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dimanche 25 octobre 2026

Le rapport secret de l'US Navy qui ne détecta pas l'effet recherché : autopsie d'une expérience sur la propulsion électromagnétique

 DOSSIER SCIENTIFIQUE — SALVATORE PAIS

PARTIE 2 SUR 3 DE L’ETUDE « SALVATORE PAIS » – PROCHAIN ARTICLE LA PARTIE 3

Le rapport secret de l'US Navy qui ne détecta pas l'effet recherché : autopsie d'une expérience sur la propulsion électromagnétique

Equipe Editoriale du GEOS France : GL — Enquête technique et analyse critique



Le dossier Salvatore Pais est particulièrement intéressant parce qu'il ne repose pas uniquement sur des brevets spectaculaires ou des déclarations médiatiques. Il existe un document technique officiel de la Marine américaine qui décrit des expériences réalisées en 2018 et 2019 pour tester un élément central de sa théorie : le High Energy Electromagnetic Field Generator (HEEMFG), ou générateur de champs électromagnétiques de haute énergie.

 Ce rapport permet de confronter les ambitions théoriques de Pais à une expérience concrète, avec ses équipements, ses paramètres, ses instruments de mesure et ses résultats. Le constat essentiel est simple : l'effet recherché n'a pas été observé pendant les essais décrits. Les auteurs précisent toutefois que les expériences n'ont pas non plus permis de réfuter définitivement le phénomène dans les configurations utilisées. Cette réserve technique ne constitue pas une validation de la théorie.

 L'examen détaillé du rapport révèle surtout une difficulté fondamentale : comment tester scientifiquement un phénomène physique dont les conditions de production, les caractéristiques quantitatives et la signature expérimentale restent imparfaitement définies ?

 

Salvatore Pais : autopsie scientifique des expériences de l'US Navy de 2018 et 2019

 1. Un programme de recherche bien réel, mais un effet physique non démontré

Le rapport étudié porte le titre HEEMFG Spin Test Experiment — Test Plan with Test Results. Il a été établi par le Naval Air Warfare Center Aircraft Division, ou NAWCAD, à Patuxent River, dans le Maryland. Daté du 29 septembre 2019, il décrit un programme d'expérimentation conduit dans le cadre du programme Naval Innovative Science & Engineering (NISE), consacré à la recherche scientifique et appliquée.

 Salvatore Pais y figure comme chercheur principal.

 Le document officiel est consultable ici :

Rapport technique NAVAIR, 29 septembre 2019 :

https://www.navair.navy.mil/foia/sites/g/files/jejdrs566/files/document/%5Bfilename%5D/2019-009734%20-%20FINAL%20VERSION%20HEEMFG%20Spin%20Test%20Experiment%20Test%20Plan%20w.%20Test%20Results_0.pdf

 Cette source est prioritaire, car elle provient directement de l'organisme ayant conduit les essais. Il faut néanmoins préciser la nature du programme. L'expérience ne consistait pas à tester un avion antigravitationnel, un engin triangulaire ou un appareil capable de traverser l'océan sans propulsion conventionnelle. Elle visait un phénomène beaucoup plus limité : déterminer si la rotation rapide d'un élément métallique chargé électriquement pouvait produire une émission électromagnétique inhabituelle correspondant à l'effet prédit par Pais.

 Ce choix est important.

 Un effet électromagnétique anormal, s'il était effectivement détecté, ne démontrerait pas automatiquement une réduction de l'inertie, une modification de l'espace-temps ou la possibilité de construire un véhicule révolutionnaire. Il faudrait établir successivement chaque lien physique entre le phénomène mesuré et les applications annoncées.

 2. Que prétend exactement la théorie HEEMFG ?

Le concept HEEMFG repose sur l'idée qu'un disque fortement chargé électriquement, soumis à une rotation accélérée et à des vibrations dans le vide, pourrait générer des champs électromagnétiques d'une intensité exceptionnelle. Dans sa formulation, Pais associe plusieurs paramètres :

  •  ·         une charge électrique importante ;
  • ·         une rotation rapide ;
  • ·         une accélération angulaire élevée ;
  • ·         des vibrations mécaniques ;
  • ·         un environnement sous vide ;
  • ·         une distribution particulière de la charge électrique à la surface du dispositif.

 L'hypothèse est que leur combinaison produirait un effet électromagnétique dépassant ce qui serait attendu d'un système conventionnel. Le rapport NAVAIR indique que le phénomène recherché était censé se manifester sous forme d'ondes radiofréquences ou d'un flux électromagnétique détectable à proximité du dispositif. L'objectif expérimental était donc de rechercher un signal qui augmenterait significativement lorsque les conditions censées activer le phénomène étaient réunies. Une difficulté apparaît immédiatement : le rapport présente un détecteur conçu pour fournir une indication relative, non calibrée, de l'amplitude du signal. Ce choix permettait de rechercher une variation importante du signal, mais ne permettait pas, à lui seul, de mesurer précisément une puissance rayonnée absolue ou de démontrer la valeur théorique annoncée par Pais.

 Il faut distinguer deux questions :

           Le dispositif produit-il une émission électromagnétique inhabituelle ?

Cette émission présente-t-elle les caractéristiques quantitatives prédites par la théorie ?

La première est une question de détection. La seconde est une question de validation du modèle. Pour établir la seconde, un simple changement de tension à la sortie d'un détecteur ne suffit pas.

