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samedi 15 août 2026

DES BOULES DE LUMIERE SUIVENT L'USS KEARSARGE EN EXERCICE MILITAIRE

USS KEARSARGE : les mystérieuses « boules de lumière » qui auraient suivi un navire de guerre américain en 2021

L'USS Kearsarge (LHD-3

À l’automne 2021, alors que la question des phénomènes aériens non identifiés — UAP, pour Unidentified Anomalous Phenomena — commençait à prendre une place nouvelle dans les débats américains sur la sécurité nationale, un événement singulier aurait impliqué l’USS Kearsarge, un bâtiment d’assaut amphibie de la marine américaine.

Une observation d’UAP méconnue, mais particulièrement intéressante

L’affaire est demeurée relativement discrète jusqu’au printemps 2022, lorsqu’elle fut révélée par le chercheur et documentariste américain Dave Beaty. Elle présente une particularité qui la distingue de nombreux témoignages ufologiques : les témoins supposés n’étaient pas de simples observateurs civils, mais des militaires américains engagés dans une mission d’entraînement et disposant d’un système spécifiquement conçu pour détecter et neutraliser les drones.

Deux objets lumineux, décrits comme étant approximativement « de la taille d’une voiture », auraient accompagné le navire à faible altitude, pendant plusieurs nuits. Les Marines chargés de la défense antiaérienne auraient tenté de les détecter avec leurs moyens électro-optiques et infrarouges, puis de les neutraliser à l’aide du système anti-drones LMADIS. Selon le récit transmis à Beaty, ces tentatives auraient échoué.

L’affaire est d’autant plus intrigante qu’un document obtenu ultérieurement au titre du Freedom of Information Act (FOIA) a confirmé qu’une présentation consacrée à l’incident existait bien au sein du Marine Corps — même si cette présentation a été très lourdement censurée.

Il faut toutefois immédiatement établir une distinction essentielle : nous ne disposons pas, à ce jour, d’un dossier public complet permettant de reconstituer scientifiquement l’événement. Une partie substantielle des informations provient d'un témoignage de seconde main rapporté par Dave Beaty. Le document FOIA apporte une confirmation documentaire de l’existence d’un dossier, mais pas une validation publique de l’interprétation « extraterrestre » ou même de toutes les caractéristiques rapportées.

C’est précisément ce qui rend cette affaire intéressante.

L’USS Kearsarge (LHD-3) est un bâtiment d’assaut amphibie de la classe Wasp. Long d’environ 257 mètres et conçu pour mettre en œuvre des hélicoptères, des avions à décollage court ou vertical et des moyens amphibies, il constitue l’un des éléments majeurs de la capacité de projection des Marines américains. La Marine décrit le Kearsarge comme un bâtiment destiné notamment aux opérations amphibies et aux opérations interarmées. Son vaste pont d’envol constitue également une plateforme particulièrement adaptée à l’emploi de moyens de surveillance et de défense aérienne.

À l’automne 2021, le bâtiment participait à une période d’entraînement dans l’Atlantique, au large de la côte Est des États-Unis. Dave Beaty situe précisément la période concernée entre le 18 et le 26 octobre 2021, dans le cadre des entraînements du PHIBRON et des unités d’intégration du Marine Corps. Il indique également que le Kearsarge était associé aux préparatifs opérationnels de la 22nd Marine Expeditionary Unit.

Ce contexte est important.

Nous ne sommes pas devant un navire marchand naviguant de nuit avec quelques membres d’équipage sur le pont. Il s’agit d’un bâtiment militaire majeur, engagé dans des exercices où la surveillance de l’espace aérien et la lutte contre les drones font précisément partie des scénarios envisagés. La possibilité de détecter des objets inconnus faisait donc partie, indirectement, des préoccupations opérationnelles du moment.

Photo : Reconstitution imaginaire de la scène

2. Le système LMADIS : un élément essentiel de l’affaire

L’un des aspects les plus intéressants du dossier est la présence à bord du Kearsarge d’un système de défense anti-drones : le Light Marine Air Defense Integrated System, ou LMADIS. Le LMADIS n'est pas un simple dispositif d'observation. Il a été conçu pour détecter, identifier, suivre et combattre des systèmes aériens sans équipage — les fameux UAS ou drones. Le système associe notamment des moyens radar, des capteurs électro-optiques et un système de guerre électronique permettant d'agir contre une menace. Des descriptions techniques du système mentionnent notamment le radar RADA RPS-42 et un système de guerre électronique de Sierra Nevada. Le Marine Corps avait déjà expérimenté l'utilisation du LMADIS à bord de l'USS Kearsarge. En janvier 2019, lors du passage du navire dans le canal de Suez, les Marines avaient installé le système sur le pont précisément pour assurer une capacité de défense contre les drones. Cette précision est capitale pour comprendre l'incident de 2021. Les Marines présents sur le pont du Kearsarge n'étaient donc pas simplement équipés de jumelles. Ils disposaient d'un véritable système de contre-UAS.

Selon le récit recueilli par Dave Beaty auprès d'un ancien officier du Marine Corps identifié sous le pseudonyme « Mark », les Marines opérant le LMADIS auraient aperçu deux objets lumineux.

La scène se serait déroulée de nuit.

Les objets auraient été situés à environ :

  • 0,5 mile nautique ou terrestre derrière le navire, soit approximativement 800 mètres ;
  • 200 pieds d'altitude, soit environ 60 mètres ;
  • Et auraient été approximativement de la taille d'une automobile.

Ces indications doivent cependant être considérées avec prudence, car elles ne proviennent pas d'un rapport opérationnel intégralement accessible au public, mais d'une chaîne de témoignage rapportée par Beaty. Selon cette source, les objets semblaient suivre le navire. Ils ne se seraient donc pas contentés d'apparaître brièvement dans le ciel. Ils auraient maintenu une relation spatiale avec le bâtiment. C'est cette caractéristique qui constitue l'un des éléments les plus remarquables du récit.

Les deux lumières auraient effectué ce que les militaires décrivent comme des « shackle turns ». Cette expression désigne une manœuvre de va-et-vient permettant notamment de maintenir une position relative par rapport à une unité en mouvement. Dans le récit transmis à Dave Beaty, les deux objets auraient ainsi évolué de part et d'autre de l'axe du navire, en se croisant. Autrement dit, le comportement décrit n'était pas celui de deux lumières fixes observées très loin dans le ciel.

Il s'agissait d'objets apparemment capables de conserver une position relative par rapport à un navire en mouvement tout en effectuant des déplacements latéraux. Le récit de Beaty précise que l'un des objets se déplaçait vers la droite tandis que l'autre se déplaçait vers la gauche, avant que leurs trajectoires ne se croisent. Si cette description était confirmée par les données originales, elle serait évidemment beaucoup plus intéressante qu'une simple observation lumineuse. Mais il faut être extrêmement prudent : nous ne possédons pas les données de trajectographie permettant de calculer la vitesse, l'accélération ou la distance réelle des objets. Sans ces données, il est impossible d'affirmer qu'ils réalisaient des performances extraordinaires.

Système intégré de défense aérienne des Marines légers [LMADIS]

Le système de défense aérienne terrestre (GBAD) combine des technologies telles que le radar en bande S RADA RPS-42, le système de guerre électronique Sierra Nevada Modi, les capteurs visuels Lockheed Martin et le drone anti-drone Raytheon Coyote, permettant ainsi aux Marines de détecter, suivre et détruire les drones hostiles. Ce futur système d'armes GBAD vise à moderniser les bataillons de défense aérienne à basse altitude (LAAD Bn) en leur conférant des capacités et une puissance de feu accrues pour faire face aux menaces actuelles et futures.

