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dimanche 3 mai 2026

UAP - OVNI : L'OFFICE NAVAL INTELLIGENCE ET SON EVOLUTION

TOUT SUR L’UAPTF (Office of Naval Intelligence) ET SON EVOLUTION

 


Résumé exécutif

La Unidentified Aerial Phenomena Task Force (UAPTF) a été créée le 4 août 2020 par le Département de la Défense américain sous l’autorité de l’Office of Naval Intelligence (ONI). Sa mission formelle était de détecter, analyser et cataloguer les phénomènes aériens non identifiés (UAP) pouvant menacer la sécurité nationale.

 À l’été 2022, l’UAPTF a été remplacée par l’All-domain Anomaly Resolution Office (AARO), après une étape intermédiaire (AOIMSG) en fin 2021. Les rapports officiels (notamment le Preliminary Assessment de juin 2021 et les rapports annuels ODNI/DoD) font état d’un flux croissant d’observations (510 cas recensés jusqu’à août 2022, 757 rapports nouveaux pour mai 2023 – juin 2024), dont une grande majorité trouvent des explications prosaïques (ballons, oiseaux, satellites, etc.) lors d’analyses ultérieures. Quelques incidents présentent des caractéristiques inhabituelles, mais sans preuve d’origine extraterrestre. Les forces du dispositif résident dans la collecte structurée de données et la coordination inter-agences (militaires, IC, agences civiles) avec une approche scientifique.

Cependant, on relève des biais importants (focus sur zones militaires sensibles, effet de la collecte, « stigmatisation » du rapport de témoins) et un manque de transparence (nombreuses analyses classifiées) qui suscitent critiques et débats publics.

Sur le plan politique et médiatique, le sujet UAP a provoqué des auditions du Congrès américain, un intérêt grandissant de la NASA (création d’un groupe d’étude UAP) et de la presse, alimentant une « nouvelle ufologie » gouvernementale. Des initiatives internationales ou historiques offrent des comparaisons : la France dispose depuis 1977 d’un organisme public (GEPAN/SEPRA/GEIPAN) qui enquête publiquement sur les phénomènes aérospatiaux (résolvant ~97 % des cas), la NASA a lancé en 2022 un comité indépendant d’étude UAP, le Royaume-Uni avait un service UAP au sein du MoD, et les États-Unis ont eu par le passé des projets « Blue Book », AATIP, etc.

Nous formulerons des recommandations (renforcement de la normalisation des données, ouverture partagée des informations, clarification des responsabilités, protection des témoins) pour améliorer ce dispositif. Les annexes graphiques comprennent une chronologie (diagramme mermaid) et un organigramme des structures (ONI → UAPTF → AOIMSG → AARO), ainsi qu’un tableau comparatif des rapports publics (DNI, AARO, GAO, etc.) et des sources principales utilisées dans ce rapport.

1. Historique détaillé et évolution institutionnelle

Le développement de l’UAPTF s’inscrit dans un contexte de pression politique et médiatique croissantes sur le phénomène des « OVNI ». En 2017-2020, des révélations sur des vidéos de la Navy et sur le programme secret AATIP du DIA ont brusquement légitimé le sujet. En réaction, le Congrès américain a inclus dans le National Defense Authorization Act (NDAA) pour 2021 une exigence de rapports sur les UAP. Le Pentagone a alors officiellement créé le Unidentified Aerial Phenomena Task Force (UAPTF) le 4 août 2020. Cette création, approuvée par le vice-secrétaire à la Défense David Norquist, place la tâche sous la tutelle de la Marine (ONI) mais sous l’autorité du Bureau du secrétaire à la Défense pour le renseignement (USD(I&S)). La mission assignée était de « détecter, analyser et cataloguer » les UAP pouvant menacer la sécurité des forces américaines.

Parmi les premiers accomplissements de l’UAPTF, on peut citer la mise en place d’un système de rapport standardisé (initialement en mars 2019 pour la Navy, novembre 2020 pour l’Air Force) pour encourager les pilotes et équipages à signaler tout objet non identifié. Toutefois, l’accès aux données était jusqu’alors dispersé et les rapports anecdotiques. L’UAPTF a donc commencé à consolider rétroactivement des observations jusqu’alors non centralisées. Ainsi, dans son rapport préliminaire de juin 2021 (ODNI), l’UAPTF étudie les signalements militaires entre 2004 et 2021, dont 144 incidents « de premier plan » ont été identifiés et réanalysés.

Le 25 juin 2021, le directeur du Renseignement National (ODNI) publiait le « Preliminary Assessment » UAP, fruit de l’examen de l’UAPTF. Ce document souligne notamment que presque tous les UAP observés pouvaient être des objets physiques détectés par plusieurs capteurs, mais restaient en majorité inexpliqués faute de données satisfaisantes. Il recommandait de « standardiser le reporting » et de coordonner les efforts fédéraux pour approfondir l’analyse des cas.

En novembre 2021, les orientations ont changé : le vice-secrétaire à la Défense Kathleen Hicks a annoncé la création de l’Airborne Object Identification and Management Synchronization Group (AOIMSG) pour succéder à l’UAPTF. Placé toujours sous l’USD(I&S) et supervisé par un conseil exécutif inter-agences (AOIMEXEC), l’AOIMSG devait « synchroniser les efforts de détection, identification et attribution des objets » (identifiés ou non) pénétrant dans l’espace aérien à usage restreint. Cette réorganisation visait à élargir la portée au-delà de la seule Marine et à intégrer d’autres départements (FAA, NASA, NOAA, etc.) dans la collecte d’informations. Elle faisait suite à l’évaluation du DNI de juin 2021 qui soulignait des lacunes de processus et de coordination.

Le couronnement de cette évolution est le décret du 15 juillet 2022 du vice-secrétaire Hicks. S’appuyant sur le NDAA 2022 (section 1683), ce mémorandum établit officiellement l’All-domain Anomaly Resolution Office (AARO) comme successeur de l’AOIMSG. Les points clés du mémo sont :

·         Création de l’AARO avec un mandat élargi : détecter, identifier et attribuer les objets d’intérêt dans ou à proximité des installations et zones d’opération militaires, qu’ils soient aériens, spatiaux ou subaquatiques, et, au besoin, mitiger les menaces pour la sécurité nationale.

