lundi 17 août 2026

LE PARLEMENT JAPONAIS DEMANDE LA CREATION D'UN ORGANISME CHARGE DU DOSSIER OVNI

Japon : le Parlement demande au gouvernement de créer une véritable structure de commandement sur les UAP

Le 28 mai 2026, une étape nouvelle dans la politique japonaise des phénomènes aérospatiaux non identifiés

Tokyo, 28 mai 2026. Dans un contexte international marqué par la multiplication des débats officiels sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés — UAP, selon la terminologie désormais privilégiée par de nombreux gouvernements — le Japon vient de franchir une nouvelle étape institutionnelle.

Photo:  Le secrétaire général du Cabinet, Kihara, reçoit une proposition de Yasuo Hamada (à droite), président de la « Ligue parlementaire bipartite pour l'étude des phénomènes anormaux non identifiés – photo : saitama-np.co.jp

Le 28 mai, des membres du groupe parlementaire transpartisan japonais consacré aux phénomènes anormaux non identifiés ont rencontré Minoru Kihara, secrétaire général du Cabinet japonais, auquel ils ont remis une proposition officielle visant à renforcer considérablement la réponse gouvernementale aux UAP.

L’événement a été rapporté le jour même par plusieurs médias japonais, notamment TBS News, FNN, Kyodo et différents journaux régionaux reprenant la dépêche de l’agence Kyodo. Tous insistent sur un même élément : les parlementaires ne demandent pas au gouvernement de rechercher des extraterrestres, mais de se préparer à des événements dont la nature et l’origine demeurent inconnues et qui pourraient avoir des implications pour la sécurité nationale.

Cette nuance est essentielle pour comprendre l’évolution de la position japonaise.

Un groupe parlementaire qui a changé de registre

Le groupe porte officiellement le nom de « 安全保障から考える未確認異常現象解明議員連盟 », que l’on peut traduire par :

« Groupe parlementaire pour l’étude des phénomènes anormaux non identifiés sous l’angle de la sécurité nationale ».

Il est généralement désigné par les médias japonais sous le nom beaucoup plus court de UFO議連 — UFO giren, c’est-à-dire « groupe parlementaire UFO ». Son président est Yasushi Hamada, ancien ministre japonais de la Défense et figure importante du Parti libéral-démocrate. Parmi les responsables associés au groupe figure notamment Gen Nakatani, ancien ministre de la Défense, tandis que Yoshiharu Asakawa, du Nippon Ishin no Kai, en a également été l’un des animateurs. La composition transpartisane du groupe est significative. La question des UAP n’est donc pas confinée à une petite formation marginale : elle est abordée par des responsables appartenant à plusieurs courants politiques.

Le groupe avait déjà attiré l’attention en 2024 lorsqu’il avait commencé à structurer ses activités autour de la question UAP et de la sécurité nationale. À cette époque, les parlementaires japonais avaient clairement expliqué que leur intérêt portait notamment sur la possibilité qu’un phénomène apparemment inexpliqué puisse en réalité correspondre à un drone, un système de reconnaissance, une arme étrangère, un phénomène naturel ou une technologie inconnue.

Autrement dit, le raisonnement japonais est très proche de celui qui s’est imposé progressivement aux États-Unis :

On ne demande pas d’abord ce qu’est le phénomène. On demande d’abord si le phénomène peut représenter une menace.

Le 28 mai, Yasushi Hamada et plusieurs membres du groupe parlementaire se sont rendus au Parlement japonais afin de remettre directement à Minoru Kihara le document intitulé :

« Proposition concernant la mise en place d’un dispositif gouvernemental de réponse aux phénomènes anormaux non identifiés (UAP) ».

La proposition demande notamment que les informations relatives aux UAP puissent être centralisées au niveau du Cabinet, afin d’éviter qu’elles restent dispersées entre différentes administrations. C’est probablement le point le plus important de cette démarche.

Les parlementaires estiment que le Japon dispose déjà de différents organismes susceptibles de détenir des informations pertinentes : ministère de la Défense, Forces japonaises d’autodéfense, autorités aéronautiques, police, administrations locales et autres organismes gouvernementaux. Mais ces informations peuvent demeurer fragmentées. En conséquence le groupe parlementaire veut donc une sorte de centre gouvernemental de coordination, capable de recevoir les signalements, de les analyser et de décider rapidement quelle administration doit intervenir.