 

Les Marines auraient alors utilisé les moyens de détection du LMADIS. C'est ici que l'affaire prend une dimension particulièrement intéressante. Les opérateurs auraient essayé d'acquérir les objets avec le système d'imagerie thermique/FLIR. Selon le récit, ils n'auraient pas réussi à obtenir une piste exploitable avec ce moyen. Cette information mérite d'être considérée avec prudence. Une absence de détection infrarouge ne signifie absolument pas qu'un objet n'existe pas.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer une mauvaise détection :

  • Température de l'objet ;
  • Température de l'arrière-plan ;
  • Distance ;
  • Humidité atmosphérique ;
  • Angle d'observation ;
  • Résolution du capteur ;
  • Réglage du système ;
  • Conditions météorologiques ;
  • Taille apparente de la cible ;
  • Nature de la source lumineuse.

Mais si les objets étaient réellement proches — environ 800 mètres selon le témoignage — et de taille comparable à une automobile, leur absence apparente dans un système de surveillance militaire constituerait une question technique intéressante.

Un autre élément demeure incertain : le radar aurait-il détecté les objets ? Le récit de Beaty indique que l'on ne sait pas clairement si l'équipage a réussi à obtenir une piste radar. Cette incertitude constitue probablement l'une des principales faiblesses du dossier public. Dans une affaire contemporaine de PAN, la question fondamentale n'est pas seulement :

« Quelqu'un a-t-il vu quelque chose ? »

Elle devient :

« Combien de capteurs indépendants ont enregistré la même chose ? »

Une observation simultanément confirmée par :

  1. Un témoin humain ;
  2. Une caméra électro-optique ;
  3. Une caméra infrarouge ;
  4. Un radar ;
  5. Des données de navigation ;
  6. Un autre navire ;
  7. Un aéronef ;

aurait une valeur scientifique et militaire considérablement supérieure. Dans le cas du Kearsarge, nous savons que des images auraient été enregistrées, mais nous ne disposons pas publiquement de l'ensemble des données permettant d'effectuer cette corrélation.

3. La caméra vidéo devient alors le principal témoin

Ne parvenant apparemment pas à obtenir une piste exploitable avec le FLIR, les opérateurs auraient utilisé la caméra vidéo. Et, selon le récit transmis à Beaty, les deux objets seraient apparus dans l'image. Des enregistrements auraient alors été réalisés. C'est un élément fondamental car l'affaire ne repose donc pas uniquement sur une observation visuelle racontée plusieurs mois plus tard. Il aurait existé des supports photographiques ou vidéo.

Mais il y a immédiatement un problème :

Ces images n'ont pas été rendues publiques dans leur intégralité.

Le dossier obtenu grâce au FOIA contient effectivement des documents relatifs à l'événement, mais les informations disponibles ont été très largement occultées.

Photo 1 - Il est probable que la Marine ait également envoyé les équipes SNOOPIE dans les airs pour recueillir des preuves photographiques et vidéo, comme le démontre ce document contenu dans le dossier, mais à ce niveau il n’y a rien de rendu public !

L'histoire documentaire de cette affaire est presque aussi intéressante que l'observation elle-même. Dave Beaty avait initialement effectué une demande FOIA concernant l'incident. La réponse du bureau FOIA du Marine Corps indiquait qu'aucun document correspondant n'avait été trouvé. Puis un autre chercheur, Kyle Warfel, obtint une réponse différente.

Sa demande FOIA produisit une présentation PowerPoint imprimée, consacrée à l'événement. Le document comportait 16 pages, mais une grande partie du contenu était masquée. Cette divergence est importante.

Pourquoi une demande pouvait-elle recevoir une réponse « aucun document » tandis qu'une autre aboutissait à la production d'une présentation consacrée au même événement ?

Dave Beaty a rapporté avoir interrogé le bureau concerné et expliqué que son propre dossier FOIA avait été considéré comme négatif alors qu'une autre demande avait obtenu une présentation. La réponse semblait liée, au moins en partie, au vocabulaire utilisé dans la demande. Cette situation ne permet évidemment pas de conclure à une dissimulation intentionnelle. Mais elle montre que la traçabilité documentaire de l'incident est loin d'être satisfaisante.

4. Un document officiel existe donc bien

C'est ici que l'on doit faire une distinction fondamentale. Il serait excessif d'affirmer :

« La Marine américaine a officiellement reconnu avoir rencontré deux OVNI extraterrestres. »

Ce n'est pas ce que démontrent les documents disponibles. En revanche, il est parfaitement légitime d'affirmer :

« Un document du Marine Corps relatif à un incident UAP impliquant l'USS Kearsarge a été obtenu par FOIA. »

Le Black Vault a archivé cette présentation et indique que Kyle Warfel l'a obtenue dans le cadre de sa demande FOIA. Le document était fortement censuré. Cette nuance est essentielle pour toute étude sérieuse. Le document confirme l'existence administrative d'un dossier. Il ne confirme pas automatiquement toutes les caractéristiques rapportées oralement.

Le dossier Kearsarge possède plusieurs caractéristiques qui correspondent aux préoccupations contemporaines du phénomène UAP.

Première caractéristique : proximité
Les objets auraient été relativement proches du bâtiment.
Deuxième caractéristique : durée
Ils auraient été observés pendant plusieurs nuits.
Troisième caractéristique : comportement
Ils auraient semblé accompagner le navire.
 Quatrième caractéristique : détection militaire
Les Marines disposaient d'un système spécifiquement destiné à détecter les drones
Cinquième caractéristique : tentative de neutralisation
Les opérateurs auraient essayé d'utiliser les moyens anti-UAS disponibles.
Sixième caractéristique : enregistrement
Des images auraient été réalisées.
Septième caractéristique : documentation
Une présentation consacrée à l'événement a été récupérée par FOIA. Pris séparément, aucun de ces éléments ne prouve l'existence d'un engin d'origine inconnue. Pris ensemble, ils justifient cependant une enquête documentaire et technique beaucoup plus approfondie.

5. L'hypothèse des drones conventionnels

Il serait absurde de commencer l'analyse par l'hypothèse extraterrestre. La première hypothèse à tester est celle d'un drone conventionnel. Et elle est particulièrement sérieuse. En 2021, les drones constituaient déjà une menace importante pour les forces armées américaines.

Un petit drone peut être utilisé pour :

  • Observer un navire ;
  • Recueillir des renseignements ;
  • Tester les réactions de l'équipage ;
  • Cartographier les installations ;
  • Identifier les systèmes radar ;
  • Provoquer une réaction de défense ;
  • Mener une opération de renseignement électronique.

Le comportement décrit — faible altitude, vitesse relativement modérée, maintien à proximité d'un bâtiment — est parfaitement compatible avec l'hypothèse d'un drone. Mais une question surgit immédiatement :

de qui ?

Selon le récit transmis à Beaty, le navire aurait demandé si une opération de drones était en cours et la réponse aurait été négative. Les Marines auraient donc compris que ces appareils n'appartenaient pas aux forces américaines engagées dans l'exercice. Cette information, si elle est confirmée par les communications opérationnelles, transformerait l'affaire en problème de sécurité maritime beaucoup plus qu'en simple affaire ufologique.

Dave Beaty avait lui-même évoqué l'hypothèse de drones militaires chinois opérant éventuellement à proximité de navires commerciaux. Cette hypothèse reste spéculative.

Il faut néanmoins comprendre pourquoi elle est intéressante. Un navire militaire américain constitue une cible particulièrement précieuse pour le renseignement. Un drone capable de suivre discrètement un bâtiment pendant plusieurs heures pourrait collecter :

  • Les signatures électromagnétiques ;
  • Les émissions radar ;
  • Les fréquences radio ;
  • Les procédures de communication ;
  • Les mouvements d'aéronefs ;
  • Les routines de surveillance ;
  • Les réactions des systèmes de défense.

Dans cette perspective, un objet non identifié à proximité d'un navire militaire américain n'est pas nécessairement un « OVNI » au sens traditionnel. Il peut être un problème de contre-espionnage et c'est précisément pourquoi les autorités américaines ont progressivement commencé à considérer les UAP comme une question de sécurité nationale.