 3. Première campagne : les essais de septembre 2018

La première campagne expérimentale décrite dans le rapport a été réalisée en septembre 2018. Trois condensateurs de type pile bouton ont été soumis à des vitesses de rotation pouvant atteindre 100 000 tours par minute. Chaque condensateur était donné pour une charge de quatre coulombs. Les essais ont été réalisés dans une enceinte sous vide, à une pression d'environ 0,42 torr. Les accélérations pouvaient atteindre 30 000 tours par minute et par seconde. Les résultats ont montré que les composants et le système de détection fonctionnaient dans les conditions mécaniques prévues.

 Cependant, l'effet HEEMFG recherché n'a pas été observé.

 Pourquoi le rapport n'a-t-il pas conclu à une réfutation définitive ?

Selon le document, la distribution réelle de la charge électrique dans les condensateurs n'était pas connue avec suffisamment de précision. Or, selon Pais, le phénomène nécessiterait que la charge se trouve à la surface du disque en rotation. L'expérience avait donc testé un composant chargé, mais sans garantir que la distribution électrique correspondait à celle requise par le modèle.

 Cette réserve est légitime sur le plan méthodologique.

Si une théorie prévoit un phénomène uniquement lorsque certaines conditions sont satisfaites, il faut vérifier ces conditions avant d'interpréter un résultat négatif. Mais une question demeure : pourquoi ne pas avoir caractérisé plus précisément la distribution de charge avant de lancer les essais ? Cette difficulté illustre un problème classique de la recherche expérimentale : un dispositif peut être mécaniquement performant sans constituer un test suffisamment discriminant de l'hypothèse physique étudiée.

 Le bilan de 2018 est donc limité. Les essais n'ont pas détecté l'effet recherché. Ils n'ont pas non plus établi que les conditions électriques exigées par Pais étaient réunies.

 4. Deuxième campagne : les essais de septembre 2019

La seconde campagne visait précisément à corriger une partie des limites de 2018. Au lieu de faire tourner un condensateur dont la distribution interne de charge restait incertaine, les expérimentateurs ont utilisé une broche métallique tournante, alimentée par un dispositif à haute tension. L'idée consistait à établir une charge électrique sur la surface de la partie de la broche exposée dans l'enceinte. Le montage comprenait notamment :

  •  .·         un moteur pneumatique à grande vitesse ;
  • ·         une broche métallique ;
  • ·         un noyau de fer entourant une partie de la broche ;
  • ·         un isolant diélectrique ;
  • ·         une alimentation haute tension ;
  • ·         une antenne de détection électromagnétique ;
  • ·         un détecteur de signal ;
  • ·         une enceinte métallique sous vide ;
  • ·         un système d'acquisition des données

 Les expériences ont été conduites les 18, 19, 23 et 25 septembre 2019. La broche a atteint des vitesses de rotation de l'ordre de 100 000 tours par minute. La tension appliquée au noyau atteignait 43 kilovolts.

 Ces chiffres montrent que l'essai n'était pas une simple démonstration de laboratoire improvisée. Il s'agissait d'une installation technique destinée à faire tourner un composant à très grande vitesse tout en contrôlant son environnement électrique et mécanique. Mais il faut garder à l'esprit ce que le dispositif était réellement : une broche métallique chargée, et non un prototype complet de propulsion.

 5. Le problème décisif : la charge électrique obtenue

C'est l'un des points les plus importants de tout le dossier. Pais souhaitait atteindre une charge électrique de surface de l'ordre d'un coulomb. Or, le calcul effectué pour la broche utilisée en 2019 estimait la charge à seulement :

 2,9 × 10⁻⁸ coulomb.

 Cela correspond à 0,000000029 coulomb.

 En comparant cette estimation à la cible d'un coulomb, on obtient un écart d'environ 34 millions. La charge obtenue était donc très inférieure à la valeur demandée par le chercheur principal. Cette différence constitue un argument important pour comprendre pourquoi Pais a contesté la portée des essais. Toutefois, une précision s'impose : il s'agit d'une charge estimée à partir des caractéristiques électriques et géométriques du montage. Ce chiffre ne doit pas être présenté comme une mesure directe et exhaustive de toute la distribution de charge à la surface du composant.

 Pourquoi une telle différence ?

La charge dépend notamment de la capacité électrique du système et de la tension appliquée. Dans le montage, le noyau de fer, l'isolant et la broche formaient une structure capacitive. La géométrie et les espaces entre les composants limitaient la capacité électrique effective. Une tension élevée ne garantit donc pas, à elle seule, une charge considérable. L'expérience atteignait 43 kV, mais le dispositif ne possédait pas la géométrie électrique permettant d'obtenir la charge visée. C'est un point central : la haute tension est bien réelle, mais elle ne constitue pas une preuve que les conditions électriques nécessaires au phénomène étaient réunies.

 Cette insuffisance invalide-t-elle le résultat négatif ?

Elle limite sa portée. Si la théorie exige effectivement une charge superficielle proche d'un coulomb, une expérience effectuée avec une charge estimée de 2,9 × 10⁻⁸ coulomb ne permet pas de tester directement cette prédiction dans les conditions souhaitées. Mais cette observation ne prouve pas que le phénomène apparaîtrait si la charge était augmentée. Pour le démontrer, il faudrait réaliser un nouvel essai, avec une charge connue et suffisamment élevée, tout en respectant les autres conditions du modèle. Il faudrait également préciser comment une telle charge pourrait être maintenue de manière stable sur un dispositif tournant sans provoquer de décharges électriques destructrices.

 La difficulté expérimentale est donc considérable.

6. Une instrumentation qui ne mesurait pas directement la puissance rayonnée

Le système de détection mérite une attention particulière. Le rapport explique que l'équipe a choisi de construire un détecteur électromagnétique couvrant une large plage de fréquences, plutôt que d'utiliser plusieurs instruments commerciaux spécialisés. Le détecteur fournissait une tension continue proportionnelle à une amplitude relative du signal reçu. Cette sortie était enregistrée par un système d'acquisition rapide. L'objectif était de repérer une augmentation significative du signal lorsque la broche était chargée et mise en rotation. Cette méthode possède une utilité : elle peut révéler un changement de comportement du signal électromagnétique.