TBS News résume ainsi l’objectif : établir sous l’autorité du secrétaire général du Cabinet une fonction permettant de centraliser les informations et de donner rapidement des instructions pour une réponse scientifique et gouvernementale lorsqu’un incident survient.

Le mot important : « 司令塔 », le centre de commandement

La terminologie employée par la presse japonaise est particulièrement intéressante. Plusieurs médias parlent d’une demande visant à établir une « 司令塔機能 », littéralement une « fonction de tour de contrôle » ou de « centre de commandement ». Kyodo, repris notamment par plusieurs journaux japonais, titre ainsi :

« Le groupe parlementaire demande une fonction de commandement pour répondre aux UFO ».

Le terme est beaucoup plus révélateur que le mot UFO lui-même. Il montre que la question est en train de changer de catégorie politique. Il ne s’agit plus seulement de savoir si les observations de phénomènes inhabituels sont authentiques.

La question devient :

Qui est responsable lorsque quelque chose d’inconnu apparaît dans l’espace aérien japonais ?

Cette interrogation est fondamentale pour un État moderne. Si un objet non identifié est détecté au-dessus d’une installation nucléaire, d’une base militaire, d’un aéroport ou d’une infrastructure stratégique, plusieurs administrations peuvent être concernées simultanément. La Défense peut considérer l’événement comme une question de surveillance aérienne. La police peut être concernée par la sécurité publique. Les autorités aéronautiques peuvent être responsables des risques pour l’aviation. Le renseignement peut chercher à déterminer s’il s’agit d’un système étranger. Et le Cabinet peut devoir coordonner l’ensemble.

C’est précisément ce problème de fragmentation institutionnelle que les parlementaires japonais veulent résoudre.

La proposition du 28 mai n’est pas seulement théorique. Elle s’appuie notamment sur un événement survenu en juillet 2025 au-dessus de la centrale nucléaire de Genkai, dans la préfecture de Saga. Trois lumières mystérieuses avaient alors été observées dans le ciel au-dessus de la centrale. L’affaire a profondément intéressé les parlementaires japonais parce qu’elle mettait en évidence, selon eux, les limites de la circulation de l’information entre les différentes administrations.

La dépêche Kyodo souligne que la proposition parlementaire reproche au gouvernement de ne pas avoir disposé d’une capacité suffisante pour centraliser les informations concernant cet incident. C’est un argument particulièrement puissant. Une observation étrange au-dessus d’un territoire rural n’a évidemment pas la même importance stratégique qu’un phénomène détecté au-dessus d’une installation nucléaire. Dans ce second cas, l’incertitude elle-même devient un problème de sécurité.

La proposition parlementaire ne se limite cependant pas à l’organisation administrative. Elle demande également la création d’un environnement dans lequel les personnes ayant observé un phénomène inhabituel puissent le signaler sans craindre les moqueries, les sanctions ou des conséquences professionnelles négatives.

TBS News insiste sur ce point. Le groupe parlementaire veut mettre en place un système permettant aux témoins de signaler des événements inhabituels sans craindre d’être ridiculisés ou pénalisés. Cette revendication est loin d’être secondaire. Elle touche à l’un des problèmes historiques de la recherche sur les OVNI : le sous-signalement.

-     Un pilote militaire qui observe un objet qu’il ne parvient pas à identifier peut hésiter à le signaler s’il pense que ses collègues vont se moquer de lui.

-       Un pilote civil peut craindre des conséquences sur sa carrière.

-       Un fonctionnaire peut hésiter à transmettre une information inhabituelle s’il ne sait pas quelle administration est compétente.

-   Un militaire peut également se demander si l’information relève d’une procédure de renseignement classifiée.

Le résultat est toujours le même : moins de signalements, moins de données, moins de possibilités d’analyse. Le Japon semble donc vouloir s’attaquer non seulement au problème de l’analyse, mais aussi à celui de la culture institutionnelle du signalement.

La proposition intervient également au moment où les États-Unis accélèrent considérablement leur politique de publication d’informations concernant les UAP. Les parlementaires japonais demandent au gouvernement d’examiner les informations rendues publiques par Washington. Cette demande est importante parce que le Japon est un allié militaire majeur des États-Unis. Les données américaines peuvent potentiellement concerner des phénomènes observés dans le Pacifique, des activités militaires, des systèmes de surveillance ou des objets dont l’origine pourrait être étrangère.