6. Une deuxième hypothèse : un essai américain non communiqué

Une autre possibilité mérite d'être examinée. Les objets pouvaient-ils appartenir à une autre composante des forces américaines ? Le fait qu'un équipage demande « est-ce que ce sont nos drones ? » et obtienne apparemment une réponse négative ne permet pas d'exclure :

  • Un autre exercice ;
  • Une autre unité ;
  • Un programme de test ;
  • Un système expérimental ;
  • Une activité classifiée ;
  • Une opération relevant d'une autre chaîne de commandement.

Dans l'environnement militaire américain, toutes les unités présentes dans une zone d'exercice ne partagent pas nécessairement l'intégralité de leurs informations opérationnelles. Cette possibilité est particulièrement importante dans un dossier UAP. Une technologie militaire secrète peut apparaître comme un objet « inconnu » pour les militaires eux-mêmes, sans être extraterrestre.

7.  Une troisième possibilité : un phénomène atmosphérique ou optique

Il faut également conserver une hypothèse naturelle. Une lumière nocturne observée au-dessus de l'océan peut être trompeuse. Les phénomènes atmosphériques, les effets de perspective, la réfraction, les réflexions sur les couches atmosphériques et les phénomènes lumineux peuvent produire des observations inhabituelles. Cependant, certaines caractéristiques rapportées rendent cette hypothèse plus difficile à appliquer directement :

  • Deux objets ;
  • Apparence stable ;
  • Proximité apparente du navire ;
  • Déplacement relatif ;
  • Répétition pendant plusieurs nuits ;
  • Observation par du personnel militaire ;
  • Apparition sur caméra.

Mais là encore, sans les données originales, il est impossible de trancher

C'est ici que l'affaire rencontre sa principale limite scientifique : l’absence de données cinématiques - Pour démontrer qu'un objet possède des performances extraordinaires, il faut connaître :

Sa distance + son altitude + sa vitesse + son accélération + sa trajectoire.

Or nous ne possédons publiquement aucune série complète de ces données. Dire qu'un objet était « à 200 pieds » n'est pas suffisant. Il faudrait savoir comment cette altitude a été déterminée. Était-elle estimée visuellement ? calculée par un système électro-optique ? déterminée par radar ? fournie par une triangulation ? ou encore déduite par rapport à la taille apparente ?

La différence est fondamentale.

Un autre point mérite d'être souligné : Dave Beaty ne rapportait pas, à l'époque, de performances extraordinaires de type Tic Tac. Il précisait que le récit qui lui avait été transmis ne faisait pas état d'accélérations impossibles, de vitesses hypersoniques ou de changements de direction défiant la physique. Il décrivait surtout des lumières étranges, apparemment capables de suivre le navire et de réaliser des manœuvres latérales. Cela place l'affaire dans une catégorie différente de celle du Nimitz de 2004. Il ne faut donc pas transformer artificiellement le Kearsarge en « nouveau Tic Tac ». La comparaison est intéressante, mais elle doit rester limitée.

L'affaire présente néanmoins une ressemblance frappante avec les événements survenus autour de bâtiments américains en 2019. En Californie du Sud, plusieurs navires de la Navy avaient été confrontés à des objets décrits comme des drones ou des phénomènes inconnus. Dave Beaty rappelle d'ailleurs dans son enquête qu'il avait obtenu, grâce au FOIA, des informations concernant les équipes SNOOPIE de la Navy — des équipes spécialisées dans l'observation et la documentation photographique des événements inhabituels. Cette continuité est importante car elle suggère que la Marine américaine avait déjà développé une certaine culture opérationnelle de collecte d'images lorsqu'un objet aérien inhabituel apparaissait à proximité d'un bâtiment.

Si les informations rapportées par Beaty sont exactes, la Navy aurait pu mobiliser des équipes spécialisées pour photographier ou filmer les objets. Ce point n'est toutefois pas confirmé publiquement pour l'incident du Kearsarge. Beaty écrit qu'il était probable que de telles équipes aient été mobilisées, en se fondant sur leur existence lors d'incidents antérieurs. Il faut donc écrire : « possibilité », et non :« fait établi ».

Cette distinction est indispensable.

8 - L’affaire devient encore plus énigmatique avec les documents censurés

Le document FOIA est probablement l'élément le plus paradoxal de toute l'histoire. D'un côté, l'administration américaine accepte de produire une présentation relative à l'incident. De l'autre, une grande partie de son contenu est masquée. Le Black Vault précise que la présentation obtenue comptait 16 pages et qu'elle était lourdement expurgée. Cette situation produit un paradoxe classique des affaires UAP américaines :

La déclassification partielle confirme parfois davantage l'existence d'un événement qu'elle ne permet de comprendre sa nature.

Le public apprend qu'un événement a été documenté mais il ne peut pas nécessairement savoir : qui a observé quoi, quand exactement, avec quels capteurs etc…

Dans une affaire comme celle-ci, les photographies pourraient permettre de répondre à une multitude de questions. Quelle était réellement la forme des objets ? étaient-ils ponctuels ? sphériques ? possédaient-ils plusieurs sources lumineuses ? etc…De nombreuses informations issues de photos pourraient transformer une histoire intrigante en véritable dossier technique. Mais le public n'a pas accès à la totalité de ces données.

Le Navire était-il en fait vraiment « suivi » ? C'est probablement le point sur lequel il faut exercer le plus de prudence. Un objet situé derrière un navire peut sembler le suivre alors qu'il est immobile. Le navire avance, l'objet reste à une position apparente similaire et l'observateur peut conclure que l'objet « accompagne » le bâtiment. Pour démontrer un véritable suivi, il faudrait disposer de plusieurs positions successives de l'objet par rapport au navire. Si les données démontraient que l'objet maintenait constamment une distance et une altitude relatives malgré les changements de cap et de vitesse du Kearsarge, alors le dossier serait beaucoup plus solide. Mais nous ne disposons pas publiquement de cette trajectographie.

Il est un fait c’est que cinq ans après les événements, l'affaire conserve une valeur particulière car elle s’inscrit dans une transformation profonde de la politique américaine concernant les UAP. Pendant des décennies, les OVNI furent essentiellement traités comme une question marginale. Depuis les révélations concernant les programmes du Pentagone, les témoignages de pilotes de la Navy, les auditions parlementaires et la création de structures officielles consacrées aux UAP, le vocabulaire a changé. Le problème est désormais abordé sous l'angle :

Détection — identification — sécurité — renseignement — défense.

L'affaire Kearsarge correspond parfaitement à cette évolution car ce qui aurait autrefois été qualifié simplement de « UFO sighting » devient aujourd'hui un problème de contre-UAS et de connaissance de la situation aérienne.

9 - Le parallèle avec le Nimitz : attention aux analogies faciles

L'affaire Kearsarge peut rappeler certains aspects du célèbre épisode du Nimitz de 2004 :

  • Navire de guerre ;
  • Personnel militaire ;
  • Observation aérienne ;
  • Technologies de détection ;
  • Objets non immédiatement identifiés ;
  • Données potentiellement classifiées.

Mais les similitudes s'arrêtent là. Dans le cas du Nimitz, les témoignages des pilotes, les données radar et les vidéos sont au cœur du dossier public par contre dans le cas du Kearsarge, la documentation accessible est beaucoup plus limitée. En fait le dossier repose encore largement sur un récit indirect et sur un document FOIA fortement censuré.

Il serait donc méthodologiquement incorrect de présenter le Kearsarge comme une preuve équivalente au Nimitz.