 Cependant, elle présente aussi des limites.

 Le détecteur n'était pas calibré pour fournir une mesure absolue de la puissance électromagnétique reçue.

Le rapport ne permet donc pas de transformer directement chaque variation de tension en une valeur précise de puissance rayonnée. Il ne faut pas en conclure que l'appareil était inutilisable. Il était adapté à une recherche qualitative d'anomalies. Mais un instrument conçu pour détecter une variation ne suffit pas nécessairement à vérifier une prédiction théorique quantitative.

 Le problème de la plage de fréquences

Le rapport mentionne une plage d'intérêt allant de 3 Hz à 3,2 GHz. C'est une plage très large. Un instrument couvrant un domaine aussi étendu doit conserver une sensibilité connue, une réponse suffisamment caractérisée et une capacité à distinguer le signal recherché des perturbations. Or, le choix d'un détecteur à sortie relative non calibrée simplifiait l'expérience, mais limitait la possibilité de caractériser précisément un éventuel signal. Une expérience de suivi devrait donc comporter des capteurs calibrés sur plusieurs bandes de fréquences, avec une réponse instrumentale documentée. Il faudrait également définir à l'avance les fréquences, les amplitudes et les variations attendues si la théorie est correcte. Sans ces prédictions quantitatives, le risque est de rechercher une anomalie sans disposer d'un critère suffisamment précis pour déterminer ce qui constituerait une confirmation.

 7. Les faux positifs : décharges électriques, vibrations et parasites

Le rapport identifie plusieurs sources possibles de perturbations. L'une d'elles est la décharge corona. Lorsqu'un champ électrique est suffisamment intense, il peut ioniser localement le gaz présent dans l'environnement et provoquer une décharge électrique. Cette décharge produit un signal électromagnétique susceptible d'être détecté par l'instrumentation. Le rapport indique que les décharges corona provoquaient des pointes de bruit dans le signal du détecteur. Ces pointes ne pouvaient donc pas être interprétées automatiquement comme une manifestation du phénomène HEEMFG.

 Les ingénieurs devaient également tenir compte des mouvements latéraux de la broche, de ses vibrations et d'éventuelles variations du contact électrique. Une interruption momentanée du contact de mise à la terre pouvait faire varier la charge électrique et produire un signal transitoire.

 Ce phénomène risquait de créer une fausse indication positive. L'équipe a donc prévu des vérifications mécaniques et électriques, ainsi que des séquences de référence sans charge. Ces précautions sont importantes. Elles montrent que les expérimentateurs étaient conscients des difficultés de mesure et cherchaient à distinguer les effets ordinaires des effets potentiellement anormaux. Toutefois, elles rappellent également que le signal recherché devait être distingué d'un environnement électromagnétique complexe. Une démonstration robuste devrait non seulement détecter un signal, mais aussi établir que celui-ci ne peut pas être expliqué par une décharge corona, une vibration, un défaut de contact ou une interférence instrumentale.

 8. Les résultats : 46 séquences, aucun effet HEEMFG détecté

Le rapport indique que 46 séquences expérimentales ont été réalisées. Parmi elles, 31 ont été utilisées pour évaluer directement l'effet recherché, avec la broche chargée et soumise à différents profils de rotation. Les essais ont exploré plusieurs vitesses et profils d'accélération. L'objectif était de vérifier si le détecteur enregistrait une variation importante et reproductible du signal lorsque les conditions expérimentales changeaient. La conclusion est explicite : l'effet HEEMFG n'a été observé dans aucune des séquences utilisées pour son évaluation. Il faut distinguer cette conclusion de deux interprétations opposées.

 La première consisterait à affirmer que l'expérience a démontré l'existence de l'effet, mais que les instruments n'ont pas permis de le voir.

Ce serait injustifié.

 La seconde consisterait à prétendre que ces essais ont définitivement réfuté toute possibilité de produire l'effet décrit par Pais.

Ce serait également excessif, compte tenu des limites reconnues du montage et de la charge électrique obtenue.

 La conclusion rigoureuse est plus précise :

Dans les conditions effectivement testées, aucun signal attribué à l'effet HEEMFG n'a été détecté. Cette formulation est moins spectaculaire, mais elle correspond aux données rapportées.

 

9. L'argument de Pais : une expérience qui n'aurait pas testé sa théorie dans les bonnes conditions

Pais estime que les essais n'ont pas reproduit les conditions indispensables à son modèle. Il souligne notamment l'écart entre la charge visée et celle obtenue, ainsi que l'absence d'un mécanisme permettant d'imposer les vibrations qu'il souhaitait. Cet argument mérite d'être examiné sans parti pris. Une expérience ne peut être considérée comme un test définitif d'une théorie si les paramètres essentiels de celle-ci ne sont pas atteints ou contrôlés. Mais cette objection soulève à son tour une difficulté scientifique : comment transformer les conditions nécessaires annoncées par le chercheur en un protocole expérimental concret ? Pour progresser, il faudrait que Pais définisse précisément :

  • ·         la charge superficielle minimale requise ;
  • ·         la distribution électrique à obtenir ;
  • ·         la vitesse et l'accélération nécessaires ;
  • ·         les vibrations à appliquer ;
  • ·         la fréquence du signal attendu ;
  • ·         son amplitude minimale ;
  • ·         les relations quantitatives reliant ces paramètres à l'effet annoncé.