La question UAP devient donc également une question de coopération de renseignement entre alliés. C’est un élément central du raisonnement japonais. Il ne serait pas nécessairement pertinent pour Tokyo de reproduire exactement l’organisation américaine. Mais il devient difficile pour le Japon d’ignorer une évolution institutionnelle qui concerne son principal allié stratégique.

La réponse prudente de Minoru Kihara

La réaction du gouvernement japonais mérite une attention particulière. Après avoir reçu la proposition, Minoru Kihara a déclaré que, lorsqu’une situation d’urgence concernant notamment la sécurité des personnes et des biens se produit, le Cabinet peut coordonner les administrations concernées afin que le gouvernement puisse agir de manière unifiée.

FNN rapporte ainsi la déclaration du secrétaire général du Cabinet : en cas de situation urgente susceptible de provoquer des dommages graves aux personnes ou aux biens, le gouvernement entend agir de manière coordonnée sous l’autorité du Cabinet. Cette réponse est importante mais également prudente.

Kihara n’a pas annoncé la création immédiate d’une agence japonaise spécialisée dans les UAP. Il n’a pas non plus promis une déclassification générale des dossiers japonais. Au sujet d’une éventuelle publication d’informations, il a expliqué que chaque décision devait être prise au cas par cas, notamment en tenant compte du risque de révéler les capacités de collecte de renseignements du gouvernement. C’est probablement ici que se situe la véritable limite de l’annonce du 28 mai. Le Parlement demande davantage de transparence et de centralisation. Le gouvernement répond :

Oui à la gestion des situations de crise, mais pas nécessairement à une transparence absolue.

Il serait donc erroné de présenter l’événement du 28 mai comme la création d’un « AARO japonais ». Ce n’est pas le cas. Le groupe parlementaire demande une structure de coordination gouvernementale, mais la rencontre avec Kihara ne signifie pas que le gouvernement japonais a déjà créé une agence indépendante comparable à l’All-domain Anomaly Resolution Office (AARO) américain. La distinction est essentielle. Une proposition parlementaire est une demande politique. Une structure gouvernementale permanente nécessite des décisions administratives, des compétences définies, des personnels, des budgets, des procédures de classification et une chaîne de responsabilité. Le Japon se trouve donc à un stade de transition. Mais cette transition est intéressante.

L’un des commentaires médiatiques les plus révélateurs est venu du Tokyo Shimbun. Le quotidien a présenté l’évolution du dossier sous un angle particulièrement significatif : le problème des UAP est désormais moins présenté comme une question d’« extraterrestres » que comme une question de gestion gouvernementale des risques.

Le titre repris dans les médias japonais est particulièrement évocateur :

« Ce n’est plus maintenant une affaire d’extraterrestres, mais un problème de gestion de crise gouvernementale ».

Cette formulation résume probablement mieux que n’importe quelle déclaration politique le changement de perception au Japon. Le raisonnement est simple. Un phénomène non identifié ne signifie pas nécessairement qu’il est extraterrestre.

Il peut s’agir :

  • ·         d’un drone;
  • ·         d’un ballon;
  • ·         d’un aéronef étranger;
  • ·         d’un système de renseignement ;
  • ·         d’une technologie militaire inconnue ;
  • ·         d’un phénomène météorologique ;
  • ·         d’un phénomène astronomique ;
  • ·         d’une erreur de capteur ;
  • ·         Ou d’un phénomène véritablement inexpliqué.

Mais tant que son identité n’est pas établie, l’État doit être capable de l’identifier. C’est précisément là que le vocabulaire UAP prend tout son sens.

Un autre courant médiatique : l’hypothèse d’un « dossier UFO japonais »

Tous les médias japonais ne se sont cependant pas limités à l’analyse institutionnelle. Le Tokyo Sports a adopté une approche beaucoup plus spectaculaire.  Dans un article du 29 mai intitulé en substance « Un dossier UFO japonais sera-t-il rendu public ? La clé se trouve entre les mains de l’ancien salarié de Japan Airlines, Minoru Kihara », le journal s’interroge sur la possibilité que le Japon puisse un jour publier ses propres dossiers UAP. Cette approche révèle une autre facette du débat japonais.