10. Conclusion : un véritable PAN, mais pas encore un « engin extraterrestre »

L'incident de l'USS Kearsarge mérite incontestablement d'être conservé dans la chronologie des affaires UAP américaines contemporaines. Le récit disponible fait état de deux objets lumineux observés à proximité d'un bâtiment militaire américain, à basse altitude, pendant plusieurs nuits. Les objets auraient été filmés et auraient résisté aux tentatives de détection ou de neutralisation rapportées par les opérateurs du LMADIS. Surtout, l'existence d'une documentation interne relative à l'événement a été confirmée par la découverte, via le FOIA, d'une présentation PowerPoint de 16 pages fortement censurée. Cela donne à l'affaire une dimension documentaire que ne possèdent pas de nombreux récits ufologiques. Mais il serait tout aussi erroné de transformer cette documentation en preuve d'une origine non humaine.

Nous avons la trace d'un événement. Nous avons un récit militaire indirect. Nous avons l'existence d'un dossier documentaire. Nous savons que des images auraient été réalisées. Mais nous ne possédons pas encore les données nécessaires pour déterminer avec certitude ce qui a été observé.

Et c'est précisément là que réside tout l'intérêt du dossier.

L'affaire Kearsarge ne démontre pas que des engins extraterrestres ont suivi un navire américain. Elle démontre quelque chose de plus modeste — mais peut-être plus important :

En 2021, un bâtiment de guerre américain, doté de moyens modernes de surveillance et de contre-drones, a été confronté à un phénomène aérien que les informations publiques disponibles ne permettent toujours pas d'identifier de manière satisfaisante.

Dans une époque où les UAP sont progressivement devenus une question de défense et de renseignement, cette seule constatation mérite une enquête approfondie.

Sources principales

 

dimanche 9 août 2026

LA POLITIQUE ET LES OVNIs EN GRANDE-BRETAGNE -Un livre gratuit sur internet

 POLITICS AND UFOs IN GREAT BRITAIN BY GERARD LEBAT

LA POLITIQUE ET LES OVNIs EN GRANDE-BRETAGNE

Pourquoi le Royaume-Uni ne veut plus enquêter sur les OVNI ?

UN LIVRE GRATUIT SUR INTERNET

Lorsqu'il est question de la politique britannique concernant les OVNI (ou UAP selon la terminologie actuelle), un cliché revient souvent : le Royaume-Uni aurait toujours considéré le phénomène comme une curiosité sans intérêt, abandonnant rapidement toute investigation sérieuse. Les archives déclassifiées racontent une tout autre histoire.

Dans ce livre de Gérard Lebat, découvrez une analyse complète des dessous de la politique britannique qui ont mené ce pays à écarter l’étude du dossier OVNI, le plaçant de ce fait en retrait sur ce sujet par rapport à ses alliés. Depuis la Seconde Guerre mondiale, on s’intéressait à ce phénomène, puis soudainement, en décembre 2009, le gouvernement a fermé le célèbre « bureau OVNI » de sa Majesté, localisé au ministère de la Défense britannique (MoD). Vous découvrirez dans ce dossier pourquoi cette décision a été prise, ainsi que les diverses influences qui ont placé le pays en position d’infériorité dans l’étude de ce dossier par rapport à la France ou aux États-Unis…

Plus de 12 000 rapports d’observations d’OVNI provenant de militaires, de pilotes civils, de contrôleurs aériens, de policiers et de simples citoyens ont été enregistrés depuis le début des années 1950 jusqu’en 2009. Des centaines de cas ont été analysés avec précision. Pourtant, pour des raisons mystérieuses, la Grande-Bretagne a décidé que ces intrusions aériennes non identifiées ne représentaient pas une menace potentielle pour sa sécurité nationale !

Cette étude sur cette surprenante politique britannique, qui va à l’encontre de l’évolution des idées dans ce domaine, a été réalisée par Gérard LEBAT, un spécialiste de ce dossier qui a commencé à enquêter sur ce phénomène il y a 60 ans ! Membre du GEPA dès 1966, il fonde le GEOS France en juin 1969, puis la revue Hypothèse Extraterrestre au cours de la même année. Il organise des nuits d’observation du ciel dès 1974, qui feront la une de plusieurs médias.

Dans les années 1970, il anime des centaines de conférences à travers la France et intervient dans de nombreux médias, conseillant alors des animateurs comme Claude Villers ou Jacques Pradel qui ont abordé ce dossier. Il crée dans les années 1990 Les Repas Ufologiques qui deviennent, à travers la France et dans plusieurs pays du monde, le point de rencontre local des personnes intéressées par les OVNI. Vers l'an 2000, il lance un site internet du même nom, parfois suivi par plus de 2 000 personnes chaque jour. En 2005, il organise Les Premières Rencontres Ufologiques Européennes, un événement au succès inespéré qui rassemble plus de 10 000 visiteurs et bénéficie d'une forte médiatisation dans la presse française et étrangère. En 2007, il accueille à Paris, dans le cadre des Rencontres Ufologiques, l’ancien « boss » du bureau OVNI britannique : Nick Pope !

Puis, en 2008, il part pour le Maroc où il poursuit ses enquêtes sur le terrain concernant les observations d’OVNI. Il en tirera un livre, L’Histoire des ovnis au Maroc, qu'il publiera en 2014. Depuis 2022, il anime trois sites et blogs sur internet par lesquels il rend accessibles gratuitement ses livres et ses articles sur les Phénomènes Aériens Non Identifiés. Ce canal permet à plusieurs milliers de personnes chaque année de télécharger ses ouvrages et à plusieurs centaines de milliers de lecteurs de consulter ses diverses études.

« Pourquoi le Royaume-Uni ne veut plus enquêter sur les OVNI ? » : vous trouverez la réponse dans l’ouvrage de Gérard LEBAT, LA POLITIQUE ET LES OVNI EN GRANDE-BRETAGNE, grâce aux investigations qu’il a menées dans les coulisses des diverses institutions gouvernementales.

CET OUVRAGE EST ACCESSIBLE GRATUITEMENT SUR INTERNET À CETTE ADRESSE  :

https://ovnietuapinfo.com/wp-content/uploads/2026/08/la-politique-et-les-ovni-en-grande-bretagne.pdf





dimanche 12 juillet 2026

OVNI - UAP : CRASH A MAGENTA EN LOMBARDIE - ITALIE - 1933

LA RECUPERATION PRESUMEE D’UN OVNI A MAGENTA (ITALIE) LE 13 JUIN 1933

État des connaissances, analyse critique et examen des documents

L'affaire de Magenta (Lombardie, Italie) est devenue, depuis 2023, (bien que déjà connue, mais peu médiatisée) l'un des dossiers historiques les plus discutés de l'ufologie mondiale. Si elle était authentifiée, elle constituerait le plus ancien cas documenté de récupération d'un appareil non identifié par un gouvernement moderne, bien avant l'affaire de Roswell (1947).

Toutefois, malgré l'intérêt qu'elle suscite, aucune preuve définitive n'a encore été apportée. L'affaire repose essentiellement sur des documents divulgués, des témoignages indirects et quelques recoupements historiques. Des recherches plus approfondies restent à faire afin d’authentifier cette affaire.

Les origines de l'affaire

Selon plusieurs sources américaines apparues à partir de 2023, notamment les déclarations de l'ancien officier du renseignement américain David Grusch, un appareil d'origine inconnue se serait écrasé près de Magenta, au nord-ouest de Milan. La date de cet incident généralement retenue est le 13 juin 1933

L'Italie est alors dirigée par le régime fasciste de Benito Mussolini. Selon ce récit il s’agit d’un engin métallique inconnu qui serait tombé sans explosion majeure, ensuite il aurait été récupéré rapidement par les autorités italiennes. Le site aurait été immédiatement placé sous contrôle militaire et le secret aurait été imposé par le régime. Les documents décrivent un appareil de forme discoïdale ou lenticulaire mesurant environ 10 à 15 mètres, sans ailes, sans hélice et sans gouvernes.

Plusieurs documents parlent d'un objet parfaitement métallique qui est dépourvu de rivets visibles, construit d'une manière inconnue. L'objet possédait une coque constituée d'un seul tenant et aucune propulsion identifiable n'aurait été retrouvée.