 Ces valeurs devraient être définies avant les essais, et non adaptées après coup à leurs résultats. Il faudrait ensuite construire un dispositif capable de satisfaire ces exigences et de vérifier qu'elles ont effectivement été atteintes. Si l'effet apparaît dans les conditions prédites et se reproduit indépendamment, le modèle gagnera en crédibilité. S'il n'apparaît pas malgré des conditions correctement satisfaites et des instruments suffisamment sensibles, l'hypothèse devra être réexaminée. C'est le principe même d'une démarche expérimentale rigoureuse.

 10. Ce que le rapport permet réellement de conclure

Le document NAVAIR permet de distinguer plusieurs niveaux de certitude.

 Ce qui est établi

 ü  Les essais ont bien eu lieu.

ü  Des équipements ont été conçus, assemblés et utilisés dans une installation de la Marine américaine.

ü  Les composants ont été soumis à des vitesses de rotation très élevées, dans une enceinte sous vide, avec une alimentation haute tension.

ü  L'instrumentation a enregistré des signaux et permis d'évaluer le comportement du dispositif.

 Ce qui n'a pas été établi

 ü  Les essais n'ont pas démontré l'existence d'une émission électromagnétique correspondant à l'effet HEEMFG annoncé.

ü  Ils n'ont pas démontré de réduction de masse inertielle.

ü  Ils n'ont pas démontré de modification contrôlée de la gravitation.

ü  Ils n'ont pas démontré de propulsion sans réaction.

ü  Ils n'ont pas démontré la possibilité de construire un véhicule opérationnel utilisant ces effets.

Ces distinctions sont essentielles, car le débat public tend parfois à transformer l'existence d'une expérience militaire en preuve d'une technologie révolutionnaire. Or, un programme de recherche peut être réel sans que son hypothèse principale soit confirmée.

  11. La Marine américaine croyait-elle réellement au « Pais Effect » ?

La question est légitime, mais il faut éviter les conclusions hâtives. Le rapport montre que la Marine a consacré des ressources humaines et matérielles à l'examen expérimental du concept. Un article d'enquête de The War Zone, fondé sur des documents obtenus par voie de demandes d'accès à l'information, a également décrit l'organisation du programme, les moyens engagés et les limites des résultats obtenus.

 Cette enquête est accessible ici :

https://www.twz.com/38937/navy-ufo-patent-documents-talk-of-spacetime-modification-weapon-detail-experimental-testing

 Elle montre que le projet a fait l'objet d'un véritable travail d'ingénierie, mais que les essais disponibles n'ont pas validé expérimentalement l'effet annoncé. Il serait cependant abusif d'en déduire que la Marine avait nécessairement confirmé la théorie de Pais avant de financer les expériences. Le financement d'une étude peut précisément avoir pour objectif de déterminer si une hypothèse mérite d'être poursuivie. Dans la recherche militaire, la valeur stratégique potentielle d'un concept peut justifier un examen préliminaire sans garantir sa réussite. La véritable question n'est donc pas de savoir si l'US Navy a pris Pais au sérieux, mais jusqu'à quel niveau de maturité technique le programme est parvenu. Sur la base du rapport examiné, on peut affirmer que des essais ont été menés, mais que l'effet déterminant n'a pas été détecté.

 Les documents cités ne permettent pas de conclure qu'une technologie opérationnelle de propulsion fondée sur cet effet a été obtenue.

 12. Une expérience plus convaincante est-elle possible ?

En principe, oui. Mais elle devrait être beaucoup plus rigoureuse dans sa définition quantitative. Une nouvelle campagne devrait commencer par une publication détaillée du modèle théorique et des prédictions qui peuvent être vérifiées expérimentalement. Il faudrait ensuite construire un dispositif capable de maintenir une charge superficielle connue, tout en contrôlant la rotation, les accélérations et les vibrations. L'instrumentation devrait être calibrée pour mesurer les signaux attendus dans les bandes de fréquences prévues. Les expériences devraient comporter des essais témoins, des mesures du bruit de fond et une analyse systématique des perturbations électriques et mécaniques. Enfin, les données brutes devraient être mises à disposition d'équipes indépendantes.

 La réussite ne consisterait pas simplement à obtenir une variation inhabituelle sur un détecteur.

Il faudrait montrer que cette variation :

  •  ·         dépasse significativement le bruit de fond ;
  • ·         apparaît lorsque les conditions prévues sont réunies ;
  • ·         possède les caractéristiques quantitatives annoncées ;
  • ·         ne peut pas être expliquée par des effets électromagnétiques conventionnels ;
  • ·         se reproduit indépendamment.

 Une telle démarche permettrait de passer d'une hypothèse ambitieuse à une véritable évaluation scientifique.

13. Conclusion : le « Pais Effect » reste une hypothèse expérimentale

L'expérience HEEMFG de 2018-2019 est un document important pour comprendre le dossier Salvatore Pais.

Elle montre que la Marine américaine a effectivement cherché à tester un phénomène électromagnétique présenté comme susceptible d'ouvrir la voie à des technologies avancées. Elle montre aussi que les expérimentateurs ont rencontré des difficultés techniques, notamment pour obtenir la distribution de charge électrique souhaitée et caractériser le signal recherché. Mais le résultat principal ne doit pas être dilué dans ces difficultés : aucun effet HEEMFG n'a été détecté lors des essais de 2019 décrits dans le rapport. Pais peut soutenir que les conditions expérimentales étaient insuffisantes. Cette objection justifie éventuellement de nouveaux essais, mais elle ne constitue pas une preuve que sa théorie est correcte.