D’un côté, les médias généralistes parlent de sécurité nationale.

De l’autre, certains titres populaires s’intéressent directement à la possibilité de voir apparaître un équivalent japonais des « UFO files » américains.

Cette dualité est intéressante. Elle montre que la question conserve une dimension populaire et mystérieuse, même lorsque les responsables politiques tentent de la placer dans le champ de la sécurité.

La personnalité de Minoru Kihara donne également à l’affaire une dimension particulière. Avant son entrée en politique, Kihara a travaillé pour Japan Airlines. Cette expérience dans le domaine aéronautique est régulièrement rappelée dans les commentaires japonais consacrés à son rôle dans le dossier UAP. Elle est particulièrement intéressante parce qu’un responsable politique ayant une expérience directe de l’aviation peut appréhender différemment la question des phénomènes observés par les pilotes.

Kihara avait déjà été interrogé sur les UAP lorsqu’il était ministre de la Défense. La position japonaise n’est d’ailleurs pas nouvelle : le gouvernement affirme depuis plusieurs années surveiller les phénomènes ou objets non identifiés susceptibles d’avoir une implication pour la sécurité du pays. Les archives parlementaires montrent notamment que la question avait déjà été abordée au Parlement japonais sous l’angle très concret des risques potentiels pour la défense nationale.

Une évolution politique commencée avant 2026

Le rendez-vous du 28 mai ne constitue donc pas un événement isolé. Il s’inscrit dans une évolution commencée plusieurs années auparavant. En 2024, le groupe parlementaire transpartisan avait déjà expliqué que le Japon devait réfléchir à sa propre réponse au phénomène UAP. Les parlementaires japonais observaient alors particulièrement l’évolution américaine et la création de l’AARO. L’objectif n’était pas de copier mécaniquement les États-Unis mais de répondre à une question fondamentale :

Si les États-Unis considèrent les UAP comme une question potentielle de sécurité nationale, pourquoi le Japon, allié stratégique de Washington et puissance aérienne et maritime majeure du Pacifique, ne disposerait-il pas lui aussi d’une capacité organisée d’analyse ?

Cette logique explique la persistance du dossier.

Il existe une différence importante entre le contexte américain et le contexte japonais. Le Japon se trouve dans une région caractérisée par une activité aérienne et maritime particulièrement intense. Le pays est confronté à la surveillance chinoise, aux activités militaires russes, aux incursions aériennes, aux drones, aux ballons et à l’évolution rapide des technologies autonomes.

Dans un tel environnement, un objet non identifié n’est pas nécessairement mystérieux au sens paranormal. Il peut simplement être un objet dont l’identité n’a pas encore été déterminée. Et c’est précisément cette incertitude qui intéresse les militaires. La véritable question japonaise pourrait donc être résumée ainsi :

Combien de temps un objet peut-il rester « non identifié » avant de devenir un problème de sécurité ?

L’évolution technologique rend cette question encore plus importante. Il y a vingt ans, une observation étrange dans le ciel pouvait être relativement isolée. Aujourd’hui, les capteurs sont partout. Radars civils et militaires, satellites, systèmes infrarouges, caméras haute définition, capteurs électro-optiques, systèmes de défense aérienne et intelligence artificielle produisent des quantités considérables de données. Le problème n’est donc plus seulement de voir. Il est de :

Détecter, identifier, corréler, analyser et attribuer.

Un phénomène qui demeure inexpliqué après plusieurs systèmes de détection différents mérite une analyse particulière. Mais cette analyse nécessite une organisation. C’est précisément ce que réclame aujourd’hui le groupe parlementaire japonais.

L’analyse de la presse japonaise permet de dégager trois axes principaux.

1. Centraliser

Les informations doivent pouvoir remonter vers une structure gouvernementale capable de les rassembler.

2. Analyser

Les données doivent être étudiées scientifiquement et techniquement, plutôt que simplement classées comme « inconnues ».

3. Coordonner

Lorsqu’un événement présente un risque potentiel, une autorité doit pouvoir coordonner la Défense, la police, les autorités aériennes et les autres organismes concernés.

C’est ce troisième niveau qui constitue probablement la nouveauté la plus importante du 28 mai.

C’est ici que le dossier japonais devient particulièrement intéressant : la transparence ! Les parlementaires souhaitent davantage d’information. Mais Kihara rappelle implicitement une réalité commune à tous les États :

Les informations sur les UAP peuvent parfois révéler les capacités des capteurs et des systèmes de renseignement.

