À l’automne 2021, alors que la question des phénomènes aériens non identifiés — UAP, pour Unidentified Anomalous Phenomena — commençait à prendre une place nouvelle dans les débats américains sur la sécurité nationale, un événement singulier aurait impliqué l’USS Kearsarge, un bâtiment d’assaut amphibie de la marine américaine.
Une observation d’UAP méconnue, mais particulièrement intéressante
L’affaire est demeurée relativement discrète jusqu’au printemps 2022, lorsqu’elle fut révélée par le chercheur et documentariste américain Dave Beaty. Elle présente une particularité qui la distingue de nombreux témoignages ufologiques : les témoins supposés n’étaient pas de simples observateurs civils, mais des militaires américains engagés dans une mission d’entraînement et disposant d’un système spécifiquement conçu pour détecter et neutraliser les drones.
Deux objets lumineux, décrits comme étant approximativement « de la taille d’une voiture », auraient accompagné le navire à faible altitude, pendant plusieurs nuits. Les Marines chargés de la défense antiaérienne auraient tenté de les détecter avec leurs moyens électro-optiques et infrarouges, puis de les neutraliser à l’aide du système anti-drones LMADIS. Selon le récit transmis à Beaty, ces tentatives auraient échoué.
L’affaire est d’autant plus intrigante qu’un document obtenu ultérieurement au titre du Freedom of Information Act (FOIA) a confirmé qu’une présentation consacrée à l’incident existait bien au sein du Marine Corps — même si cette présentation a été très lourdement censurée.
Il faut toutefois immédiatement établir une distinction essentielle : nous ne disposons pas, à ce jour, d’un dossier public complet permettant de reconstituer scientifiquement l’événement. Une partie substantielle des informations provient d'un témoignage de seconde main rapporté par Dave Beaty. Le document FOIA apporte une confirmation documentaire de l’existence d’un dossier, mais pas une validation publique de l’interprétation « extraterrestre » ou même de toutes les caractéristiques rapportées.
C’est précisément ce qui rend cette affaire intéressante.
L’USS Kearsarge (LHD-3) est un bâtiment d’assaut amphibie de la classe Wasp. Long d’environ 257 mètres et conçu pour mettre en œuvre des hélicoptères, des avions à décollage court ou vertical et des moyens amphibies, il constitue l’un des éléments majeurs de la capacité de projection des Marines américains. La Marine décrit le Kearsarge comme un bâtiment destiné notamment aux opérations amphibies et aux opérations interarmées. Son vaste pont d’envol constitue également une plateforme particulièrement adaptée à l’emploi de moyens de surveillance et de défense aérienne.
À l’automne 2021, le bâtiment participait à une période d’entraînement dans l’Atlantique, au large de la côte Est des États-Unis. Dave Beaty situe précisément la période concernée entre le 18 et le 26 octobre 2021, dans le cadre des entraînements du PHIBRON et des unités d’intégration du Marine Corps. Il indique également que le Kearsarge était associé aux préparatifs opérationnels de la 22nd Marine Expeditionary Unit.
Ce contexte est important.
Nous ne sommes pas devant un navire marchand naviguant de nuit avec quelques membres d’équipage sur le pont. Il s’agit d’un bâtiment militaire majeur, engagé dans des exercices où la surveillance de l’espace aérien et la lutte contre les drones font précisément partie des scénarios envisagés. La possibilité de détecter des objets inconnus faisait donc partie, indirectement, des préoccupations opérationnelles du moment.
2. Le système LMADIS : un élément essentiel de l’affaire
L’un des aspects les plus intéressants du dossier est la présence à bord du Kearsarge d’un système de défense anti-drones : le Light Marine Air Defense Integrated System, ou LMADIS. Le LMADIS n'est pas un simple dispositif d'observation. Il a été conçu pour détecter, identifier, suivre et combattre des systèmes aériens sans équipage — les fameux UAS ou drones. Le système associe notamment des moyens radar, des capteurs électro-optiques et un système de guerre électronique permettant d'agir contre une menace. Des descriptions techniques du système mentionnent notamment le radar RADA RPS-42 et un système de guerre électronique de Sierra Nevada. Le Marine Corps avait déjà expérimenté l'utilisation du LMADIS à bord de l'USS Kearsarge. En janvier 2019, lors du passage du navire dans le canal de Suez, les Marines avaient installé le système sur le pont précisément pour assurer une capacité de défense contre les drones. Cette précision est capitale pour comprendre l'incident de 2021. Les Marines présents sur le pont du Kearsarge n'étaient donc pas simplement équipés de jumelles. Ils disposaient d'un véritable système de contre-UAS.