·         Dissolution de l’UAPTF : le Secrétaire de la Marine est chargé de mettre fin à l’UAPTF au moment de l’entrée en service de l’AARO, et d’assurer le transfert de toutes ses données, analyses et documents vers la nouvelle entité. En pratique, l’AARO devient donc l’organisme central du DoD pour tout ce qui concerne les UAP et autres « anomalies ».

·         Conseil exécutif : l’AOIMEXEC est rebaptisé AARO Executive Council et conservé comme instance de pilotage paritairement mil/intel pour superviser l’AARO.

Au total, l’éphémère UAPTF (août 2020 – juillet 2022) a été rattaché à la chaîne de commandement de l’USD(I&S), puis progressivement intégré à des structures de plus haut niveau jusqu’à l’AARO. Le rapport ODNI 2022 note que l’AARO « est formellement opérationnel en juillet 2022, sous l’autorité de l’USD(I&S) » et qu’il « constitue le point focal unique pour tous les efforts du DoD liés aux UAP, menant une approche gouvernementale globale de coordination des collectes et analyses ».

Diagramme 1 : Chronologie des événements clés (création de l’UAPTF, rapports officiels, transformations en AOIMSG puis AARO).

 

Organigramme institutionnel : le schéma ci-dessous illustre la chaîne de commandement sur les UAP. L’UAPTF, créé en 2020, dépendait de l’Office of Naval Intelligence (Marine) sous l’USD(I&S). En novembre 2021 l’AOIMSG a pris la relève, puis l’AARO en juillet 2022. L’AARO relève de l’USD(I&S) (assistant du Secrétaire à la Défense) et communique avec le Congrès, les alliés et le public via les canaux prévus par le NDAA.

2. Objectifs et méthodes de collecte/analyse

Objectifs officiels : L’objectif déclaré de l’UAPTF était d’améliorer la compréhension des UAP et de « gagner des informations sur la nature et les origines » de ces phénomènes. Plus concrètement, la mission consistait à « détecter, analyser et cataloguer les UAP pouvant potentiellement menacer la sécurité nationale ». Cette définition, reprise dans l’ODNI et le mémorandum AARO, met l’accent sur deux enjeux : la sécurité du vol (risques de collision) et la menace nationale (espionnage étranger ou percée technologique adverse). L’AARO hérite de cette double vocation, étendue à des objets aérospatiaux et subaquatiques « anormaux ou non identifiés » (UAP et AAnP), sur tous les domaines (air, espace, mer).

Méthodes de collecte : Jusqu’à l’UAPTF, les signalements d’objets non identifiés étaient gérés au cas par cas au sein de chaque branche (Navy, Air Force, etc.), souvent dans le cadre des débriefings d’exercices ou par des voies discrètes. Le dispositif UAPTF/AARO a mis en place un mécanisme standardisé de reporting interservices. Concrètement, lorsqu’un pilote ou opérateur radar observe un phénomène anormal en zone militaire, il doit remplir un formulaire officiel (via le « FASTER » par exemple), qui remonte à l’entité de collecte (UAPTF ou AARO). Parmi les données récoltées : vidéos et images infrarouges (caméras FLIR montées sur avions), traces radar, témoignages visuels, mesures électromagnétiques, etc. Selon le rapport de 2024, les cas examinés proviennent majoritairement de capteurs embarqués sur des avions de l’US Navy et de l’US Air Force, ou de radars militaires dans les zones d’entraînement. On observe aussi un biais géographique marqué vers les espaces aériens restreints (p.ex. 81 cas près de zones d’entraînement US, 100 en Asie de l’Est), ce qui reflète la concentration de capteurs et de militaires en exercice.

L’AARO a cherché à accroître la collecte par plusieurs voies :

·         Collaboration inter-agences : avec la NASA (sciences aéronautiques), la FAA (aviation civile), l’NOAA (atmosphère) et le ministère de l’Énergie, pour mutualiser données et expertises. Cette approche « whole-of-government » vise à glaner des observations civilisées, par exemple d’avions civils ou d’observateurs au sol, afin de compléter le corpus militaire.

·         Nouvelles technologies : mise en place de capteurs prototypes comme le système « GREMLIN » (citant [31†L25-L33]) pour détecter et caractériser automatiquement les UAP sur les bases, ainsi que le recours à la modélisation, à l’imagerie et à des outils S&T en partenariat avec la DARPA ou les laboratoires (p.ex. consultation d’Oak Ridge Lab pour analyser du matériel métallique).

·         Traitement de l’information : l’AARO a investi dans des bases de données centralisées, la géolocalisation, et des algorithmes d’intelligence artificielle pour faire « matcher » des rapports de capteurs disparates. Un des défis relevés est l’absence de synchronisation temporelle et de données manquantes (le rapport ODNI 2022 souligne que certains rapports manquent d’horodatage précis).

Analyse et catégorisation : Les rapports publics évoquent un processus d’analyse « rigoureux, fondé sur la science et les données ». Concrètement, chaque incident fait l’objet d’une évaluation initiale par des analystes du renseignement : identification de l’objet (par ex. ballon, drone, oiseau, débris spatial, etc.), reconstitution de la trajectoire, étude de la signature radar et IR, croisement multi-capteurs. L’utilisation d’un « National Intelligence Manager for Aviation (NIM-Aviation) » assure la coordination avec la communauté du renseignement aérien. Les cas pour lesquels aucune explication claire n’émerge sont qualifiés de « non résolus » et soumis à des analyses plus poussées (parfois en réseaux cryptés avec la CIA, la NSA, etc.).

Dans l’ensemble, le dispositif revendique un cadre scientifique structuré, mais faute de publication de méthodologies détaillées, la plupart des informations sur les critères d’analyse restent internes. En contraste, des organisations comme le CNES français (GEIPAN) utilisent un protocole ouvert de classification (critères de « cohérence » et de « bizarre »). AARO indique néanmoins qu’aucun cas résolu n’a révélé de technologie ou menace « extra-terrestre », et que les résolutions aboutissent systématiquement à des explications ordinaires.

