre.

De l'autre, la CRIDOVNI possède une expérience historique exceptionnelle de la réception et de l'analyse des signalements dans un espace aérien national.

L'intérêt d'une coopération est donc évident : l'un possède une puissance technologique et institutionnelle considérable ; l'autre possède une expérience opérationnelle de longue durée. Il ne s'agit pas nécessairement de déterminer qui « sait » ce que sont les PAN. Il s'agit d'améliorer la manière de poser la question.

C'est probablement là que se trouve l'aspect le plus intéressant des ateliers techniques / passer du témoignage à la donnée. Depuis plusieurs décennies, l'enquête sur les OVNI a souffert d'un problème fondamental : la plupart des observations reposent sur des témoignages humains difficiles à vérifier, parfois accompagnés de photographies ou de vidéos de qualité insuffisante. L'approche UAP contemporaine cherche au contraire à multiplier les sources objectives : radar, infrarouge, électro-optique, données météorologiques, trajectoires aéronautiques, données satellitaires, spectrométrie, signaux électromagnétiques et autres capteurs.

Le propre atelier UAP organisé par l'AARO en 2025 illustre cette évolution méthodologique : les travaux portaient notamment sur l'identification et l'intégration des sources de données, les méthodes d'analyse à grande échelle ainsi que le nettoyage, l'organisation et la mise en relation des données.

La coopération avec la CRIDOVNI peut donc être comprise comme une tentative de standardisation internationale des méthodes d'enquête.

Et c'est probablement beaucoup plus important qu'une nouvelle vidéo mystérieuse.

L'Uruguay constitue également un partenaire particulièrement intéressant pour Washington. Son territoire est suffisamment vaste pour permettre l'observation de phénomènes aériens, tout en demeurant relativement limité par rapport aux immenses espaces des États-Unis. Sa Force aérienne exerce une responsabilité directe dans le domaine aérospatial national, et le gouvernement uruguayen définit officiellement la FAU comme la branche des forces armées chargée de planifier, conduire et exécuter les missions relevant de la défense du pouvoir aérospatial. La CRIDOVNI dispose en outre d'un historique considérable. Des publications et témoignages antérieurs montrent que ses enquêteurs procèdent notamment à des vérifications du trafic aérien, des conditions météorologiques, des satellites, des phénomènes astronomiques et des activités militaires afin d'éliminer les explications conventionnelles.

Cette méthode de réduction progressive des hypothèses est fondamentale.

Un PAN n'est pas nécessairement un objet exotique. C'est d'abord un événement qui, au moment de l'observation ou après une première analyse, n'a pas encore reçu d'identification satisfaisante.

Cette distinction est capitale. Le mot « non identifié » ne signifie pas « extraterrestre »

C'est probablement ici que l'information doit être abordée avec le plus de prudence. Le rapprochement AARO-CRIDOVNI ne constitue aucunement, à lui seul, la preuve d'une présence extraterrestre. Il ne signifie pas davantage que les deux gouvernements disposent d'informations secrètes démontrant l'existence d'engins d'origine non humaine.

Ce que cette coopération démontre, en revanche, est beaucoup plus concret : les autorités aéronautiques considèrent suffisamment sérieuse la question des anomalies pour consacrer des moyens à l'amélioration de leur identification.

Cette nuance est essentielle.

Dans une enquête scientifique ou militaire, le terme « inexpliqué » décrit l'état des connaissances. Il ne constitue pas une conclusion sur la nature du phénomène. Un objet peut rester non identifié parce que les données sont insuffisantes, parce que les capteurs ont produit des informations contradictoires ou parce que l'événement n'a pas pu être reconstitué avec suffisamment de précision. L'enjeu de la coopération internationale est justement de réduire cette zone d'incertitude.

Une petite commission qui possède une grande expérience

La CRIDOVNI mérite à cet égard davantage d'attention en dehors de l'Amérique latine. Depuis sa création, elle a accumulé un important corpus de signalements. En 2026, son président, le colonel Ariel Sánchez, expliquait encore que la commission travaillait selon un protocole destiné à recueillir les témoignages et les éléments graphiques avant de rechercher les explications conventionnelles.

Cette philosophie rejoint finalement celle affichée aujourd'hui par les programmes UAP modernes : ne pas partir de la conclusion, mais partir des données. Il existe néanmoins une différence importante entre cette ambition méthodologique et les moyens réellement disponibles.

Des sources uruguayennes ont décrit la CRIDOVNI comme une structure disposant de ressources humaines et matérielles très modestes. Un article consacré à son fonctionnement indiquait notamment que ses membres travaillaient dans des conditions très éloignées des moyens technologiques généralement associés aux programmes américains. C'est précisément pourquoi l'accès à des outils, des logiciels, des méthodes d'analyse et éventuellement à des données supplémentaires pourrait représenter un changement significatif.

Le développement des PAN comme objet d'étude pose un problème qui dépasse largement la question des OVNI. Chaque pays possède ses propres catégories, ses propres procédures de signalement et ses propres critères d'évaluation.

Or un phénomène aérien ne s'arrête pas aux frontières.

Un objet détecté dans l'espace aérien d'un pays peut être observé quelques minutes plus tard par les capteurs d'un autre. Une trajectoire mal comprise peut être reconstruite grâce aux données d'un système étranger. Une observation considérée comme insignifiante dans un pays peut prendre une autre dimension lorsqu'elle est rapprochée d'un événement enregistré ailleurs.