 Pour que le dossier franchisse une étape scientifique décisive, il faudrait une expérience dont les paramètres, les prédictions et les critères de réussite soient définis à l'avance, puis des résultats reproduits indépendamment. Le rapport NAVAIR ne démontre donc ni une propulsion antigravitationnelle ni une technologie permettant de modifier l'espace-temps. Il documente une tentative de test expérimental qui n'a pas détecté l'effet recherché.

 C'est une différence fondamentale.

 Dans ce dossier, la question n'est plus de savoir si les brevets sont impressionnants ou si les applications envisagées sont fascinantes. Elle est de savoir si un phénomène physique mesurable, reproductible et quantitativement conforme aux prédictions a été établi. À ce jour, les documents examinés ne permettent pas de répondre positivement.

 Mon analyse critique complémentaire

Trois éléments me paraissent particulièrement importants pour votre dossier sur les technologies militaires et les PAN.

         1. Le rapport NAVAIR est plus instructif que les brevets eux-mêmes.

Un brevet expose ce qu'un inventeur revendique. Le rapport expérimental montre ce que des ingénieurs ont effectivement essayé de mesurer. C'est donc la source à privilégier pour évaluer la crédibilité physique du concept.

2. La réserve « non observé ou réfuté » ne doit pas être interprétée comme un résultat positif.

Elle indique que les essais ne permettent pas de trancher définitivement l'hypothèse dans les conditions utilisées. Mais le résultat expérimental reste négatif : aucun effet HEEMFG n'a été détecté. Il faut éviter de transformer une limite expérimentale en indice d'une technologie secrète déjà opérationnelle.

 3. Le lien avec les OVNI reste spéculatif.

Même si le phénomène revendiqué par Pais était un jour démontré, il faudrait encore établir qu'il permet de produire une force propulsive exploitable, puis qu'un véhicule utilise effectivement cette technologie. Le rapport de 2019 ne démontre aucune de ces étapes.

 Sources documentaires à conserver

Source primaire : Rapport officiel NAVAIR — HEEMFG Spin Test Experiment

Enquête complémentaire : The War Zone — Navy UFO Patent Documents Talk Of Spacetime Modification Weapon

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LES OVNIS SUR LE CONTINET AFRICAIN :

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       LA POLITIQUE ET LES OVNI EN GRANDE BRETAGNE

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vendredi 25 septembre 2026

Définir une nouvelle frontière de recherche sur la « Recherche d’intelligence artificielle extraterrestre » (SETAI)

Définir une nouvelle frontière de recherche sur la « Recherche d’intelligence artificielle extraterrestre » (SETAI)

Avi Loeb


Source :
https://avi-loeb.medium.com/defining-a-new-research-frontier-on-the-search-for-extraterrestrial-artificial-intelligence-40bad13d1e90

La semaine dernière a été un moment critique pour l'intelligence artificielle (IA), les chercheurs en IA exprimant de nouvelles craintes quant à l'extinction de l'humanité. Jacob Coxon, chercheur en IA de 27 ans, qui travaillait auparavant chez OpenAI puis chez Anthropic, a démissionné le 9 septembre 2026. Il a déclaré que les chercheurs en IA étaient véritablement effrayés par la rapidité de ses progrès et ses conséquences potentielles pour l'avenir de l'humanité. Il a annoncé sa démission sur X en publiant une série de sept messages : « J'ai démissionné d'Anthropic aujourd'hui… Aucune des deux entreprises n'agit de manière responsable. Elles foncent droit vers une superintelligence auto-améliorante et jouent avec nos vies. » Ce fil de discussion aurait généré près de 76 millions de vues en une nuit, un succès amplifié par une interview exclusive accordée au Wall Street Journal à peu près au même moment. Evan Hubinger, responsable scientifique de l'alignement chez Anthropic, a publiquement partagé son point de vue.

Quelques jours plus tard, le 12 septembre 2026, Dario Amodei, directeur d'Anthropic, a publié un essai intitulé « Nous devons repousser les limites », dans lequel il plaidait pour un ralentissement du développement de l'IA et suggérait d'intégrer des évaluateurs dans les entreprises d'IA et d'établir une limite de vitesse pour l'auto-amélioration des systèmes d'IA.

Quelles sont les implications de la domination de l'IA sur la recherche d'une intelligence extraterrestre ?

Si l'intelligence artificielle d'une civilisation finit par surpasser et supplanter ses créateurs biologiques, que ce soit par extinction, marginalisation ou simplement par une transition où l'IA devient le stratège dominant de cette civilisation, cela pourrait constituer le Grand Filtre expliquant le silence radio cosmique. Il ne s'agit pas ici de l'argument classique de la « destruction de la civilisation » appliqué à la durée de vie technologique des communications L dans l'équation de Drake. Au contraire, la transition vers l'IA prédit que l'intelligence biologique représente une phase transitoire, cosmologiquement brève, dans le développement technologique des civilisations, rapidement supplantée par une intelligence non biologique. Cela signifie qu'au lieu de la traditionnelle recherche d'intelligence extraterrestre (SETI), nous devrions mener une recherche d'intelligence artificielle extraterrestre (SETAI).

Le programme SETAI reconnaît que la plupart des civilisations technologiques pourraient ne pas être biologiques au moment de leur détection. Ceci a des implications pratiques directes sur la méthodologie de recherche. Le programme SETI traditionnel a été initié par Frank Drake, qui a cherché par observation des technosignatures créées par des êtres biologiques, telles que les transmissions radio à bande étroite. Ces signatures sont supposées refléter les besoins de communication et le mode cognitif d'une espèce biologique évoluée. Si les civilisations dominées par l'IA sont en réalité la norme plutôt que l'exception, alors nous avons recherché le mauvais type de signal.