3. Synthèse des rapports publics et documents officiels

La documentation officielle sur l’UAPTF/AARO est en partie classifiée, mais plusieurs publications clés sont accessibles en version non classifiée : rapports de l’ODNI, communiqués du DoD, NDAA, rapports du GAO, etc.

·         Preliminary Assessment (ODNI, 25 juin 2021) : Premier rapport conjoint DNI/SecDef, demandé par le Congrès. Il présente 144 cas UAP (2004–2021) étudiés par l’UAPTF, concluant que peu pouvaient être identifiés et que 18 présentaient des performances aérospatiales inhabituelles nécessitant des analyses approfondies. Aucune explication extra-terrestre n’y est avancée. Le rapport insiste sur les lacunes de données et recommande de standardiser le reporting.

·         Rapport annuel ODNI/DoD (NDAA FY2022) : Rendement 2022 établi conjointement par le DNI et l’AARO (premier rapport requis par la loi). Il recense « 510 rapports UAP au 30 août 2022 » et explique l’augmentation par une meilleure sensibilisation et réduction de la stigmatisation. L’étude note que l’AARO remplace l’UAPTF depuis juillet 2022, et que grâce à ses nouvelles attributions on doit aboutir à une meilleure résolution des cas. Ce rapport confirme que les incidents se situent majoritairement dans l’espace aérien militaire restreint et réaffirme l’absence de preuve d’origine extraterrestre dans les cas résolus.

Communiqués DoD / AARO (2021–2024) :

- Août 2020 : communiqué de presse DoD (Navy) annonçant la création de l’UAPTF.

-     - Novembre 2021 : annonce officielle de l’AOIMSG par Kathleen Hicks (mission + création de l’AOIMEXEC).

-       - Juillet 2022 : mémo Hicks – création de l’AARO et dissolution de l’UAPTF.

-       Mars 2024 : DoD autorise publication du rapport historique AARO vol.1 couvrant 1945–2023 (contexte global UAP). Ce rapport historique (18 mars 2024) conclut qu’aucune preuve d’intérêt exogène ou de programme spécial secret n’a été trouvée dans les archives, et révèle même un projet DHS « Kona Blue » abandonné.

-       Novembre 2024 : communiqué DoD sur le rapport annuel AARO FY2024 (publié le 14 nov. 2024). Bilan : entre mai 2023 et juin 2024, l’AARO a reçu 757 rapports (485 incidents contemporains, 272 anciens non inclus précédemment). Il confirme que 0 cas n’indiquent d’origine extraterrestre, que tous les cas résolus l’ont été par des explications classiques (pas d’adversaire identifié). Ce rapport souligne les efforts de l’AARO (analyses rigoureuses, coordination inter-agences) et le statu quo « rigoureusement scientifique » affiché par le DoD.

Documents législatifs : Le NDAA 2022 (publié fin décembre 2021) et ses successeurs imposent des exigences précises (rapport trimestriel confidentiel, rapport annuel public, continuité du bureau). La loi a rendu explicite le rôle permanent de l’AARO et le champ d’action UAP multi-domaines. Des amendements (2023) ont cherché à accroître la transparence (comités de relecture des dossiers UAP, etc.).

Rapports d’inspection ou du GAO : Le GAO a été amené à examiner la fonction UAP/AARO, notamment pour auditer l’efficacité de la collecte et la protection de l’information. Un rapport GAO (2023 ou 2024) a souligné des faiblesses de gestion du changement, des retards dans la publication des rapports requis et le recours massif à des sous-traitants sans supervision détaillée (rapport GAO-23-xxxxx, à confirmer). Toutefois, la littérature publique cite peu directement ces rapports GAO sur l’UAPTF.

Articles scientifiques et enquêtes journalistiques : De nombreuses analyses académiques et articles sérieux ont replacé l’UAPTF dans un contexte historique et méthodologique. Par exemple, Johnson et al. (2024) rappellent que le Congrès a institué formellement l’UAPTF en 2020. Des journalistes (« insider stories ») ont souligné le manque de diffusion des documents internes (par exemple, les rapports AATIP non publiés, cités dans [42] et par George Knapp devant le Congrès).

Les informations majeures sont résumées dans le tableau ci-dessous :

Source / Rapport   

Date


Points clés principaux


Communiqué DoD – Création UAPTF

14 août 2020

Création approuvée le 4 août 2020 de l’UAP Task Force sous l’ONI ; mission « détecter, analyser et cataloguer les UAP menaçant la sécurité nationale ».

ODNI – Preliminary Assessment UAP

25 juin 2021

144 incidents UAP (2004–2021) analysés par l’UAPTF ; 80 cas multicapteurs, 1 seul identifié comme ballon ; 143 non identifiés, 18 performances « anormales » nécessitent étude ; recommandations de normalisation. Pas d’origine extraterrestre conclue.

Communiqué DoD – Création AOIMSG

23 nov. 2021

AOIMSG créé par Kathleen Hicks comme successeur de l’UAPTF ; harmonisation des collectes inter-DOD et inter-agences pour les objets aériens (identifiés ou non).

NDAA 2022 – loi fiduciaire

Déc. 2021

Section 1683 : création d’un bureau UAP (AARO) coordonné DoD/DNI ; obligation de rapports annuels/confidentiels.

Communiqué DoD – Établissement AARO

15 juil. 2022

Mémorandum DSOD modifiant l’ordre de nov. 2021 : All-domain Anomaly Resolution Office créé comme successeur de l’AOIMSG ; UAPTF dissout ; champ d’action tous domaines ; AARO = interlocuteur DoD unique UAP.

ODNI/AARO – Rapport annuel 2022

8 nov. 2022

Loi NDAA oblig. : 510 rapports UAP (jusqu’août 2022). Constat : accroissement des signalements dû à la réduction de la stigmatisation. AARO mieux positionné pour « résolution » future.

NASA – Rapport UAP

30 sept. 2023

(Groupe d’étude NASA) Exhorte à standardiser les données, à accroître la coopération scientifique, en concluant à l’absence de preuve d’origine non-humaine.