Publier l’existence d’un objet détecté par un radar militaire peut révéler :

  • ·         la portée du radar;
  • ·         sa résolution;
  • ·         son emplacement;
  • ·         ses modes de fonctionnement;
  • ·         ses capacités de suivi;
  • ·         les procédures de réaction;
  • ·         Les informations recueillies par les forces japonaises.

Une politique de transparence totale pourrait donc paradoxalement affaiblir les capacités de surveillance. C’est exactement le dilemme auquel sont confrontés les États-Unis. Le Japon semble donc vouloir avancer vers davantage de transparence, mais sans sacrifier ses capacités de renseignement.

L’intérêt du débat japonais réside finalement dans sa capacité à sortir d’une opposition stérile. Pendant des décennies, la discussion sur les OVNI a souvent été enfermée dans deux positions :

« Ce sont des extraterrestres »

Contre

« Il n’y a rien à étudier ».

Le Japon semble progressivement adopter une troisième approche :

« Nous ne savons pas toujours ce que nous observons ; il faut donc être capables de l’identifier. »

Cette position est beaucoup plus rationnelle. Elle ne présuppose ni origine extraterrestre, ni inexistence du phénomène. Elle part simplement du constat qu’une anomalie non identifiée constitue une information incomplète. Et lorsqu’une information peut concerner l’espace aérien, une infrastructure stratégique ou la sécurité nationale, l’État doit disposer des moyens nécessaires pour la traiter.

Un événement beaucoup plus important qu’il n’y paraît

Vu d’Europe, la réunion du 28 mai pourrait facilement passer pour une nouvelle étape du débat mondial sur les OVNI. Ce serait une erreur car l’intérêt réel de l’événement se trouve ailleurs. Pour la première fois avec une telle visibilité, un groupe parlementaire japonais demande explicitement que la question des UAP soit intégrée à l’architecture japonaise de gestion gouvernementale des crises.

Le mot important n’est donc pas « UFO ».

C’est « gouvernement ».

Et le deuxième mot important est « sécurité ».

La proposition remise à Kihara demande en substance que l’État japonais ne découvre pas au dernier moment, lors d’une crise, qu’aucune administration n’est clairement responsable de l’objet ou du phénomène observé.

Le changement de vocabulaire est révélateur. Le Japon utilise de plus en plus l’expression 未確認異常現象 — phénomène anormal non identifié, plutôt que de s’en tenir au terme populaire UFO. Cette évolution est comparable à celle observée aux États-Unis avec UAP. Elle permet de retirer au sujet une partie de sa charge culturelle et de l’intégrer dans un vocabulaire administratif et scientifique. C’est une évolution fondamentale car un « UFO » évoque immédiatement une soucoupe volante. Par contre un « UAP » désigne simplement quelque chose d’anormal ou d’inexpliqué détecté dans l’environnement aérien ou spatial.

Cette différence lexicale permet au dossier d’entrer dans les administrations sans que celles-ci aient à accepter au préalable une quelconque hypothèse extraterrestre.

Conclusion : Tokyo commence à poser la question que Washington pose depuis plusieurs années

Le 28 mai 2026 restera probablement comme une date importante dans l’histoire de la politique japonaise des UAP. Non parce que le gouvernement japonais aurait reconnu une origine extraterrestre. Il n’a fait rien de tel. Non parce que Tokyo aurait créé un équivalent japonais de l’AARO. Ce n’est pas encore le cas. Mais parce qu’une organisation parlementaire transpartisane a officiellement demandé au plus haut niveau gouvernemental une capacité centralisée de collecte, d’analyse et de coordination des phénomènes aérospatiaux non identifiés.

La réponse de Minoru Kihara est prudente : le gouvernement affirme déjà disposer de mécanismes permettant de coordonner les administrations en cas de menace grave, tandis que la publication d’informations sera décidée au cas par cas afin de ne pas compromettre les capacités de renseignement. Mais le débat est désormais engagé. Et la presse japonaise semble avoir compris quelque chose d’essentiel. L’enjeu n’est plus vraiment de demander au gouvernement japonais :

« Croyez-vous aux extraterrestres ? »

La question devient :

« Si un objet ou un phénomène inconnu apparaît dans l’espace aérien japonais, qui est chargé de le détecter, de l’identifier, de l’analyser et d’en informer le gouvernement ? »

C’est une question beaucoup plus sérieuse. Et c’est précisément pour cette raison que le Japon mérite désormais d’être observé attentivement dans le dossier mondial des UAP.