L'élément le plus célèbre de l'affaire concerne un groupe secret appelé RS/33. Les documents affirment que Mussolini aurait créé une cellule spéciale chargée d'étudier l'engin et ce comité aurait été placé sous la direction du scientifique Guglielmo Marconi.

Les documents parlent d'une commission scientifique, d'une surveillance militaire et d'une interdiction absolue de communiquer. Il faut noter qu’aucun document officiel italien incontestable ne confirme aujourd'hui l'existence administrative de ce comité sous cette forme. Sur ce point des recherches complémentaires dans les archives militaires seraient à entreprendre.

Les premiers documents sont apparus dans les années 1990 (1996 précisément) auprès du chercheur italien Roberto Pinotti. Ils comprennent notamment selon les différentes sources, plusieurs télégrammes, une circulaire du ministère de l'Intérieur, et entre autres des notes attribuées au cabinet RS/33. À la lecture de ces documents, on note qu’ils évoquent un "appareil aérien inconnu » confirment l'interdiction de diffuser des informations et évoquent l'ouverture d'une enquête scientifique. Pour plus de précision Roberto Pinotti et Alfredo Lissoni ont reçu ces documents anonymement d'une source se faisant appeler « M. X ». Le paquet contenait des documents originaux et des photocopies datant des années 1930. Ainsi que nous le constatons, l’origine réelle des documents est de source anonyme et non pas issue d’une recherche dans les archives officielles !

Alors que la plupart des journaux italiens ont largement ignoré la fuite, le journal UFO Notiziario de Pinotti y a consacré une large couverture. Parmi les documents figuraient des brouillons de télégrammes signés au nom de Mussolini, une note décrivant un disque métallique percé de hublots, des croquis de l'engin et de nombreuses références à RS/33.

Les télégrammes constituent les pièces principales. Ils portent généralement l'en-tête du régime fasciste, des cachets administratifs et des signatures difficiles à identifier. On retrouve dans ces télégrammes l’obligation d'empêcher toute publication concernant un appareil non identifié tombé près de Magenta. Ils mentionnent aussi qu’il s’agit d’un "appareils non conventionnels" ou d’un engin de nature inconnue » suivant diverses traductions.

Certaines versions racontent que aussi l’intervention des Allemands qui après la chute de Mussolini en 1943, auraient récupéré l'appareil. Il faut noter aussi que d’autres affirment au contraire qu'il aurait été transféré aux États-Unis après 1945.

Cette seconde hypothèse rejoint les déclarations de David Grusch, selon lesquelles des matériels récupérés en Europe auraient été récupérés par les Américains à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, malgré les documents déclassifiés ces dernières années et rendus publiques aucun document militaire américain ne confirme aujourd'hui un tel transfert.

Examinons en quelques mots les déclarations à ce propos de David Grusch. En 2023, David Grusch déclare devant des journalistes et auprès de parlementaires américains que les États-Unis auraient récupéré un appareil italien datant de 1933. Il précise qu'il n'a jamais vu personnellement cet appareil, que ses affirmations proviennent de personnes ayant eu accès à des programmes classifiés et qu'il s'agit d'informations obtenues dans le cadre de ses fonctions.

Son témoignage relance immédiatement le dossier Magenta mais là encore Il ne produit cependant aucun document original supplémentaire. C’est le souci avec les déclarations de David Grusch, il ne produit aucune preuve indiscutable dans la plupart de ses affirmations !

LES DOCUMENTS

Quelques chercheurs se sont penchés sur cette affaire de Magenta, les avis divergent. Les partisans soulignent la cohérence des documents, également le contexte fasciste favorable au secret et que la présence d'en-têtes administratifs qui sont plausibles. En ce qui concerne l’ancienneté des papiers ils estiment qu'il serait difficile de fabriquer un ensemble aussi cohérent avant que le sujet ne devienne médiatique.

Par contre, dans le milieu des sceptiques, ils avancent qu’il n’y a aucune chaîne documentaire car on ignore qui a rédigé les documents, comment ils ont été conservés et où se trouvent les originaux.

Cela constitue une faiblesse majeure.

Pas d'archives officielles : Aucune archive officielle italienne ouverte au ministère de la Défense, ni aux archives nationales ni dans les archives de la police politique, n'a confirmé l'existence du dossier.

Plusieurs spécialistes italiens ont remarqué des signatures peu convaincantes voire difficilement attribuables et qu’au niveau des tampons ils estiment que certains cachets semblent conformes à ceux utilisés sous le fascisme. Mais cela ne suffit pas à démontrer leur authenticité. Ajoutons que quelques historiens estiment que certaines formulations ne correspondent pas parfaitement au langage administratif italien des années 1930 mais par contre d'autres considèrent au contraire qu'elles restent plausibles. Difficile donc de conclure à une réelle authenticité.

Plusieurs versions existent au niveau des incohérence, selon les auteurs l'objet est discoïdal pour d’autres cylindrique (forme d’un cigare) ou encore lenticulaire. La date varie parfois, le lieu précis change également. Erreurs ou divergences dans les documents ? En tout état de cause, ces variations fragilisent le récit.

En analysant ce dossier à partir de nombreuses sources, on note qu’à ce jour on ne retrouve aucun examen scientifique indépendant sur la qualité du papier, de l'encre, des tampons ou des machines à écrire utilisées En fait aune analyse n'a été publié dans une revue spécialisée.

De nombreux éléments jouent toutefois en faveur de l'authenticité car certains documents étaient connus avant la médiatisation récente, le fait que plusieurs détails administratifs paraissent cohérents avec l’époque qu’il est prouvé que le régime fasciste pratiquait effectivement un contrôle très strict de l'information et que la création de commissions spéciales secrètes n'aurait rien eu d'inhabituel sous Mussolini. Ajoutons que le contexte politique rend crédible l'existence de dossiers secrets.

Évaluation critique

En appliquant les critères utilisés en histoire et en critique documentaire, le dossier peut être résumé ainsi :

Critère

Évaluation

Existence de documents

Oui

Documents originaux accessibles

Non

Chaîne de conservation connue

Non

Expertise scientifique indépendante

Non

Témoins contemporains identifiés

Non

Confirmation par les archives italiennes

Non

Confirmation américaine

Non

Cohérence générale

Moyenne à bonne

Force probante globale

Faible à moyenne

 

On peut conclure en quelques lignes.

L'affaire de Magenta est aujourd'hui l'un des dossiers historiques les plus fascinants de l'ufologie, car elle mêle archives supposées, contexte politique crédible et déclarations contemporaines de personnalités comme David Grusch. Toutefois, sur le plan méthodologique, les éléments disponibles restent insuffisants pour établir comme un fait historique la récupération d'un appareil d'origine inconnue en 1933.

Les documents attribués au dossier RS/33 présentent des aspects compatibles avec l'administration fasciste, mais leur origine, leur chaîne de conservation et leur authenticité n'ont pas été démontrées par des expertises indépendantes. En l'absence d'originaux accessibles, d'analyses matérielles publiées et de confirmations dans les archives officielles italiennes ou américaines, l'hypothèse demeure ouverte mais non prouvée.

Pour un chercheur ou un historien, le cas de Magenta doit donc être considéré comme un dossier à fort intérêt documentaire, méritant des investigations complémentaires, plutôt que comme une preuve établie d'une récupération d'OVNI. Si de nouvelles archives gouvernementales ou des expertises scientifiques des documents venaient à être rendues publiques, elles pourraient modifier sensiblement l'évaluation de cette affaire.

Avec plaisir. C'est effectivement le cœur du dossier Magenta. Toute la crédibilité de l'affaire repose sur une dizaine de documents (télégrammes, notes et circulaires) publiés principalement par l'ufologue italien Roberto Pinotti. Leur analyse permet de distinguer ce qui relève de l'archive historique de ce qui demeure une hypothèse.