Selon le récit recueilli par Dave Beaty auprès d'un ancien officier du Marine Corps identifié sous le pseudonyme « Mark », les Marines opérant le LMADIS auraient aperçu deux objets lumineux.
La scène se serait déroulée de nuit.
Les objets auraient été situés à environ :
- 0,5 mile nautique ou terrestre derrière le navire, soit approximativement 800 mètres ;
- 200 pieds d'altitude, soit environ 60 mètres ;
- Et auraient été approximativement de la taille d'une automobile.
Ces indications doivent cependant être considérées avec prudence, car elles ne proviennent pas d'un rapport opérationnel intégralement accessible au public, mais d'une chaîne de témoignage rapportée par Beaty. Selon cette source, les objets semblaient suivre le navire. Ils ne se seraient donc pas contentés d'apparaître brièvement dans le ciel. Ils auraient maintenu une relation spatiale avec le bâtiment. C'est cette caractéristique qui constitue l'un des éléments les plus remarquables du récit.
Les deux lumières auraient effectué ce que les militaires décrivent comme des « shackle turns ». Cette expression désigne une manœuvre de va-et-vient permettant notamment de maintenir une position relative par rapport à une unité en mouvement. Dans le récit transmis à Dave Beaty, les deux objets auraient ainsi évolué de part et d'autre de l'axe du navire, en se croisant. Autrement dit, le comportement décrit n'était pas celui de deux lumières fixes observées très loin dans le ciel.
Il s'agissait d'objets apparemment capables de conserver une position relative par rapport à un navire en mouvement tout en effectuant des déplacements latéraux. Le récit de Beaty précise que l'un des objets se déplaçait vers la droite tandis que l'autre se déplaçait vers la gauche, avant que leurs trajectoires ne se croisent. Si cette description était confirmée par les données originales, elle serait évidemment beaucoup plus intéressante qu'une simple observation lumineuse. Mais il faut être extrêmement prudent : nous ne possédons pas les données de trajectographie permettant de calculer la vitesse, l'accélération ou la distance réelle des objets. Sans ces données, il est impossible d'affirmer qu'ils réalisaient des performances extraordinaires.
Système intégré de défense aérienne des Marines légers [LMADIS] Le système de défense aérienne terrestre (GBAD) combine des technologies telles que le radar en bande S RADA RPS-42, le système de guerre électronique Sierra Nevada Modi, les capteurs visuels Lockheed Martin et le drone anti-drone Raytheon Coyote, permettant ainsi aux Marines de détecter, suivre et détruire les drones hostiles. Ce futur système d'armes GBAD vise à moderniser les bataillons de défense aérienne à basse altitude (LAAD Bn) en leur conférant des capacités et une puissance de feu accrues pour faire face aux menaces actuelles et futures. |
Les Marines auraient alors utilisé les moyens de détection du LMADIS. C'est ici que l'affaire prend une dimension particulièrement intéressante. Les opérateurs auraient essayé d'acquérir les objets avec le système d'imagerie thermique/FLIR. Selon le récit, ils n'auraient pas réussi à obtenir une piste exploitable avec ce moyen. Cette information mérite d'être considérée avec prudence. Une absence de détection infrarouge ne signifie absolument pas qu'un objet n'existe pas.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer une mauvaise détection :
- Température de l'objet ;
- Température de l'arrière-plan ;
- Distance ;
- Humidité atmosphérique ;
- Angle d'observation ;
- Résolution du capteur ;
- Réglage du système ;
- Conditions météorologiques ;
- Taille apparente de la cible ;
- Nature de la source lumineuse.
Mais si les objets étaient réellement proches — environ 800 mètres selon le témoignage — et de taille comparable à une automobile, leur absence apparente dans un système de surveillance militaire constituerait une question technique intéressante.