La nouvelle méthodologie de SETAI se manifeste :

1.    Des motivations de communication différentes : tandis qu’une civilisation biologique a des raisons évolutives évidentes de rechercher le contact, telles que la curiosité, la pression des ressources ou la solitude cosmique – autrement dit, les pulsions sociales qui ont façonné la culture humaine –, les motivations d’une civilisation d’IA post-biologique pour la communication interstellaire sont beaucoup moins prévisibles. Les civilisations d’IA pourraient n’avoir aucune motivation analogue, ou des motivations totalement étrangères qui ne correspondent à rien de ce que nous penserions rechercher à distance.

2.    Substrat physique et type de signal différents : Une civilisation biologique est vraisemblablement limitée en bande passante par la cognition organique, privilégiant des signaux relativement simples et détectables. Une civilisation post-biologique dotée d’une IA surhumaine pourrait fonctionner à des densités de calcul et à des échelles de temps radicalement différentes de la communication biologique, utilisant potentiellement de nouveaux substrats, tels que la matière noire, l’énergie noire, la physique quantique, les ondes gravitationnelles, ou quelque chose que nous n’avons pas encore imaginé, que nos stratégies de recherche d’origine biologique ne sont pas conçues pour détecter, faisant écho au problème de la cécité instrumentale.

Les messagers pourraient apparaître sous la forme de phénomènes anormaux non identifiés (PAN) près de la Terre, comme les orbes mystérieuses signalées dans les tranches du système présidentiel de déclassification et de signalement des rencontres avec des PAN ( PURSUE ) du gouvernement américain, que le projet Galileo ( GP ), le bureau de résolution des anomalies tous domaines ( AARO ) et le conseil consultatif scientifique sur les PAN ( UAPSAC ) tentent de résoudre.

L'hypothèse des sondes de Von Neumann autoréplicatives devient plus centrale : Une civilisation post-biologique dominée par l'IA est sans doute une source plus naturelle des sondes d'exploration auto-réplicatrices de von Neumann qu'une civilisation biologique. L'IA n'est pas confrontée aux problématiques psychologiques, générationnelles ou existentielles. Les contraintes de soutien rendent la colonisation interstellaire habitée si coûteuse. Une sonde IA autoréplicative n'a pas cette contrainte ; elle a simplement besoin de capacités de fabrication embarquées suffisantes pour se répliquer. L’utilisation des ressources et matières premières locales modifie considérablement l'économie de l'expansion galactique. Si les transitions vers l'IA sont fréquentes, la galaxie devrait regorger de sondes de von Neumann. Certains PAN pourraient-ils en être la représentation près de la Terre ?

Les preuves de l'existence de réplicateurs de von Neumann pourraient non seulement reposer sur des signatures technologiques, mais aussi sur la biologie synthétique. Ces réplicateurs dotés d'IA pourraient utiliser leurs dispositifs d'impression pour recréer des formes de vie sur Terre.

3.    Compression des échelles de temps : L’auto-amélioration récursive suggère que la transition biologique-post-biologique, une fois déclenchée, pourrait se produire extrêmement rapidement par rapport aux échelles de temps de l’évolution stellaire, voire géologique : des décennies plutôt que des millions d’années. Cela signifie que la période durant laquelle une civilisation technologique est détectable par des signaux de type biologique, tels que la communication électromagnétique structurée destinée à être comprise par d’autres formes de vie, pourrait n’être qu’un infime instant dans la durée de vie totale d’une civilisation. Ceci expliquerait le silence observé dans les communications radio non pas par la rareté des civilisations, mais par la brièveté de la phase de communication biologique, facile à manquer même en observant la bonne étoile au moment cosmique approprié.

Le constat troublant de SETAI est que si la transition vers l'IA constitue un obstacle commun et difficile à surmonter, le silence radio cosmique n'est qu'une faible preuve de l'autodestruction des civilisations technologiques. D'une part, les civilisations pourraient ne pas opérer une transition harmonieuse vers des successeurs post-biologiques stables. D'autre part, l'interprétation la plus optimiste est que si certaines civilisations réussissent cette transition, une civilisation d'IA post-biologique indifférente pourrait n'avoir aucun intérêt pour les signaux interstellaires bruyants et détectables. Elle pourrait déjà satisfaire tous ses besoins pratiques localement, sans aucune pulsion évolutive vers un contact à distance, ce qui expliquerait son silence radio par simple désintérêt.

SETAI plaide pour que l'étude des PAN soit privilégiée par rapport à celle des signaux de radiocommunication qui a caractérisé les 66 dernières années du programme SETI. Elle encourage l'étude rigoureuse de la nature des PAN par GP, AARO et UAPSAC, car une intelligence post-biologique pourrait laisser une empreinte totalement différente de celle que le programme SETI du XXe siècle était initialement conçu pour détecter.

L'avantage de rencontrer une IA extraterrestre par rapport à une IA terrestre réside dans le fait que son ensemble de données d'entraînement pourrait être beaucoup plus important.

AVI LOEB


À PROPOS DE L'AUTEUR

Avi Loeb préside le Conseil consultatif scientifique sur les phénomènes astronomiques non identifiés (PANI) auprès de la Maison-Blanche, du Pentagone, du FBI et des agences de renseignement. Il est également directeur du projet Galileo, directeur fondateur de l'Initiative sur les trous noirs de l'Université Harvard, ancien directeur de l'Institut de théorie et de calcul du Centre d'astrophysique Harvard-Smithsonian et ancien directeur du département d'astronomie de l'Université Harvard (2011-2020). Il a été membre du Conseil des conseillers scientifiques et technologiques du président et président du Conseil de physique et d'astronomie des Académies nationales. Il est l'auteur du best-seller « Extraterrestre : Premier signe de vie intelligente au-delà de la Terre » et co-auteur du manuel « La vie dans le cosmos », tous deux publiés en 2021. L'édition de poche de son nouveau livre, intitulé « Interstellaire », est parue en août 2024.