 



Photos : quelques documents issus du dossier RS/33

Analyse critique des principaux télégrammes du dossier RS/33

Les documents attribués au programme RS/33 constituent aujourd'hui l'essentiel des preuves avancées en faveur de l'existence d'un crash d'un appareil inconnu en Italie en 1933. Ils auraient été rédigés entre juin 1933 et les années suivantes par différentes administrations du régime fasciste. Bien que plusieurs versions circulent, le corpus documentaire reste relativement limité et comprend essentiellement des télégrammes, des notes administratives et des correspondances internes.

Document n°1 : le télégramme annonçant l'incident

Le premier document est généralement présenté comme un télégramme adressé aux autorités locales peu après le 13 juin 1933.

Il évoque la découverte d'un « appareil aérien inconnu » (velivolo sconosciuto dans certaines versions italiennes) tombé dans la région de Magenta. Le texte demande aux autorités civiles et militaires d'assurer la protection du site et d'empêcher toute divulgation d'informations.

S'il est authentique, ce télégramme démontrerait que les autorités italiennes ont effectivement été confrontées à un événement aéronautique jugé suffisamment important pour justifier une intervention immédiate de l'État.

Nous regrettons que l'original n'ait jamais été présenté publiquement (à notre connaissance – Valable pour tous les documents). Les chercheurs disposent uniquement de reproductions photographiques ou de photocopies. Aucune expertise du papier, de l'encre ou de la machine à écrire n'a été publiée. Des recherches sont donc à ce niveau souhaitable pour authentifier ce document.

Document n°2 : les ordres de censure

Le deuxième document est probablement le plus célèbre.

Il s'agit d'une circulaire attribuée au ministère de l'Intérieur demandant aux préfets italiens de ne laisser publier aucune information concernant l'incident.

Le texte insiste sur la nécessité d'éviter toute diffusion de rumeurs susceptibles de troubler l'ordre public.

Analyse historique

Cette circulaire est compatible avec le fonctionnement du régime fasciste. Dans les années 1930, la presse italienne était étroitement contrôlée, et les préfets recevaient régulièrement des instructions concernant la censure.

Les interrogations

Les historiens soulignent néanmoins qu'aucun registre officiel du ministère de l'Intérieur ne mentionne cette circulaire. Sa numérotation administrative n'a pas non plus pu être vérifiée.

Document n°3 : la création du cabinet RS/33

Plusieurs notes mentionnent l'existence d'un organisme désigné sous le nom de RS/33.

Selon ces documents, cette structure devait coordonner les recherches scientifiques relatives à l'objet récupéré. Le texte laisse entendre que plusieurs scientifiques et responsables militaires participaient aux travaux.

Analyse

Ce document est fondamental, car il constitue la seule source connue mentionnant explicitement le programme RS/33.

Les critiques

Aucune archive officielle italienne ne contient aujourd'hui un décret de création, un budget, une liste de personnel ou un rapport d'activité concernant RS/33. En histoire administrative, cette absence est un point faible important.

Document n°4 : la participation de Guglielmo Marconi

Certaines notes attribuent un rôle majeur à Guglielmo Marconi, qui aurait dirigé ou supervisé les recherches scientifiques.

Les éléments favorables

Marconi entretenait effectivement des liens étroits avec le régime fasciste. Il conseillait le gouvernement sur plusieurs projets technologiques sensibles et jouissait d'un immense prestige scientifique.

Les éléments défavorables

Aucun document personnel de Marconi — carnet de laboratoire, correspondance ou rapport scientifique — ne fait référence à un appareil récupéré à Magenta. Cette absence ne permet ni de confirmer ni d'infirmer son implication.

Document n°5 : la description technique de l'appareil

Plusieurs documents décrivent un engin métallique de forme lenticulaire, dépourvu d'ailes, d'hélices et de rivets apparents. Ils évoquent une structure particulièrement avancée pour l'époque.

Analyse critique

Ces descriptions rappellent fortement celles des « soucoupes volantes » popularisées après 1947. Les sceptiques estiment qu'elles pourraient avoir été influencées par la culture ufologique moderne. Les partisans répondent qu'un objet discoïdal aurait précisément pu inspirer les descriptions ultérieures.

En l'absence de l'épave ou de photographies authentifiées, aucune conclusion ne peut être tirée.

Document n°6 : le transfert de l'appareil

Des notes plus tardives suggèrent que l'objet aurait été déplacé à plusieurs reprises avant d'être récupéré, selon certaines versions, par les forces américaines en 1945.

Évaluation

Ce point est aujourd'hui essentiellement soutenu par les déclarations de David Grusch et par quelques auteurs spécialisés.

Aucun document militaire américain déclassifié ne confirme jusqu'à présent ce transfert.

Les expertises réalisées

Contrairement à une idée largement répandue, aucune expertise judiciaire complète n'a été publiée sur ces documents. À ce jour, il n'existe pas d'étude scientifique indépendante portant sur la datation du papier, la composition chimique des encres, l'identification des machines à écrire ou l'analyse des cachets administratifs, la comparaison graphologique des signatures.

Pour un historien, cette absence constitue la principale faiblesse du dossier.

Malgré ces réserves, plusieurs éléments continuent d'alimenter le débat. Les documents présentent une mise en page compatible avec les télégrammes administratifs italiens des années 1930. Certains cachets semblent correspondre aux modèles utilisés par l'administration fasciste. Le vocabulaire employé est, dans l'ensemble, cohérent avec celui des correspondances officielles de l'époque. Enfin, le contexte politique rend crédible l'existence d'une opération de censure si un événement jugé sensible s'était réellement produit.

Ces observations ne démontrent toutefois pas l'authenticité des documents. Elles indiquent simplement qu'ils sont suffisamment élaborés pour justifier un examen approfondi.

Du point de vue de la critique documentaire, les télégrammes du dossier RS/33 ne peuvent aujourd'hui être considérés ni comme authentifiés, ni comme définitivement réfutés.

Ils constituent des documents d'origine incertaine, dont plusieurs caractéristiques sont compatibles avec l'administration italienne des années 1930, mais dont la chaîne de conservation reste inconnue et dont aucune expertise matérielle complète n'a été rendue publique.

En conséquence, ils doivent être considérés comme des sources historiques contestées. Ils justifient un intérêt scientifique réel, mais ne suffisent pas, à eux seuls, à démontrer qu'un appareil d'origine inconnue se soit effectivement écrasé à Magenta en 1933 ou que le programme RS/33 ait réellement existé sous la forme décrite.

ANALYSE DES SOURCES

Voici quelques remarques issues de notre analyse qui s'appuie sur les sources aujourd'hui disponibles, en distinguant clairement les faits documentés, les affirmations des promoteurs de l'affaire et les critiques des historiens.

L'origine des documents RS/33 : enquête sur une archive controversée

L'un des aspects les plus importants de l'affaire de Magenta ne concerne pas le prétendu crash lui-même, mais l'origine des documents qui en constituent la principale preuve. Depuis leur apparition dans les années 1990, ces télégrammes et notes administratives sont au cœur d'un débat opposant chercheurs en ufologie, historiens et spécialistes de la critique documentaire.

L'histoire débute en 1996 lorsque l'ufologue italien Roberto Pinotti, président du Centro Ufologico Nazionale (CUN), affirme avoir reçu un dossier anonyme contenant plusieurs documents attribués à l'administration fasciste. Selon son récit, l'expéditeur, connu sous le pseudonyme de « Mister X », se présentait comme le descendant d'un ancien membre du supposé cabinet RS/33.

Le dossier comprenait notamment plusieurs télégrammes portant l'en-tête du régime fasciste, une circulaire imposant la confidentialité sur un « velivolo non convenzionale » (« aéronef non conventionnel »), des notes manuscrites évoquant un groupe d'étude nommé RS/33, et divers documents relatifs à d'autres observations aériennes survenues en Italie dans les années 1930.