Un autre élément demeure incertain : le radar aurait-il détecté les objets ? Le récit de Beaty indique que l'on ne sait pas clairement si l'équipage a réussi à obtenir une piste radar. Cette incertitude constitue probablement l'une des principales faiblesses du dossier public. Dans une affaire contemporaine de PAN, la question fondamentale n'est pas seulement :
« Quelqu'un a-t-il vu quelque chose ? »
Elle devient :
« Combien de capteurs indépendants ont enregistré la même chose ? »
Une observation simultanément confirmée par :
- Un témoin humain ;
- Une caméra électro-optique ;
- Une caméra infrarouge ;
- Un radar ;
- Des données de navigation ;
- Un autre navire ;
- Un aéronef ;
aurait une valeur scientifique et militaire considérablement supérieure. Dans le cas du Kearsarge, nous savons que des images auraient été enregistrées, mais nous ne disposons pas publiquement de l'ensemble des données permettant d'effectuer cette corrélation.
3. La caméra vidéo devient alors le principal témoin
Ne parvenant apparemment pas à obtenir une piste exploitable avec le FLIR, les opérateurs auraient utilisé la caméra vidéo. Et, selon le récit transmis à Beaty, les deux objets seraient apparus dans l'image. Des enregistrements auraient alors été réalisés. C'est un élément fondamental car l'affaire ne repose donc pas uniquement sur une observation visuelle racontée plusieurs mois plus tard. Il aurait existé des supports photographiques ou vidéo.
Mais il y a immédiatement un problème :
Ces images n'ont pas été rendues publiques dans leur intégralité.
Le dossier obtenu grâce au FOIA contient effectivement des documents relatifs à l'événement, mais les informations disponibles ont été très largement occultées.
Photo 1 - Il est probable que la Marine ait également envoyé les équipes SNOOPIE dans les airs pour recueillir des preuves photographiques et vidéo, comme le démontre ce document contenu dans le dossier, mais à ce niveau il n’y a rien de rendu public !L'histoire documentaire de cette affaire est presque aussi intéressante que l'observation elle-même. Dave Beaty avait initialement effectué une demande FOIA concernant l'incident. La réponse du bureau FOIA du Marine Corps indiquait qu'aucun document correspondant n'avait été trouvé. Puis un autre chercheur, Kyle Warfel, obtint une réponse différente.
Sa demande FOIA produisit une présentation PowerPoint imprimée, consacrée à l'événement. Le document comportait 16 pages, mais une grande partie du contenu était masquée. Cette divergence est importante.
Pourquoi une demande pouvait-elle recevoir une réponse « aucun document » tandis qu'une autre aboutissait à la production d'une présentation consacrée au même événement ?
Dave Beaty a rapporté avoir interrogé le bureau concerné et expliqué que son propre dossier FOIA avait été considéré comme négatif alors qu'une autre demande avait obtenu une présentation. La réponse semblait liée, au moins en partie, au vocabulaire utilisé dans la demande. Cette situation ne permet évidemment pas de conclure à une dissimulation intentionnelle. Mais elle montre que la traçabilité documentaire de l'incident est loin d'être satisfaisante.
4. Un document officiel existe donc bien
C'est ici que l'on doit faire une distinction fondamentale. Il serait excessif d'affirmer :
« La Marine américaine a officiellement reconnu avoir rencontré deux OVNI extraterrestres. »
Ce n'est pas ce que démontrent les documents disponibles. En revanche, il est parfaitement légitime d'affirmer :
« Un document du Marine Corps relatif à un incident UAP impliquant l'USS Kearsarge a été obtenu par FOIA. »
Le Black Vault a archivé cette présentation et indique que Kyle Warfel l'a obtenue dans le cadre de sa demande FOIA. Le document était fortement censuré. Cette nuance est essentielle pour toute étude sérieuse. Le document confirme l'existence administrative d'un dossier. Il ne confirme pas automatiquement toutes les caractéristiques rapportées oralement.
Le dossier Kearsarge possède plusieurs caractéristiques qui correspondent aux préoccupations contemporaines du phénomène UAP.
Première caractéristique : proximitéLes objets auraient été relativement proches du bâtiment.Deuxième caractéristique : durée
Ils auraient été observés pendant plusieurs nuits.Troisième caractéristique : comportement
Ils auraient semblé accompagner le navire.Quatrième caractéristique : détection militaire
Les Marines disposaient d'un système spécifiquement destiné à détecter les dronesCinquième caractéristique : tentative de neutralisation
Les opérateurs auraient essayé d'utiliser les moyens anti-UAS disponibles.Sixième caractéristique : enregistrement
Des images auraient été réalisées.Septième caractéristique : documentation
Une présentation consacrée à l'événement a été récupérée par FOIA. Pris séparément, aucun de ces éléments ne prouve l'existence d'un engin d'origine inconnue. Pris ensemble, ils justifient cependant une enquête documentaire et technique beaucoup plus approfondie.