La coopération AARO-CRIDOVNI pourrait donc contribuer à une évolution particulièrement intéressante : la constitution progressive d'un langage commun de l'enquête sur les PAN.

C'est probablement l'une des évolutions les plus importantes du dossier contemporain. L'Amérique latine entre dans le nouveau paysage UAP L'histoire des OVNI est souvent racontée comme une histoire exclusivement américaine.

Elle ne l'est pas.

Des organismes gouvernementaux ont étudié le phénomène en France, au Royaume-Uni, au Canada, en Russie, dans les pays nordiques et ailleurs. Des travaux scientifiques contemporains soulignent d'ailleurs que les PAN constituent un phénomène étudié dans plusieurs pays et que leur investigation ne peut être réduite à une problématique américaine. Dans ce contexte, l'expérience uruguayenne prend une dimension particulière.

L'Uruguay possède probablement l'une des plus anciennes structures gouvernementales consacrées de façon continue à l'étude des OVNI. La coopération avec AARO constitue donc une sorte de rencontre entre l'ancien monde de l'ufologie institutionnelle et le nouveau monde des UAP, dominé par les capteurs, les bases de données, l'intelligence artificielle et l'analyse multidisciplinaire.

Il faut enfin résister à une tentation très présente dans le dossier OVNI : transformer chaque rencontre institutionnelle en événement extraordinaire.

La rencontre AARO-CRIDOVNI ne permet pas de conclure que Washington possède des preuves d'engins extraterrestres. Elle ne permet pas davantage d'affirmer que l'Uruguay aurait découvert des objets d'origine inconnue au sens physique du terme. Mais elle révèle quelque chose de beaucoup plus tangible.

Les PAN commencent progressivement à devenir un sujet de coopération internationale normalisé.

Hier, chaque pays enquêtait essentiellement dans son coin. Aujourd'hui, les organismes commencent à échanger leurs méthodes. Demain, ils pourraient échanger leurs bases de données, leurs protocoles, leurs logiciels et leurs données instrumentales. Et c'est peut-être là que se situe le véritable tournant. Car la question fondamentale n'est plus seulement : « Que sont les OVNI ? »

Elle devient progressivement :

« Comment pouvons-nous, collectivement, déterminer ce qui se trouve réellement dans notre ciel ? »

Cette formulation est moins spectaculaire. Mais elle est infiniment plus scientifique.

Et, paradoxalement, c'est peut-être en abandonnant la recherche immédiate d'une réponse extraordinaire que l'enquête internationale sur les PAN commencera enfin à produire des résultats extraordinaires.

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INFORMATION DE L’ARMME DE L’AIR URUGUAYENNE

L'armée de l'air uruguayenne continue de renforcer la coopération internationale en matière de recherche aérospatiale.

Par l'intermédiaire de la Commission de réception et d'enquête sur les plaintes d'objets volants non identifiés (CRIDOVNI), la FAU a tenu des réunions de travail et des ateliers techniques avec le Bureau de résolution des anomalies de tous les domaines (AARO) du Département de la guerre des États-Unis, dans le but d'échanger expériences et renforcer les capacités de recherche sur les phénomènes anormaux non identifiés (UAP).

Au cours de la réunion, des méthodologies scientifiques pour l'analyse de cas, l'échange de procédures visant à éliminer les phénomènes conventionnels et l'évaluation des futurs outils technologiques et logistiques qui contribueront à optimiser les capacités de recherche de l'armée de l'air uruguayenne.

De même, des progrès ont été réalisés dans la projection de l'Uruguay en tant qu'accueil possible d'un prochain atelier régional sud-américain visant à normaliser les processus de collecte et d'analyse de données, à promouvoir la coopération internationale et le renforcement de la sécurité aérienne.

Avec ces instances d'échanges, l'armée de l'air uruguayenne réaffirme son attachement à la recherche scientifique, à la coopération internationale et au renforcement des capacités qui contribuent à la surveillance et à la protection de notre espace aérien souverain.

SOURCE : COMPTE OFFICIEL DE L’ARMEE DE L’AIR URUGUYENNE SUR INSTAGRAM : https://www.instagram.com/p/DbdTUICjhmb/?img_index=3


Document intéressant :

1   -   Chambre des représentants de l’Uruguay – document officiel, 6 avril 2026
C’est probablement la source la plus intéressante que j’ai trouvée. Un député uruguayen a adressé au ministère de la Défense une demande officielle d’informations concernant un accord entre la Force aérienne uruguayenne, via la CRIDOVNI, et des organismes américains pour l’étude des phénomènes aériens non identifiés.
La demande pose notamment des questions sur le matériel et les logiciels qui pourraient être fournis, l'installation éventuelle de stations d'observation, la gestion des données, leur partage avec les organismes étrangers et la présence éventuelle de personnel américain en Uruguay.

https://documentos.diputados.gub.uy/docs/L50/Oficio/05073.pdf?utm_source=chatgpt.com

2   -   Une décision officielle de 2020 confirme également que la Force aérienne uruguayenne reconnaît la CRIDOVNI comme la commission chargée de traiter les demandes et informations relatives aux objets volants non identifiés. C'est une source intéressante pour établir le statut institutionnel de la commission.

https://www.gub.uy/unidad-acceso-informacion-publica/sites/unidad-acceso-informacion-publica/files/2020-11/RESUAIP2016_AA_FuerzaAereaUruguaya.pdf?utm_source=chatgpt.com

 

Équipe rédactionnelle du GEOS France

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