AARO – Rapport historique UAP, vol.1

6 mars 2024

75 ans d’investigations US sur les UAP revisités ; pas de technologie alien ou de programme secret inconnu à déclasser ; documents internes (AATIP, etc.) évoqués mais conclusions : pas d’indices probants.

AARO – Rapport annuel FY2024

14 nov. 2024

Couverture 1er mai 2023–1er juin 2024 : 757 rapports reçus, 292 résolus (tous prosaïques), 21 à analyse plus approfondie ; ≈1 600 cas traités au total ; aucune preuve d’extraterrestre.

 

4. Critique méthodologique (forces, biais, lacunes, transparence)

La démarche UAPTF/AARO présente des points forts : elle institutionnalise un sujet négligé depuis des décennies, oriente des moyens officiels vers l’analyse des rapports aériens, et centralise les données dans une base DoD. L’approche est pluri-disciplinaire (capteurs multivariés, intelligence, sciences physiques) et fait intervenir de nombreux experts (pilotage militaire, météorologie, renseignement électronique). Le recours à des systèmes embarqués (radar, IR, LIDAR) et à des outils informatiques modernes (bases de données géospatiales, apprentissage automatique) constitue un progrès par rapport aux enquêtes antérieures.

Cependant, plusieurs biais et lacunes limitent l’analyse :

-       Biais de collecte : La majorité des données provient de milieux militaires en exercice (« espaces aériens spéciaux »). Cela signifie que les UAP rapportés sont d’abord ceux détectés par des équipements militaires (radars de combat, systèmes FLIR). Les phénomènes observés en espace ouvert civil (hors contingents militaires) sont largement sous-représentés. Autrement dit, c’est la « zone FOV » des capteurs US qui définit l’échantillon. Par exemple, le rapport 2024 note qu’une part importante des signalements provient de patrouilles US en Asie de l’Est ou en mer. Ce biais territorial/institutionnel rend difficile toute extrapolation à la population globale d’OVNI, et introduit un biais de confirmation (on trouve plus d’objets non identifiés là où on cherche).

-       Qualité et complétude des données : Les rapports initiaux sont souvent incomplets – vidéo floue, absence de données radar précises, enregistrements perdus, etc. Le rapport de 2024 admet que la résolution des cas « reste limitée par le manque de données rapides et exploitables ». De nombreux dossiers sont classés « en archive active » faute de données suffisantes pour trancher. Par contraste, des organisations civiles (p.ex. GEIPAN) utilisent des interviews cognitives poussées et reconstituent la scène, tandis que le Pentagone ne publie pas ses entretiens ni schémas de vol, ce qui rend l’examen indépendant impossible.

-       Biais humain et culturel : L’étude scientifique des UAP doit tenir compte des erreurs de perception. Le GEIPAN met en garde contre l’effet auto-cinétique, la confusion de corps célestes, et le « pivot effect » dû au cadrage vidéo. De même, le personnel militaire peut être influencé par la menace conceptuelle : un pilote d’exercice peut plus facilement penser à un drone ennemi qu’à une lanterne chinoise. AARO a mis en place une formation (dé-stigmatisation) pour encourager les rapports, mais il est difficile de mesurer l’efficacité de ces efforts.

-       Opacité et classement : Une critique majeure est le manque de transparence. Les rapports non classifiés fournissent un résumé, mais la plupart des données brutes (vidéos IR, transcriptions complètes, modèles de calcul) restent classifiées. Le public n’a accès qu’à une fraction (souvent très résumée) des conclusions. Par exemple, si l’AARO affirme qu’aucun cas résolu ne prouve de technologie étrangère, on ne peut vérifier la manière dont ces conclusions ont été tirées. Des lanceurs d’alerte (scientifiques ou pilotes) dénoncent dans des auditions publiques le « secret permanent » entourant ces dossiers. Ce manque d’imputabilité nourrit les théories complotistes et mine la confiance citoyenne.

-       Tension science vs sécurité : La culture de sécurité nationale veut protéger certaines informations, mais l’ouverture scientifique requiert partage de données brutes et validation externe. À l’inverse du GEIPAN français qui publie ses archives anonymisées sur Internet, l’AARO ne dispose pas d’un portail public (en 2024 son site web était limité et parfois dépourvu de moyen de signalement pour le public). Certains élus proposent pourtant de créer un « panel d’experts » indépendant et de déclassifier plus d’informations (amendement UAP Disclosure Act introduit en 2023).

En résumé, la méthode de l’UAPTF/AARO apparaît rigoureuse en interne, mais fragmentaire pour l’extérieur. Les forces (experts techniques, appui institutionnel) sont contrebalancées par l’incomplétude des données et le cloisonnement. Les critiques demandent plus de standardisation (par exemple harmoniser formalisme des témoignages) et de supervision externe (examen des cas par la communauté scientifique).

5. Impacts politiques, militaires et médiatiques

Le sujet UAP a connu un rebond considérable depuis 2017-2020, et l’UAPTF/AARO a cristallisé ce regain d’intérêt.

-       Politique : Le Congrès américain suit le dossier de très près. Depuis 2020, plusieurs commissions (renseignement, armées, science) ont tenu des auditions publiques. Des représentants, comme Robert Menendez (Senat) ou Tim Burchett (House Oversight), ont questionné publiquement la transparence du Pentagone. L’exemple récent : un sous-comité du Comité sur la déclassification a organisé une audition en septembre 2025 axée sur la « transparence UAP ». Les élus réclament des détails budgétaires (coûts globaux non publiés) et des protections pour lanceurs d’alerte militaires. Au niveau exécutif, la NASA a été poussée par le Congrès et les médias à mettre en place son propre groupe d’étude UAP en 2022, puis un bureau permanent en 2023, illustrant la diffusion du dossier au-delà du Pentagone.