5. L'hypothèse des drones conventionnels
Il serait absurde de commencer l'analyse par l'hypothèse extraterrestre. La première hypothèse à tester est celle d'un drone conventionnel. Et elle est particulièrement sérieuse. En 2021, les drones constituaient déjà une menace importante pour les forces armées américaines.
Un petit drone peut être utilisé pour :
- Observer un navire ;
- Recueillir des renseignements ;
- Tester les réactions de l'équipage ;
- Cartographier les installations ;
- Identifier les systèmes radar ;
- Provoquer une réaction de défense ;
- Mener une opération de renseignement électronique.
Le comportement décrit — faible altitude, vitesse relativement modérée, maintien à proximité d'un bâtiment — est parfaitement compatible avec l'hypothèse d'un drone. Mais une question surgit immédiatement :
de qui ?
Selon le récit transmis à Beaty, le navire aurait demandé si une opération de drones était en cours et la réponse aurait été négative. Les Marines auraient donc compris que ces appareils n'appartenaient pas aux forces américaines engagées dans l'exercice. Cette information, si elle est confirmée par les communications opérationnelles, transformerait l'affaire en problème de sécurité maritime beaucoup plus qu'en simple affaire ufologique.
Dave Beaty avait lui-même évoqué l'hypothèse de drones militaires chinois opérant éventuellement à proximité de navires commerciaux. Cette hypothèse reste spéculative.
Il faut néanmoins comprendre pourquoi elle est intéressante. Un navire militaire américain constitue une cible particulièrement précieuse pour le renseignement. Un drone capable de suivre discrètement un bâtiment pendant plusieurs heures pourrait collecter :
- Les signatures électromagnétiques ;
- Les émissions radar ;
- Les fréquences radio ;
- Les procédures de communication ;
- Les mouvements d'aéronefs ;
- Les routines de surveillance ;
- Les réactions des systèmes de défense.
Dans cette perspective, un objet non identifié à proximité d'un navire militaire américain n'est pas nécessairement un « OVNI » au sens traditionnel. Il peut être un problème de contre-espionnage et c'est précisément pourquoi les autorités américaines ont progressivement commencé à considérer les UAP comme une question de sécurité nationale.
6. Une deuxième hypothèse : un essai américain non communiqué
Une autre possibilité mérite d'être examinée. Les objets pouvaient-ils appartenir à une autre composante des forces américaines ? Le fait qu'un équipage demande « est-ce que ce sont nos drones ? » et obtienne apparemment une réponse négative ne permet pas d'exclure :
- Un autre exercice ;
- Une autre unité ;
- Un programme de test ;
- Un système expérimental ;
- Une activité classifiée ;
- Une opération relevant d'une autre chaîne de commandement.
Dans l'environnement militaire américain, toutes les unités présentes dans une zone d'exercice ne partagent pas nécessairement l'intégralité de leurs informations opérationnelles. Cette possibilité est particulièrement importante dans un dossier UAP. Une technologie militaire secrète peut apparaître comme un objet « inconnu » pour les militaires eux-mêmes, sans être extraterrestre.
7. Une troisième possibilité : un phénomène atmosphérique ou optique
Il faut également conserver une hypothèse naturelle. Une lumière nocturne observée au-dessus de l'océan peut être trompeuse. Les phénomènes atmosphériques, les effets de perspective, la réfraction, les réflexions sur les couches atmosphériques et les phénomènes lumineux peuvent produire des observations inhabituelles. Cependant, certaines caractéristiques rapportées rendent cette hypothèse plus difficile à appliquer directement :
- Deux objets ;
- Apparence stable ;
- Proximité apparente du navire ;
- Déplacement relatif ;
- Répétition pendant plusieurs nuits ;
- Observation par du personnel militaire ;
- Apparition sur caméra.
Mais là encore, sans les données originales, il est impossible de trancher
C'est ici que l'affaire rencontre sa principale limite scientifique : l’absence de données cinématiques - Pour démontrer qu'un objet possède des performances extraordinaires, il faut connaître :
Sa distance + son altitude + sa vitesse + son accélération + sa trajectoire.