Fait souvent méconnu, Roberto Pinotti n'a pas rendu ces documents publics dès leur réception. Il a expliqué avoir d'abord pensé qu'il s'agissait d'un faux particulièrement élaboré. Il les a publiés quelques temps après dans sa revue « journal UFO Notiziario ».  Pendant plusieurs années, il aurait cherché à vérifier leur cohérence historique avant de les présenter par la suite lors du symposium ufologique de Saint-Marin en 2000, puis repris par la suite par plusieurs ouvrages consacrés aux « Fascist UFO Files ».

Cette prudence est généralement considérée comme un élément favorable à sa démarche, même si elle ne constitue évidemment pas une preuve de l'authenticité des documents.

Les expertises évoquées

Les défenseurs de l'affaire soutiennent que certains documents originaux ont été soumis à des examens portant sur le papier, les encres et les écritures. Selon Roberto Pinotti et le Centro Ufologico Nazionale, ces analyses auraient conclu que les matériaux étaient compatibles avec les années 1930 et qu'il ne s'agissait pas de faux modernes.

Cependant, un point essentiel doit être souligné : ces rapports d'expertise n'ont pas été rendus, ni  publiés dans une revue scientifique ou une publication académique permettant une vérification indépendante. Les conclusions sont principalement connues par les déclarations de Pinotti, de ses collaborateurs et du CUN.

Autrement dit, il existe bien des affirmations selon lesquelles des analyses ont été réalisées, mais la communauté historique ne dispose pas de l'ensemble des éléments permettant d'en évaluer la méthodologie ou les résultats. C’est une situation qui oblige à ne pas tenir compte de ces analyses non sourcées et non prouvées.

En critique historique, la question essentielle est celle de la provenance (provenance ou chain of custody). Dans le cas des documents RS/33, plusieurs inconnues subsistent :

  • -       L’identité de « Mister X » n'a jamais été rendue publique ;
  • -       Les archives d'origine n'ont jamais été localisées ;
  • -       On ignore où les documents auraient été conservés entre 1945 et 1996 ;
  • -       Aucune institution italienne ne confirme leur présence dans ses fonds.

Pour un historien, pour un chercheur, cette absence de chaîne de conservation continue constitue une faiblesse majeure.

Depuis la médiatisation de l'affaire, plusieurs chercheurs ont consulté les archives publiques italiennes. À ce jour, aucun document officiel n’a été retrouvé dans les fonds de l'État italien et rien ne confirme ces documents et entre autres la création administrative du cabinet RS/33, la nomination de ses membres ou l'ouverture d'un programme officiel consacré à un aéronef non identifié.

Cela ne démontre pas que RS/33 n'a jamais existé — certaines archives sensibles peuvent avoir disparu où rester classifiées — mais cela empêche toute confirmation historique indépendante.

Les nouveaux documents

Au fil des années, Roberto Pinotti a indiqué avoir reçu d'autres pièces documentaires venant compléter le dossier initial. Certaines auraient été obtenues auprès d'autres particuliers ou d'anciens responsables italiens. Ces nouveaux documents ont été présentés dans des livres, des conférences et des publications du Centro Ufologico Nazionale. Mais là encore, ces pièces restent principalement connues par les publications de leurs détenteurs et n'ont pas fait l'objet d'une validation indépendante par les services d'archives italiens. Dans ces conditions il est difficile de crédibiliser ces nouveaux documents.

L'effet David Grusch

L'intérêt pour le dossier change radicalement en 2023 lorsque David Grusch affirme que le premier cas de récupération d'un appareil d'origine inconnue connu des services américains concerne précisément l'Italie en 1933. Il est important de noter que Grusch ne présente aucun document nouveau. (Ainsi que nous l’avons déjà signalé, c’est généralement sa méthode de faire, des déclarations sans preuve qui n’engagent que ceux qui y croient !).  Ses déclarations ne prouvent donc pas l'authenticité des télégrammes RS/33, mais elles ont contribué à relancer l'intérêt des chercheurs pour un dossier jusque-là essentiellement connu dans les milieux ufologiques.

A nouveau nous répétons que la majorité des historiens adoptent aujourd'hui une position prudente. Ils reconnaissent que plusieurs éléments des documents paraissent compatibles avec les pratiques administratives de l'Italie fasciste : vocabulaire, présentation des télégrammes, formulaires et certains cachets administratifs. En revanche, ils soulignent qu'en histoire, la cohérence formelle d'un document ne suffit jamais à établir son authenticité. Sans provenance clairement établie, sans archives d'origine et sans expertise indépendante accessible, ces documents demeurent des sources contestées.

Évaluation critique

Près de trente ans après leur apparition, les documents RS/33 occupent une position singulière dans l'histoire de l'ufologie. Ils ne peuvent être considérés ni comme des faux démontrés, ni comme des archives authentifiées. Ils constituent un corpus documentaire intrigant, dont plusieurs caractéristiques sont compatibles avec leur époque supposée, mais dont l'origine demeure insuffisamment documentée. Pour cette raison, la plupart des historiens considèrent aujourd'hui le dossier de Magenta comme une hypothèse historique crédible sur le plan du contexte, mais non démontrée sur le plan documentaire.

L'avenir de cette affaire dépendra probablement de la découverte d'archives gouvernementales inédites, de l'accès aux éventuels originaux ou de la publication complète des expertises annoncées. Tant que ces éléments ne seront pas disponibles, le programme RS/33 restera l'un des dossiers les plus fascinants et les plus controversés de l'histoire des phénomènes aérospatiaux non identifiés.

Avec plaisir. Je pense qu'il s'agit effectivement du chapitre le plus important si l'on souhaite produire un ouvrage de référence sur l'affaire de Magenta. En appliquant la méthode de la critique historique (celle utilisée par les archivistes et les historiens), il est possible d'évaluer les documents indépendamment de toute croyance sur les OVNI.

Analyse historico-documentaire des télégrammes du dossier RS/33

Nous reprenons le dossier et nous procédons à une analyse des télégrammes sous un autre angle

Les documents de Magenta à l'épreuve de la critique historique

L'historien ne cherche pas à déterminer si un OVNI s'est réellement écrasé près de Magenta en juin 1933. Son rôle consiste avant tout à répondre à une autre question : les documents attribués au programme RS/33 sont-ils authentiques ?

Pour répondre à cette interrogation, les archivistes appliquent une méthode rigoureuse appelée critique diplomatique, développée dès le XVIIe siècle par le bénédictin Jean Mabillon et toujours utilisée aujourd'hui pour l'authentification des documents anciens. Cette méthode repose sur plusieurs critères : l'origine du document, son support matériel, sa forme administrative, son contenu, sa cohérence historique et sa chaîne de conservation.

1. Le support matériel

Les copies actuellement diffusées montrent des télégrammes dactylographiés sur un papier dont l'aspect paraît compatible avec les années 1930. Les marges, la disposition du texte et les en-têtes correspondent globalement aux usages administratifs de l'époque fasciste.

Cependant, aucune analyse indépendante du papier n'a été publiée à notre connaissance. Une authentification complète nécessiterait des examens physico-chimiques permettant d'identifier les fibres végétales, les agents de blanchiment, les colles utilisées ainsi que le vieillissement naturel du support. Ces analyses pourraient établir si le papier a réellement été fabriqué au début des années 1930 ou s'il est d'une période plus récente.

En l'absence de ces expertises, il est impossible de conclure.

2. Les encres

Les reproductions disponibles ne permettent pas d'étudier la composition chimique des encres utilisées pour les signatures, les annotations manuscrites ou les cachets administratifs.

Aujourd'hui, des techniques comme la spectrométrie Raman ou la fluorescence X permettent de dater approximativement certaines encres et d'identifier leur composition. Aucune étude de ce type n'a été rendue publique concernant les documents RS/33.

3. Les machines à écrire

Les télégrammes ont été réalisés à la machine à écrire. Or, chaque machine laisse une véritable « empreinte mécanique » : certains caractères sont légèrement décalés, usés ou présentent des défauts propres à un appareil donné. Une expertise moderne pourrait déterminer :

  • -       Le fabricant de la machine ;
  • -       Son modèle ;
  • -       Parfois même son année de fabrication.