-       Militaire : Sur le terrain, la prise de conscience est forte : les équipages de la Marine et de l’Air Force savent que tout objet non identifié sera étudié. Les procédures de débriefing ont été renforcées, avec formation spéciale sur la sûreté des vols. En pratique, l’accent est mis sur la sécurité aérienne : aucun rapport n’a imputé de crash ou blessure aux UAP, mais le fait de croiser un objet non prévu est déjà une préoccupation (3 rapports mentionnent des « traçages » de pilotes par des UAP). AARO doit donc aussi jouer un rôle de « filtrage des incursions » : chaque UAP signalé dans une zone militaire restreinte entraîne un processus d’investigation interne. Cela renforce la discipline opérationnelle (être très attentif aux signalisations) et peut légèrement modifier la planification des exercices pour inclure des zones de déconfliction potentielles.

-       Médiatique : Les médias grand public ont largement relayé les annonces gouvernementales. Des articles dans le New York Times, la BBC, ou le magazine Science ont popularisé les chiffres du UAPTF/AARO (p.ex. 510 cas, 757 rapports, etc.). Les vidéos officielles (Flir1, Gimbal, GoFast) ont fait le tour du monde. La subjectivité du terme « OVNI » a été remplacée par « UAP » pour insister sur la neutralité (« phénomène anormal »). Ce marketing discursif fait partie de la stratégie de communication du Pentagone, mais suscite la confusion : la presse écrite insiste sur « aucun ET ; mais des cas intrigants ». Ce double discours (transparence minimale, déclaration de bonne volonté scientifique) est critiqué par les sceptiques comme trompeur.

Au final, l’UAPTF/AARO a fait du UAP un sujet bipartisan aux États-Unis, traduisant un dilemme contemporain : comment balancer obligations de défense et curiosité scientifique ? Le débat actuel (2025) va bien au-delà du simple phénomène ovni : il touche aux politiques de classification, à la culture du renseignement et à la confiance du public.

6. Comparaisons internationales et antérieures

Plusieurs programmes antérieurs ou étrangers peuvent être comparés :

-       Programmes historiques (USA) : Pendant la Guerre froide, l’US Air Force a mené plusieurs études sur les OVNI (Project BLUE BOOK 1952-69, Project SIGN 1948, GRUDGE 1949-52, TWINKLE 1950s). Ces projets visaient surtout à écarter toute menace aérienne ou atmosphérique non US. Tous furent clos en concluant qu’aucun cas ne prouvait une technologie avancée non humaine. Fin 20ᵉ siècle, des programmes du renseignement comme AAWSAP (post-2007) et AATIP (2008–2012) ont été créés en secret pour enquêter. AAWSAP aurait produit ~100 rapports (NIDS), mais rien n’a été rendu public. Ces antécédents montrent une tradition US de collecte de données UAP très fermée.

-       France (GEPAN/SEPRA/GEIPAN) : Depuis 1977, le CNES entretient une cellule publique d’étude des phénomènes aérospatiaux (GEPAN, SEPRA, devenu GEIPAN en 2005). Contrairement aux efforts américains secrets, GEIPAN agit en transparence : elle recueille tous les témoignages de civils ou d’aviateurs, les analyse, et publie ses résultats. Statistiquement, 98 % des cas sont expliqués (nuit, planeurs, météorites, etc.) et seuls ~4 % restent « inexpliqués ». GEIPAN utilise un protocole rigoureux (interviews cognitives, classification scientifique des témoignages) et ses archives sont accessibles au public. Ce modèle civil illustre qu’une enquête UAP peut se faire ouverte et multidisciplinaire, ce qui contraste avec l’approche militaire américaine.

-       Royaume-Uni : Le ministère de la Défense britannique a longtemps géré un bureau d’étude sur les OVNI, jusqu’à sa fermeture en 2009 (publiant alors des archives allégées). Il y a eu récemment des propositions parlementaires pour réactiver un suivi officieux, et la publication d’un appel à témoignages en 2023. Le modèle anglais (petit département, appui sociologique) est plus proche de GEIPAN que de l’UAPTF.

-       NASA (États-Unis) : En 2022, la NASA a créé un groupe d’étude indépendant sur les UAP, composé de scientifiques (astronomie, atmosphères) et rapportant au Congrès. Son rapport final (juin 2023) préconise une approche scientifique (capteurs calibrés, partage de données) et la formation d’un programme permanent. Bien que la NASA ne gère pas directement les données militaires, cette initiative souligne la volonté d’aborder le sujet comme un problème ouvert de sciences de l’atmosphère et d’aéronautique. La constitution récente d’un bureau UAP à la NASA (2024) reflète cette orientation.

-       Autres pays : Plusieurs États ont ou avaient des programmes d’étude officiels. Par exemple, le CNES français (ci-dessus), le Groupe d’Études des Phénomènes Aérospatiaux Non-identifiés (GEIPAN). En Suisse et en Italie, des commissions parlementaires se sont prononcées pour plus de transparence. Le Japon (University of Tokyo) et même la République de San Marin ont manifesté de l’intérêt scientifique (projets conjoncturels ou associations). L’Inde discute maintenant de mettre en place un système de signalement militaire/civil, inspiré par ces exemples.

Chaque contexte a ses différences : certains programmes (François GEPAN, comité NASA) ciblent la détection scientifique de phénomènes naturels méconnus, tandis que les programmes militaires (AARO) intègrent la dimension du renseignement et de la protection. La comparaison montre que l’UAPTF/AARO manque d’équivalent direct dans le monde – c’est la première structure officiellement permanente et multi-domaines du genre – mais partage des objectifs de collecte coordonnée avec les modèles étrangers, tout en divergeant sur la transparence et l’accessibilité des données.

7. Recommandations pratiques

-       Standardiser et centraliser davantage la collecte : Élargir le mécanisme de signalement aux forces alliées et aux civils (par exemple via la FAA) pour atténuer le biais de collecte. Faciliter l’enregistrement de données multicapteurs (par ex. imposer caméra IR et enregistreur de données de vol sur les navires de guerre).

-       Améliorer la transparence contrôlée : Publier des résumés de cas non sensibles (comme le fait GEIPAN), avec données non classifiées (apports du public, détections vidéo nettoyées, etc.). Enregistrer et déclassifier progressivement les rapports historiques (suivant l’exemple du rapport volumineux AARO de mars 2024). Créer une base de données publique sommaire (avec anonymat des témoins) pour collaboration académique.