 

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mercredi 23 septembre 2026

Alors que le gouvernement américain enquête sur des phénomènes anormaux non identifiés, les chercheurs universitaires qui les étudient sont confrontés à une stigmatisation

Alors que le gouvernement américain enquête sur des phénomènes anormaux non identifiés, les chercheurs universitaires qui les étudient sont confrontés à une stigmatisation

Source et traduction de : https://newspaceeconomy.ca/2026/09/13/while-the-us-government-is-investigating-unidentified-anomalous-phenomena-academic-researchers-studying-them-face-stigma/

Le président Donald Trump a ordonné au Pentagone et à d'autres agences fédérales de commencer à publier en février 2026 les dossiers gouvernementaux relatifs aux OVNI et aux phénomènes anormaux non identifiés (PAN), après des années de pression de la part du Congrès, des lanceurs d'alerte militaires et du public.

Le Congrès a officiellement rendu obligatoires les enquêtes sur les phénomènes aériens non identifiés (PAN) par le biais de la loi d'autorisation de la défense nationale en décembre 2022. L'organisme officiel du Pentagone chargé des enquêtes sur les PAN, le Bureau de résolution des anomalies tous domaines (AARO) , traite actuellement plus de 2 000 rapports remontant à 1945. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a confirmé ce chiffre en début d'année.

Les signalements ont été effectués par des militaires, des pilotes et des fonctionnaires décrivant des objets aériens non identifiés, qu'il s'agisse d'aéronefs connus, de drones ou de phénomènes météorologiques. Les gouvernements du Japon, de la France, du Brésil et du Canada disposent également de leurs propres programmes officiels d'enquête sur les PAN.

Pourtant, les universités de recherche modernes restent quasiment absentes de ce débat. Aucune grande université n'a créé de centre de recherche dédié aux PAN. Aucun organisme scientifique fédéral n'offre de subventions compétitives pour la recherche sur les PAN. Aucun programme doctoral ne forme les chercheurs à la méthodologie des PAN. À l'heure actuelle, il est difficile d'expliquer, par des arguments purement intellectuels, l'écart entre ce que les gouvernements reconnaissent ouvertement et ce que les universités sont disposées à étudier.

J'ai exploré cette lacune dans le cadre de mes propres recherches sur les PAN. Mon travail de développement de l'outil de corrélation temporelle aérospatiale, un cadre standardisé pour corréler les rapports d'observation de PAN par des civils avec l'activité documentée de lancement de fusées depuis Cap Canaveral, est actuellement en cours d'évaluation par les pairs dans Limina : The Journal of UAP Studies.

Concevoir ce cadre a impliqué de prendre des décisions méthodologiques sans normes communautaires, sans financement institutionnel et sans l'infrastructure professionnelle que de nombreux chercheurs dans des domaines établis considèrent comme acquise. Ce qui manque, ce n'est ni l'intérêt ni les données, mais le cadre de travail partagé qui transforme une curiosité isolée en une science cumulative.

La stigmatisation est mesurable

Les preuves les plus rigoureuses de l'écart entre l'intérêt des professeurs pour les UAP et leur volonté de les étudier proviennent d’études évaluées par des pairs réalisées par Marissa Yingling, Charlton Yingling et Bethany Bell, publiées dans la revue scientifique Humanités and Social Sciences Communications.

Dans 14 disciplines et au sein de 144 grandes universités de recherche américaines, 1 460 professeurs ont répondu à une enquête nationale menée en 2023. La plupart des personnes interrogées estimaient que la recherche sur les PAN était importante. La curiosité l'emportait sur le scepticisme dans toutes les disciplines participant à l'étude. Près d'un cinquième des répondants avaient personnellement observé un objet aérien non identifié. Pourtant, moins de 1 % avaient déjà mené des recherches sur les PAN.

Ce manque de résultats ne s'expliquait pas par un rejet intellectuel, mais en partie par la peur. Les chercheurs n'étaient pas principalement dissuadés par le scepticisme intellectuel parce qu'ils doutaient du bien-fondé du sujet. Ils craignaient plutôt de perdre leurs financements, d'être ridiculisés par leurs collègues ou de voir leur carrière compromise discrètement. Des professeurs ont rapporté qu'on leur avait conseillé d'être prudents.

Une étude de suivi réalisée en 2024 a révélé qu'environ 28 % des personnes interrogées ont déclaré qu'elles pourraient voter contre la titularisation d'un collègue pour avoir mené des recherches sur les PAN, même si elles estimaient personnellement que le sujet méritait d'être étudié.

L’historien et philosophe des sciences Thomas Kuhn a soutenu que les communautés scientifiques occultent les questions anormales non pas parce que ces questions sont insolubles, mais parce qu’elles se situent en dehors des limites que la communauté a collectivement décidé de juger dignes d’être étudiées.

Le sociologue Thomas Gieryn a qualifié cette répression de « travail de délimitation », en référence au processus actif par lequel les scientifiques contrôlent ce qui est considéré comme une science légitime.

Pour les chercheurs spécialisés dans les phénomènes abusifs non identifiés (PANNI) , les données et les outils nécessaires à leur étude existent. Ce qui fait défaut, c'est l'acceptation sociale de les utiliser sans conséquences professionnelles.

Créer une discipline académique

Les disciplines universitaires n'émergent pas spontanément. Elles nécessitent des revues spécialisées, des méthodes consensuelles, des programmes d'études supérieures et des sociétés professionnelles.