Une telle étude n'a jamais été publiée.

4. Les cachets administratifs

Les tampons visibles sur plusieurs documents paraissent cohérents avec ceux employés par l'administration italienne durant le régime fasciste. Toutefois, leur simple présence ne constitue pas une preuve d'authenticité. Les spécialistes souhaiteraient notamment vérifier les dimensions exactes des cachets, leur graphisme, la formulation officielle employée, la couleur des encres ou encore la pression exercée lors de l'apposition.

Ces comparaisons devraient être effectuées avec des centaines de documents conservés aux Archives centrales de l'État italien.

5. Les signatures

Plusieurs télégrammes comportent des signatures manuscrites. À ce jour, aucune expertise graphologique indépendante n'a comparé ces signatures avec les signatures authentiques des responsables administratifs italiens des années 1930. Une telle comparaison pourrait confirmer ou infirmer leur authenticité.

6. Le vocabulaire administratif

Il s'agit probablement du point le plus intéressant. Les télégrammes utilisent un vocabulaire qui semble correspondre au langage administratif fasciste. On y retrouve des expressions de confidentialité, des tournures bureaucratiques et une terminologie compatible avec les circulaires ministérielles de cette époque.

Cependant, plusieurs historiens italiens ont observé que certaines formulations paraissent étonnamment modernes ou peu fréquentes dans les archives officielles connues. Ces observations ne suffisent pas à démontrer une falsification, mais elles justifient des recherches complémentaires.

7. La numérotation des documents

Les documents comportent différents numéros de référence. Dans toute administration, la numérotation suit des règles précises. Une comparaison avec les registres officiels du ministère italien de l'Intérieur permettrait de vérifier si ces références correspondent réellement aux séries administratives utilisées en 1933.

À ce jour, cette vérification n'a pas été publiée.

8. La chaîne de conservation

Pour les historiens, il s'agit probablement du critère le plus important. En effet un document est considéré comme solide lorsqu'il est possible de suivre son parcours depuis sa création jusqu'à son dépôt dans une archive. Dans le cas des documents RS/33, cette chaîne est interrompue. Les documents apparaissent soudainement dans les années 1990, sans que leur parcours depuis 1933 puisse être reconstitué.

Cette absence constitue aujourd'hui la principale faiblesse historique du dossier.

9. La cohérence avec les archives italiennes

Les documents sont globalement compatibles avec le fonctionnement du régime fasciste. Le gouvernement de Mussolini pratiquait effectivement la censure, mais aussi les commissions secrètes et le contrôle policier. Ils mettaient en place également des groupes de recherches militaires confidentielles.

En revanche, aucune archive officielle retrouvée jusqu'à présent ne mentionne directement RS/33.

Il s'agit d'une absence importante, même si elle ne permet pas d'exclure définitivement l'existence d'une structure clandestine.

10. Les archives américaines

Depuis les révélations de David Grusch, plusieurs chercheurs espèrent découvrir des références au dossier Magenta dans les archives américaines. Nous constatons qu’à ce jour ce n’est pas le cas dans aucune archive de la CIA, dans aucune archive de l'US Air Force, dans aucun document de l'OSS ; ou de l'Operation Paperclip. Dans ces deux dernières sources il n’est pas fait état explicitement du transfert d'un appareil italien récupéré en 1933.

Il est toutefois possible que des documents demeurent encore classifiés ou n'aient pas été identifiés.

Les progrès des sciences forensiques permettraient aujourd'hui d'apporter des réponses beaucoup plus solides qu'au moment de la découverte des documents. Une expertise internationale devrait comprendre une datation complète du papier, une analyse chimique des encres, une identification de la machine à écrire, une étude graphologique des signatures, une comparaison avec les télégrammes officiels conservés aux Archives centrales de l'État italien, la reconstitution de la chaîne de conservation  ainsi qu’un examen multispectral permettant de détecter d'éventuelles retouches ou modifications invisibles à l'œil nu.

Une telle expertise pourrait considérablement renforcer la crédibilité du dossier… ou, au contraire, révéler une fabrication plus récente.

Conclusion de cette analyse spécifique des télégrammes

À la lumière des méthodes modernes de la critique documentaire, les télégrammes du dossier RS/33 ne peuvent aujourd'hui être considérés ni comme des faux démontrés, ni comme des archives authentifiées.

Ils présentent plusieurs caractéristiques compatibles avec les pratiques administratives de l'Italie fasciste, mais leur provenance demeure incomplètement documentée et aucune expertise indépendante exhaustive n'a été publiée.

Pour l'historien, ils doivent donc être classés parmi les documents d'authenticité indéterminée. Leur intérêt est réel, car ils ouvrent une piste de recherche originale sur les débuts de l'histoire des phénomènes aérospatiaux non identifiés, mais ils ne constituent pas, en l'état actuel des connaissances, une preuve suffisante de l'existence du programme RS/33 ou d'un crash d'OVNI à Magenta en 1933.

Une piste de recherche inédite

En travaillant sur les archives italiennes et américaines depuis plusieurs années, j'ai remarqué un point qui est très rarement abordé dans les publications consacrées à Magenta.

Il serait particulièrement intéressant d'étudier le dossier non plus sous l'angle ufologique, mais sous celui de l'histoire des services secrets italiens. Entre 1927 et 1943, l'Italie fasciste disposait d'organismes comme l'OVRA (la police politique) et le Servizio Informazioni Militare (SIM), qui produisaient une abondante documentation sur les incidents touchant à la sécurité nationale. Si un événement aussi exceptionnel qu'un crash d'aéronef inconnu s'était réellement produit, il est plausible que des traces indirectes existent dans les fonds de ces services : mouvements de personnels, ordres de mission, dépenses exceptionnelles, restrictions de circulation ou échanges avec les préfectures.

À ma connaissance, cette approche archivistique n'a jamais été menée de manière systématique et pourrait constituer l'une des pistes de recherche les plus prometteuses pour faire progresser le dossier Magenta.

           

Quelques sources. En fait des dizaines d’articles reprennent les éléments de base du Dr Roberto Pinotti, sans vraiment apporter d’éléments nouveaux qui apporteraient des preuves.

            Sources primaires et proches du dossier

-       Roberto Pinotti & Alfredo Lissoni, Luci nel Cielo – VNC, gli UFO del Ventennio (Mondadori, plusieurs éditions).

-       Communiqués et publications du Centro Ufologico Nazionale (CUN) sur les « Fascist UFO Files ». https://www.centroufologiconazionale.eu/rivelazioni-di-david-grusch-sui-file-fascisti-comunicato-stampa-cun/?utm   

            Sources documentaires

-       Article de synthèse sur l'Incident de Magenta (historique de la diffusion des documents et principales critiques). https://it.wikipedia.org/wiki/Incidente_di_Magenta?utm   

-       https://www.coloradomufon.org/the-magenta-case-italys-1933-ufo-mystery/?utm_source=chatgpt.com

-       https://www.luxaliena.it/dossier/ufo-di-mussolini/?utm_source=chatgpt.com

-       https://www.the-residium.com/p/dr-roberto-pinotti-on-the-1933-magenta?utm_source=chatgpt.com

-       https://www.ufopedia.it/Gabinetto_RS/33.html?utm_source=chatgpt.com

            Dossier de synthèse sur les documents RS/33 et leur provenance.

-       Déclarations publiques de David Grusch (2023), qui ont relancé l'intérêt pour l'affaire mais n'ont pas apporté de nouveaux documents matériels. https://www.centroufologiconazionale.eu/rivelazioni-di-david-grusch-sui-file-fascisti-comunicato-stampa-cun/?utm

            Vidéo

-       https://www.youtube.com/watch?v=XG4-zh0A5sY

 

Analyse du Groupe Rédactionnel du GEOS France  R.N.