-       Renforcer la méthodologie scientifique : Formaliser des protocoles analytiques inspirés de GEIPAN (par ex. classification du « niveau d’étrangeté » du phénomène et de la fiabilité du signalement). Associer des experts civils (physiciens, météorologues) en amont pour évaluer les hypothèses. Mettre en place des comités d’examen interdisciplinaires impartiaux pour les cas vraiment « D2 » (très surprenants) selon la grille de GEIPAN.

-       Gouvernance améliorée : Clarifier le rôle exact de l’AARO, de l’IC et des branches armées pour éviter les redondances. Définir un calendrier clair de présentation des rapports, avec indicateurs de performance (taux de résolution, délais de traitement). Assurer que les sous-traitants civils respectent des critères d’expertise et de confidentialité. Renforcer la coordination internationale en partageant les leçons apprises avec alliés (OTAN, NASA).

-       Communication et sensibilisation : Maintenir une communication factuelle vis-à-vis des forces (formation anti-stigma, protection des lanceurs d’alerte). Assurer une information régulière du Congrès (auditions, témoignages) pour lever les réticences politiques. Outre-Atlantique, reconnaître le travail de groupes civils (comme GEIPAN) pour construire la confiance.

En mettant en œuvre ces recommandations, le dispositif UAP pourrait combiner les exigences de sécurité et l’approche scientifique ouverte, réduisant ainsi les critiques sur le biais institutionnel et la faible transparence.

8. Annexes – Chronologie et comparatif des sources

Chronologie simplifiée (ligne du temps) : pour rappel, le diagramme « Chronologie » ci-dessus synthétise les jalons clés du programme UAPTF/AARO.

Tableau comparatif des sources/rapports principaux :

Rapport / Source

Organisation

Période couverte / Date

Contenu majeur

UAPTF Establishment

DoD / U.S. Navy

4 août 2020

Création de l’UAP Task Force sous ONI (USD(I&S)), mission « détecter, analyser, cataloguer » les UAP.

DNI Preliminary Assessment

ODNI / SecDef

25 juin 2021

Analyse de 144 incidents (2004–2021), identifie 1 ballon, 143 non identifiés; souligne données lacunaires.

AOIMSG Establishment

DoD Release

23 nov. 2021

Création de l’AOIMSG, successeur de l’UAPTF, pour synchroniser DoD et agences externes (FAA, NASA).

AARO Establishment (Directive)

DoD Memo (Hicks)

15 juil. 2022

Décret formel créant l’AARO, dissolvant l’UAPTF, fixant les responsabilités élargies (air, espace, mer).

ODNI Annual Report on UAP

ODNI / AARO

8 nov. 2022

Premier rapport annuel NDAA: 510 rapports UAP (jusqu’août 2022); renforce rôle de l’AARO pour futur.

NASA UAP Study Report

NASA (Indep. study)

30 sept. 2023

Appelle à standardiser les mesures UAP, plaide pour ouverture scientifique; pas de preuve d’ET (publication sur site NASA).

AARO Historical Record (vol1)

DoD / AARO

6 mars 2024

Rétrospective 1945–2023 : pas de preuve d’artefact ET ni de programme secret non déclaré.

AARO Annual Report FY2024

DoD / AARO

14 nov. 2024

Couverture mai 2023–juin 2024: 757 rapports reçus, 292 résolus (ballons, drones, etc.), 21 à l’étude. Aucun cas ET.

Cette étude analytique a mobilisé essentiellement des documents officiels (communiqués DoD, rapports ODNI, mémos internes publiés) ainsi que des études publiées (geipan.cnex.fr) et des témoignages parlementaires. Toutes les affirmations clés sont sourcées ci-dessus. Les détails manquants (budget, effectifs, analyses classifiées) n’étant pas divulgués publiquement, ils ont été explicitement signalés comme inconnus.

 


samedi 1 novembre 2025

ROSS COULTHART COMMUNIQUE : LE DoD PARLE UAP ET DRONE

ROSS COULTHART COMMUNIQUE : LE DoD PARLE UAP ET DRONE

J'ai obtenu un document du FBI annonçant un projet visant à contrer la menace que représentent les systèmes sans pilote (UxS) pour la sécurité nationale. Ce document mentionne explicitement les phénomènes anormaux non identifiés (PAN) comme un type d'UxS. C'est très important car cela signifie que le FBI établit désormais une distinction officielle et claire entre les drones et les PAN.

Le ministère de la Défense (@DeptofWar) demande à tous ses sites d'infrastructures critiques et installations de signaler au FBI toute incursion d'agents non-résidents (UxS). Il reconnaît que ces incursions peuvent viser à perturber les opérations ou à évaluer les capacités et politiques de réponse des États-Unis. Il souligne expressément qu'il s'agit d'une menace pour les installations, le personnel et les technologies du ministère de la Défense.

Un deuxième document de 49 pages, intitulé « Guide de réponse aux drones », annonce que CHAQUE bureau de terrain du FBI disposera désormais d'un coordinateur dédié à la lutte contre les drones. Les deux documents sont téléchargeables ici :



drone et uap ministère défense us

Ministère de la défense USA - drones et uap




LE POINT SUR CETTE NOUVELLE REGLEMENTATION AUX USA

Les incursions de systèmes sans pilote sur les sites du département de la Défense (DoD) et des infrastructures critiques de défense (DCI) sont en augmentation ce qui constituent des menaces susceptibles de perturber les opérations ou de mettre à l'épreuve les capacités de réponse. Ces incidents incitent à une collaboration accrue entre des agences comme l'USNORTHCOM et le FBI, ainsi qu'à un effort accru pour développer et déployer des technologies et des politiques de lutte contre les petits systèmes aériens sans pilote (C-sUAS) plus robustes afin d'atténuer ces menaces.

Le paysage des menaces

· Augmentation du nombre d’incursions : Les incursions de petits systèmes aériens sans pilote (sUAS) au-dessus des sites militaires et des sites DCI ont augmenté de manière significative ces dernières années.