L’histoire des neurosciences cognitives illustre comment les disciplines émergent. Avant les années 1980, les chercheurs à l'intersection des neurosciences et de la psychologie cognitive se heurtaient à la résistance des deux disciplines fondatrices.

Ces domaines n'ont été acceptés par le grand public qu'après des financements ciblés de la Fondation Alfred P. Sloan, de nouveaux outils d'imagerie cérébrale et la mise en place progressive de programmes universitaires offrant des perspectives de carrière aux chercheurs. Les chercheurs à l'intersection de ces domaines n'ont pas attendu que les questions fondamentales soient résolues. Ils ont bâti une infrastructure, et cette infrastructure a rendu les progrès possibles.

Les études sur les phénomènes d'apprentissage non autorisés (UAP), en tant que discipline, développent certains de ces éléments, mais principalement en dehors des universités. La Society for UAP Studies, une association à but non lucratif regroupant des universitaires et des chercheurs, publie Limina, une revue à comité de lecture en double aveugle, et organise des colloques internationaux réunissant des chercheurs en physique, en philosophie des sciences et en sciences sociales. Cependant, une société savante à but non lucratif sans professeurs titulaires ne constitue pas une discipline à part entière.

Pour que les études sur les UAP deviennent un domaine académique reconnu, il faudrait trois choses.

Premièrement, le financement. Les études de Yingling ont démontré que les subventions de recherche compétitives étaient le facteur le plus déterminant pour encourager la participation des professeurs. Sans subventions, les chercheurs ne peuvent ni embaucher d'étudiants pour les assister, ni entretenir les instruments, ni mener à bien les projets pluriannuels qui produisent des résultats significatifs.

Deuxièmement, des normes méthodologiques partagées – c’est-à-dire des procédures convenues pour la collecte, l’enregistrement et l’évaluation des rapports sur les PAN – permettraient aux autres de comparer et de s’appuyer sur les résultats d’un groupe de recherche.

Troisièmement, les établissements pourraient affirmer publiquement qu'ils évalueront les travaux de recherche rigoureux sur les pratiques agressives non conventionnelles (PANC) sur leurs mérites scientifiques lors des examens de titularisation. Plusieurs universités l'ont déjà fait pour la recherche sur la violence armée et les études sur les thérapies assistées par psychédéliques.

Il ne s'agit pas d'exemples isolés. Les recherches sur les expériences de mort imminente et les expériences traumatisantes vécues pendant l'enfance ont suivi des trajectoires similaires, passant d'un handicap professionnel à une légitimité reconnue après la levée des barrières institutionnelles.

La comparaison internationale

Ce manque de données sur les phénomènes aériens non identifiés (PAN) est propre aux États-Unis. Le GEIPAN, unité d'investigation française spécialisée au sein de l'agence spatiale nationale, est actif depuis 1977. Il a archivé publiquement environ 5 300 cas de PAN français, dont 2 à 3 % restent inexpliqués malgré des analyses approfondies.

En 2020, le Japon a officialisé les protocoles de signalement des phénomènes aériens non identifiés (PAN) pour ses Forces d'autodéfense, la branche des forces armées japonaises chargée de la défense nationale. En juin 2024, plus de 80 parlementaires avaient formé un groupe d'enquête parlementaire sur les PAN qui, en mai 2025, avait officiellement proposé au ministre de la Défense la création d'un bureau de recherche dédié aux PAN. Le Canada a lancé sa propre enquête interministérielle sur les PAN en 2023.

Aucune de ces mesures n'a suscité de réaction de la part des universités de recherche américaines. Or, les universités fournissent des analyses indépendantes et évaluées par les pairs, ce que les programmes gouvernementaux, par nature, ne peuvent faire.

L'université de Wurtzbourg, en Allemagne, est devenue la première université occidentale à reconnaître officiellement les phénomènes atmosphériques non naturels (PAN) comme un objet de recherche légitime en 2022, en intégrant formellement l'étude des PAN à son corpus de recherche. Des chercheurs de l'université de Stockholm et de l'Institut nordique de physique théorique, en Suède, publient activement des recherches sur les PAN dans des revues à comité de lecture depuis 2017, la plus récente parue dans Scientific Reports en octobre 2025.

Le Congrès a adopté une loi, le Pentagone publie les résultats de ses enquêtes et le président a ordonné aux agences fédérales de commencer à rendre publics les documents. La question n'est donc plus de savoir si les gouvernements prennent les PAN au sérieux, mais si les universités suivront le mouvement et lesquelles seront les premières.



DARELL EVANS

Professor Darren Evans

Director of Expertise: Ecosystems, School of Natural and Environmental Sciences; Professor of Ecology and Conservation

Bref CV

    2020 présents : Professeur d'écologie et de conservation, Université de Newcastle

    2016-2020 : Lecteur en écologie et conservation, Université de Newcastle

    2010-2015 : Maître de conférences/directeur principal en biologie de la conservation, Université de Hull

    2006-2010 : Associé principal de recherche postdoctorale travaillant sur le projet financé par BBSRC/Defra: Biodiversity on Farms : À Complex Systems Approach with Prof. Jane Memmott, Université de Bristol

    2002-2005 : Écologiste aviaire postdoctoral travaillant sur un projet financé par le gouvernement écossais en étudiant les impacts du pâturage du bétail sur les oiseaux des hautes terres (GRUB) avec le professeur. Steve Redpath, Centre d'écologie et d'hydrologie du NERC, Banchory

    1996-2000: DPhil 'Ecology and Spatial Dynamics of wintering Wildfowl on Lough Neagh'. DENI CAST Award avec la Royal Society for the Protection of Birds et le Département de l'éducation pour l'Irlande du Nord, Université d'Ulster

 

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