Or nous ne possédons publiquement aucune série complète de ces données. Dire qu'un objet était « à 200 pieds » n'est pas suffisant. Il faudrait savoir comment cette altitude a été déterminée. Était-elle estimée visuellement ? calculée par un système électro-optique ? déterminée par radar ? fournie par une triangulation ? ou encore déduite par rapport à la taille apparente ?
La différence est fondamentale.
Un autre point mérite d'être souligné : Dave Beaty ne rapportait pas, à l'époque, de performances extraordinaires de type Tic Tac. Il précisait que le récit qui lui avait été transmis ne faisait pas état d'accélérations impossibles, de vitesses hypersoniques ou de changements de direction défiant la physique. Il décrivait surtout des lumières étranges, apparemment capables de suivre le navire et de réaliser des manœuvres latérales. Cela place l'affaire dans une catégorie différente de celle du Nimitz de 2004. Il ne faut donc pas transformer artificiellement le Kearsarge en « nouveau Tic Tac ». La comparaison est intéressante, mais elle doit rester limitée.
L'affaire présente néanmoins une ressemblance frappante avec les événements survenus autour de bâtiments américains en 2019. En Californie du Sud, plusieurs navires de la Navy avaient été confrontés à des objets décrits comme des drones ou des phénomènes inconnus. Dave Beaty rappelle d'ailleurs dans son enquête qu'il avait obtenu, grâce au FOIA, des informations concernant les équipes SNOOPIE de la Navy — des équipes spécialisées dans l'observation et la documentation photographique des événements inhabituels. Cette continuité est importante car elle suggère que la Marine américaine avait déjà développé une certaine culture opérationnelle de collecte d'images lorsqu'un objet aérien inhabituel apparaissait à proximité d'un bâtiment.
Si les informations rapportées par Beaty sont exactes, la Navy aurait pu mobiliser des équipes spécialisées pour photographier ou filmer les objets. Ce point n'est toutefois pas confirmé publiquement pour l'incident du Kearsarge. Beaty écrit qu'il était probable que de telles équipes aient été mobilisées, en se fondant sur leur existence lors d'incidents antérieurs. Il faut donc écrire : « possibilité », et non :« fait établi ».
Cette distinction est indispensable.
8 - L’affaire devient encore plus énigmatique avec les documents censurés
Le document FOIA est probablement l'élément le plus paradoxal de toute l'histoire. D'un côté, l'administration américaine accepte de produire une présentation relative à l'incident. De l'autre, une grande partie de son contenu est masquée. Le Black Vault précise que la présentation obtenue comptait 16 pages et qu'elle était lourdement expurgée. Cette situation produit un paradoxe classique des affaires UAP américaines :
La déclassification partielle confirme parfois davantage l'existence d'un événement qu'elle ne permet de comprendre sa nature.
Le public apprend qu'un événement a été documenté mais il ne peut pas nécessairement savoir : qui a observé quoi, quand exactement, avec quels capteurs etc…
Dans une affaire comme celle-ci, les photographies pourraient permettre de répondre à une multitude de questions. Quelle était réellement la forme des objets ? étaient-ils ponctuels ? sphériques ? possédaient-ils plusieurs sources lumineuses ? etc…De nombreuses informations issues de photos pourraient transformer une histoire intrigante en véritable dossier technique. Mais le public n'a pas accès à la totalité de ces données.
Le Navire était-il en fait vraiment « suivi » ? C'est probablement le point sur lequel il faut exercer le plus de prudence. Un objet situé derrière un navire peut sembler le suivre alors qu'il est immobile. Le navire avance, l'objet reste à une position apparente similaire et l'observateur peut conclure que l'objet « accompagne » le bâtiment. Pour démontrer un véritable suivi, il faudrait disposer de plusieurs positions successives de l'objet par rapport au navire. Si les données démontraient que l'objet maintenait constamment une distance et une altitude relatives malgré les changements de cap et de vitesse du Kearsarge, alors le dossier serait beaucoup plus solide. Mais nous ne disposons pas publiquement de cette trajectographie.