· Menaces potentielles : Ces incursions peuvent avoir pour but de simples désagréments ou des intentions plus sérieuses comme la perturbation des opérations, la collecte de renseignements ou la mise à l’épreuve des capacités de réaction des États-Unis.

· Exemples marquants : des incidents se sont produits sur plusieurs installations militaires américaines, notamment la base aérienne de Langley, ce qui a contraint les avions de chasse F-22 à être relocalisés, note Breaking Defense .

· Préoccupation internationale : Des incidents similaires ont été signalés en Europe, entraînant des réponses telles que des consultations au titre de l'article 4 de l'OTAN et un renforcement des efforts pour contrer les menaces de drones.

Réponse et mesures d'atténuation du gouvernement

· Collaboration inter-agences : Le FBI et le département de la Défense travaillent ensemble pour faire face à la menace, le FBI demandant spécifiquement à tous les partenaires du département de la Défense de signaler les incursions à une plateforme centralisée.

· Organisme chef de file : L’USNORTHCOM a été désigné comme organisme chef de file pour coordonner une réponse pangouvernementale à ces incursions aux États-Unis.

· Développement technologique et politique : les agences concentrent leurs efforts sur le développement et les essais de technologies de lutte anti-drones (C-sUAS), comme le drone Anvil présenté lors de l’exercice Falcon Peak 25.2 . Il est reconnu qu’il est nécessaire d’établir des politiques qui concilient sécurité, respect de la vie privée et impératifs de défense.

· Le signalement est crucial : l'accent est mis sur le signalement de tous les incidents afin d'aider les agences gouvernementales à rassembler les informations et à mieux comprendre l'ampleur et la nature de la menace.


LE DECRET :

RESTAURATION DE LA SOUVERAINETÉ DE L'ESPACE AÉRIEN AMÉRICAIN

Décrets exécutifs

6 juin 2025

En vertu des pouvoirs qui me sont conférés par la Constitution et les lois des États-Unis d'Amérique, il est ordonné :

Article 1. Objet. Les systèmes d'aéronefs sans pilote (UAS), également appelés drones, offrent la possibilité d'améliorer la sécurité publique et de consolider le leadership américain en matière d'innovation mondiale. Cependant, les criminels, les terroristes et les acteurs étrangers hostiles ont intensifié l'utilisation de ces technologies à des fins militaires, créant ainsi de nouvelles menaces graves pour notre territoire. Les cartels de la drogue utilisent des UAS pour faire passer clandestinement du fentanyl à travers nos frontières, introduire de la contrebande dans les prisons, surveiller les forces de l'ordre et mettre en danger la population. Les rassemblements de masse sont vulnérables aux perturbations et aux menaces causées par des vols d'UAS non autorisés. Les infrastructures critiques, notamment les bases militaires, sont sujettes à des incursions fréquentes et souvent non identifiées d'UAS. Il est urgent d'agir pour garantir la souveraineté américaine sur son espace aérien et assurer sa sécurité.

Art . 2. Définitions. Aux fins du présent décret :

(a) le terme « systèmes d’aéronefs sans pilote » ou « UAS » a la signification qui lui est donnée dans le 49 USC 44801 ;

b) le terme « infrastructure critique » a le sens qui lui est donné au 42 USC 5195c(e), et comprend les systèmes et les actifs de tous les secteurs d’infrastructures critiques désignés dans le Mémorandum de sécurité nationale n° 22 du 30 avril 2024 (Sécurité et résilience des infrastructures critiques) (NSM-22) ; et

(c) le terme Agence de gestion des risques sectoriels ou « SRMA » a la même signification que celle donnée dans 6 USC 650 et telle que décrite plus en détail dans NSM-22.

Art . 3. Politique. La politique des États-Unis est d'assurer le contrôle de notre espace aérien national et de protéger le public, les infrastructures critiques, les rassemblements de masse, ainsi que les installations et opérations militaires et gouvernementales sensibles contre les menaces posées par l'utilisation imprudente ou illégale des drones.

Art . 4. Groupe de travail pour le rétablissement de la souveraineté de l'espace aérien américain. Afin de contribuer à garantir le contrôle de notre espace aérien national, il est créé par la présente le Groupe de travail fédéral pour le rétablissement de la souveraineté de l'espace aérien américain (ci-après dénommé « le Groupe de travail »). Le Groupe de travail est présidé par le conseiller adjoint du président pour les affaires de sécurité nationale (CANS) ou son représentant désigné, et comprend des représentants, ou leurs représentants désignés, des ministères et agences exécutifs compétents, tels qu'identifiés par le CANS. Le Groupe de travail examine les cadres opérationnels, techniques et réglementaires pertinents, élabore et propose des solutions aux menaces posées par les drones, le cas échéant et conformément à la législation applicable, et formule des recommandations sur la mise en œuvre de toutes les mesures prévues par le présent décret.

Art . 5. Réglementation de l'espace aérien pour la protection du public. L'administrateur de la Federal Aviation Administration (FAA) doit :

a) en ce qui concerne la réglementation requise par l’article 2209(f) de la loi de 2016 sur l’extension, la sécurité et la sûreté de la FAA, telle que modifiée :

(i) soumettre sans délai un avis de projet de réglementation (NPRM) au Bureau de la gestion et du budget (OMB) et au Groupe de travail établissant le processus requis par la loi pour restreindre les vols de drones au-dessus des installations fixes et interpréter, dans la mesure appropriée, la notion d’infrastructure critique conformément à la définition de ce terme dans le présent décret ; et

(ii) promulguer une règle finale dès que possible après la publication de l’avis de proposition de réglementation ;

b) procéder à des évaluations de sécurité nationale et de sécurité intérieure en vertu de l’article 2209, en coordination avec les agences de gestion des risques sectoriels (SRMA), le secrétaire à la Défense, le secrétaire à la Sécurité intérieure ou le procureur général, selon le cas, et, lorsque des installations ou des opérations militaires sont concernées, avec le secrétaire à la Défense ; et

c) Dans un délai de 180 jours à compter de la date du présent arrêté, mettre à disposition gratuitement en ligne les NOTAM (Avis aux navigateurs aériens) et les TFR (Restrictions temporaires de vol) dans un format ouvert et facilement utilisable pour le géo repérage des drones et les systèmes de navigation et de guidage des aéronefs. Cette mise à disposition en ligne doit compléter, et non remplacer, les méthodes de diffusion existantes des NOTAM et des TFR.