Ce que dit la presse japonaise en résumé

TBS News : insiste sur la demande d’une fonction de commandement centralisée au sein du gouvernement et sur la protection des témoins.

FNN / Fuji TV : met l’accent sur la réponse prudente de Kihara : le gouvernement doit pouvoir agir de façon coordonnée en cas d’urgence, mais la publication des informations sera examinée au cas par cas.

Kyodo News : souligne le lien avec l’incident des trois lumières observées au-dessus de la centrale nucléaire de Genkai et la nécessité d’une centralisation de l’information.

Saitama Shimbun et plusieurs journaux régionaux : reprennent l’idée d’une « fonction de commandement » au sein du Cabinet.

Jiji Press : insiste sur la sécurité nationale, la centralisation des informations et la nécessité de permettre aux témoins de signaler des phénomènes sans craindre les moqueries ou les conséquences professionnelles.

Tokyo Shimbun : donne une lecture particulièrement intéressante du phénomène en soulignant que l’enjeu est désormais moins celui des « extraterrestres » que celui de la gestion gouvernementale des risques.

Tokyo Sports : adopte une approche plus spectaculaire et pose la question de l’éventuelle apparition d’un « dossier UFO japonais », notamment à la lumière des publications américaines.

Mon appréciation

À mon sens, l’élément le plus important de cette affaire n’est pas la remise d’un rapport à Minoru Kihara, mais le changement de nature du débat japonais. En 2024, le Japon cherchait encore principalement à déterminer comment il devait traiter la question UAP. En 2025, les parlementaires ont commencé à mettre l’accent sur les incidents concrets, notamment celui de Genkai. En mai 2026, ils demandent désormais que le Cabinet devienne le centre de coordination de la réponse nationale.

C’est un déplacement considérable : de l’OVNI vers le renseignement ; du renseignement vers la sécurité ; de la sécurité vers la gestion de crise. Et c’est probablement là que se trouve la véritable importance de la démarche japonaise.

Source

urlTBS News – « UFO議連が官房長官に提言 »turn1search0 = https://newsdig.tbs.co.jp/articles/-/2692424?display=1

 urlFNN – « 木原官房長官…UAPへの対応 »turn3search1 = https://www.fnn.jp/articles/FNN/1051483

https://www.saitama-np.co.jp/articles/198469

 

Traduction de l'article de TBS News Dig (28 mai 2026)

Titre original : 自民・浅川氏らUFO議連メンバーが林官房長官と面会「UFO目撃、国家安全保障の脅威」
Traduction : « Des membres de la Ligue parlementaire sur les OVNI, dont M. Asakawa (PLD), rencontrent le Secrétaire général du Cabinet Hayashi : "Les observations d'OVNI sont une menace pour la sécurité nationale" »

Contenu :

Le 28, des membres de la « Ligue des parlementaires pour l'élucidation des phénomènes aériens non identifiés », un groupe bipartisan, dont le secrétaire général Yoshiharu Asakawa (Parti libéral-démocrate), ont rencontré le secrétaire général du Cabinet Yoshimasa Hayashi à la résidence officielle du Premier ministre, et lui ont remis un rapport.

Le groupe, qui compte plus de 100 membres, a souligné que les observations de PANI (phénomènes anormaux non identifiés) augmentent dans le monde et a insisté sur le fait que, d'un point de vue de sécurité nationale, « il s'agit d'une menace qui doit être traitée de tout urgence », réclamant la mise en place d'une agence gouvernementale dédiée à l'analyse.

Lors de la réunion, M. Asakawa a déclaré : « De nombreuses observations ont été signalées au Japon également. Il est possible qu'elles soient liées à des drones ou à des technologies de pays étrangers. Le Japon doit établir une organisation spécialisée pour collecter et analyser les informations. »

Le secrétaire général du Cabinet Hayashi a répondu : « Je prends vos recommandations très au sérieux. Le gouvernement va intensifier ses efforts de collecte d'informations tout en collaborant étroitement avec les États-Unis et les autres pays concernés. »





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