Il est un fait c’est que cinq ans après les événements, l'affaire conserve une valeur particulière car elle s’inscrit dans une transformation profonde de la politique américaine concernant les UAP. Pendant des décennies, les OVNI furent essentiellement traités comme une question marginale. Depuis les révélations concernant les programmes du Pentagone, les témoignages de pilotes de la Navy, les auditions parlementaires et la création de structures officielles consacrées aux UAP, le vocabulaire a changé. Le problème est désormais abordé sous l'angle :
Détection — identification — sécurité — renseignement — défense.
L'affaire Kearsarge correspond parfaitement à cette évolution car ce qui aurait autrefois été qualifié simplement de « UFO sighting » devient aujourd'hui un problème de contre-UAS et de connaissance de la situation aérienne.
9 - Le parallèle avec le Nimitz : attention aux analogies faciles
L'affaire Kearsarge peut rappeler certains aspects du célèbre épisode du Nimitz de 2004 :
- Navire de guerre ;
- Personnel militaire ;
- Observation aérienne ;
- Technologies de détection ;
- Objets non immédiatement identifiés ;
- Données potentiellement classifiées.
Mais les similitudes s'arrêtent là. Dans le cas du Nimitz, les témoignages des pilotes, les données radar et les vidéos sont au cœur du dossier public par contre dans le cas du Kearsarge, la documentation accessible est beaucoup plus limitée. En fait le dossier repose encore largement sur un récit indirect et sur un document FOIA fortement censuré.
Il serait donc méthodologiquement incorrect de présenter le Kearsarge comme une preuve équivalente au Nimitz.
10. Conclusion : un véritable PAN, mais pas encore un « engin extraterrestre »
L'incident de l'USS Kearsarge mérite incontestablement d'être conservé dans la chronologie des affaires UAP américaines contemporaines. Le récit disponible fait état de deux objets lumineux observés à proximité d'un bâtiment militaire américain, à basse altitude, pendant plusieurs nuits. Les objets auraient été filmés et auraient résisté aux tentatives de détection ou de neutralisation rapportées par les opérateurs du LMADIS. Surtout, l'existence d'une documentation interne relative à l'événement a été confirmée par la découverte, via le FOIA, d'une présentation PowerPoint de 16 pages fortement censurée. Cela donne à l'affaire une dimension documentaire que ne possèdent pas de nombreux récits ufologiques. Mais il serait tout aussi erroné de transformer cette documentation en preuve d'une origine non humaine.
Nous avons la trace d'un événement. Nous avons un récit militaire indirect. Nous avons l'existence d'un dossier documentaire. Nous savons que des images auraient été réalisées. Mais nous ne possédons pas encore les données nécessaires pour déterminer avec certitude ce qui a été observé.
Et c'est précisément là que réside tout l'intérêt du dossier.
L'affaire Kearsarge ne démontre pas que des engins extraterrestres ont suivi un navire américain. Elle démontre quelque chose de plus modeste — mais peut-être plus important :
En 2021, un bâtiment de guerre américain, doté de moyens modernes de surveillance et de contre-drones, a été confronté à un phénomène aérien que les informations publiques disponibles ne permettent toujours pas d'identifier de manière satisfaisante.
Dans une époque où les UAP sont progressivement devenus une question de défense et de renseignement, cette seule constatation mérite une enquête approfondie.
Sources principales
- Dave Beaty, enquête publiée en mars 2022 sur les observations de l'USS Kearsarge, qui constitue la source initiale du récit détaillé et précise elle-même que certaines informations reposent sur un témoin de seconde main. https://davebeaty.medium.com/the-2021-uss-kearsarge-sightings-fc83076822ef
- The Black Vault / John Greenewald, publication du 24 mai 2022 consacrée à la présentation FOIA de 16 pages obtenues par Kyle Warfel et fortement censurée. https://www.theblackvault.com/documentarchive/heavily-redacted-uss-kearsarge-uap-encounter-document-released/
- U.S. Navy / Naval Meteorology and Oceanography Command, documentation sur les activités d'entraînement de la flotte dans l'Atlantique en 2021.
- U.S. Navy / Fleet Forces Command, informations officielles sur l'USS Kearsarge et son rôle au sein du Kearsarge Amphibious Ready Group.
- Defense News / Marine Corps Times, informations techniques sur l'emploi du LMADIS à bord de l'USS Kearsarge et ses capacités de détection et de lutte contre les drones.
- https://www.globalsecurity.org/military/systems/ground/lmadis.htm?



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