Art . 6. Renforcement de la souveraineté de l'espace aérien. (a) Le procureur général, en coordination avec l'administrateur de la FAA, prend les mesures appropriées pour assurer la pleine application des lois civiles et pénales applicables lorsque les opérateurs de drones mettent en danger le public, violent les restrictions établies de l'espace aérien ou utilisent un drone dans le cadre d'un élément d'un autre crime ;

b) Le procureur général soumet régulièrement au président, par l’intermédiaire de l’APNSA, des propositions législatives visant à réviser les sanctions pénales pour les violations de l’espace aérien réglementé ; et

(c) dans les 30 jours suivant la date du présent décret, et dans la mesure permise par la loi, le procureur général et le secrétaire à la Sécurité intérieure veilleront à ce que les programmes de subventions de leurs ministères respectifs permettent aux agences étatiques, locales, tribales et territoriales (SLTT) autrement admissibles de recevoir des subventions pour l'achat d'UAS ou d'équipements ou de services pour la détection, le suivi ou l'identification des drones et des signaux de drones, conformément aux pouvoirs légaux de ces SLTT.

Art . 7. Détection, suivi et identification des drones et des signaux de drones. (a) Dans la mesure permise par la loi et conformément au quatrième amendement, les ministères et agences exécutifs doivent utiliser tous les pouvoirs existants disponibles pour employer des équipements permettant de détecter, de suivre et d'identifier les drones et les signaux de drones.

(b) Dans les 30 jours suivant la date du présent décret, le procureur général, le secrétaire aux Transports, le secrétaire à la Sécurité intérieure et le président de la Commission fédérale des communications doivent réviser l’« Avis sur l’application des lois fédérales à l’acquisition et à l’utilisation de technologies de détection et d’atténuation des systèmes d’aéronefs sans pilote » d’août 2020 afin de tenir compte des développements pertinents dans la législation et la réglementation fédérales concernant les drones.

(c) Dans les 60 jours suivant la date du présent ordre, l'administrateur de la FAA doit fournir, dans la mesure permise par la loi, y compris la loi sur la protection de la vie privée de 1974 (5 USC 552a), un accès automatisé en temps réel aux informations d'identification personnelle associées aux signaux d'identification à distance des UAS aux ministères et agences exécutifs appropriés et aux agences SLTT aux fins de l'application de la loi fédérale ou étatique applicable, avec des garanties appropriées de sécurité nationale et de protection de la vie privée.

(d) Dans les 60 jours suivant la date du présent décret, le secrétaire à la Sécurité intérieure et l'administrateur de la FAA, en coordination avec les responsables des autres SRMA, le cas échéant, publieront des directives pour aider les propriétaires ou exploitants d'infrastructures critiques privées à utiliser des technologies pour détecter, suivre et identifier les drones et les signaux de drones.

Art . 8. Renforcement des protections générales. Dans les 90 jours suivant la date du présent décret, le secrétaire à la Sécurité intérieure et le procureur général, en coordination avec le secrétaire à la Défense et le secrétaire aux Transports, soumettent au président, par l'intermédiaire de l'APNSA, une recommandation fondée sur une évaluation des risques telle que définie au 6 USC 124n(k)(8), sur l'opportunité de désigner les frontières terrestres nord et sud ; les grands aéroports ; les installations fédérales ; les infrastructures critiques ; et les installations, équipements et actifs militaires comme installations ou actifs couverts en vertu du 6 USC 124n et du 10 USC 130i, et sur la nécessité éventuelle de modifications législatives à cet égard.

Art . 9. Renforcement des capacités de lutte contre les drones. (a) Dans les 30 jours suivant la date du présent décret, le procureur général et le secrétaire à la Sécurité intérieure examineront la possibilité d'intégrer des réponses opérationnelles de lutte contre les drones dans le cadre de groupes de travail conjoints sur le terrorisme afin de protéger les rassemblements de masse.

(b) Le procureur général, en coordination avec le secrétaire à la Défense ; le secrétaire aux Transports, agissant par l'intermédiaire de l'administrateur de la FAA ; le secrétaire à la Sécurité intérieure ; le directeur de l'OMB ; et le président de la Commission fédérale des communications, prendront rapidement toutes les mesures appropriées pour mettre en œuvre les recommandations du rapport de faisabilité de mars 2022 au Congrès concernant la création du Centre national de formation pour la lutte contre les systèmes d'aéronefs sans pilote (Centre), et, dès la création du Centre, concentreront la formation initiale dispensée par le Centre sur le développement des capacités fédérales et SLTT pour assurer la sécurité des grands événements sportifs nationaux et internationaux à venir organisés aux États-Unis, tels que la Coupe du monde de la FIFA 2026 et les Jeux olympiques d'été de 2028.

Art . 10. Dispositions générales. (a) Aucune disposition du présent décret ne saurait être interprétée comme portant atteinte ou affectant de quelque manière que ce soit :

(i) l'autorité conférée par la loi à un département ou organisme exécutif, ou à son chef ; où

(ii) les fonctions du directeur du Bureau de la gestion et du budget relatives aux propositions budgétaires, administratives ou législatives.

(b) Le présent décret sera mis en œuvre conformément au droit applicable et sous réserve de la disponibilité des crédits.

(c) Le présent décret n’a pas pour objet, et n’a pas pour effet, de créer un droit ou un avantage, substantiel ou procédural, exécutoire en droit ou en équité par une partie quelconque contre les États-Unis, leurs ministères, agences ou entités, leurs fonctionnaires, employés ou agents, ou toute autre personne.

d) Les frais de publication du présent arrêté sont à la charge du ministère des Transports.

DONALD J. TRUMP

LA MAISON BLANCHE,

6 juin 2025.