112 vidéos du Pentagone passées au crible : une étude qui refroidit les interprétations spectaculaires
Commentaire et analyse
Depuis mai 2026, le programme américain PURSUE — Presidential Unsealing and Reporting System for UAP Encounters a rendu publiques plusieurs séries de documents et de vidéos concernant des phénomènes aérospatiaux non identifiés. Le cinquième lot a notamment été publié le 7 août 2026.
Cette publication avait suscité beaucoup d'attention : plus d'une centaine de vidéos issues de capteurs militaires, certaines montrant des objets dont le comportement paraît à première vue étonnant. Mais voici que deux scientifiques, Jacob Haqq-Misra, de Blue Marble Space, et Ravi Kopparapu, du Goddard Space Flight Center de la NASA, viennent de soumettre à l'analyse 112 de ces vidéos.
Et leur conclusion est à la fois importante et beaucoup plus prudente que ne pourraient le laisser penser les images.
C'est probablement le principal enseignement de cette étude, une vidéo ne donne pas automatiquement la vitesse. Lorsqu'on voit une petite tache traverser très rapidement l'écran, notre cerveau fait immédiatement l'association : déplacement rapide à l'écran = objet extrêmement rapide. Or cette équation est fausse si l'on ne connaît pas la distance de l'objet. Une caméra mesure principalement des angles, pas directement des distances. Un objet très proche de la caméra peut ainsi traverser le champ de vision à une vitesse apparente considérable alors qu'il se déplace physiquement assez lentement. Inversement, un objet très éloigné peut paraître relativement immobile.
Les chercheurs insistent donc sur une difficulté fondamentale : sans données de distance, de focale, de champ de vision et de géométrie complète du capteur, il est souvent impossible de transformer correctement un mouvement apparent en vitesse réelle.
Un exemple particulièrement révélateur : DOW-UAP-PR113
Les chercheurs se sont notamment penchés sur une vidéo portant la référence DOW-UAP-PR113. Il s'agit d'une séquence infrarouge attribuée à une observation réalisée dans l'ouest des États-Unis en 1996. On y voit un objet sombre — voire éventuellement deux objets très proches — traverser rapidement le champ de la caméra. L'analyse image par image donne un déplacement d'environ 142 pixels par image, soit environ 2,2 largeurs de champ par seconde. Mais l'objet n'est visible que pendant environ un dixième de seconde et première vue, le mouvement est spectaculaire. Pourtant, les chercheurs expliquent que les informations disponibles ne permettent pas de déterminer avec certitude la vitesse réelle de l'objet.
Et c'est ici que l'étude devient particulièrement intéressante pour l'ufologie.
Les auteurs ne concluent pas que les objets sont banals, mais ils ne concluent pas non plus qu'ils sont extraordinaires. C'est une nuance essentielle.
Ravi Kopparapu recommande justement d'éviter les deux extrêmes :
- · Ne pas conclure à une technologie extraordinaire,
- · Mais également
- · Ne pas rejeter automatiquement le phénomène comme banal.
Pourquoi ? Parce que les données sont tout simplement insuffisantes. Un objet peut sembler effectuer une manœuvre impossible uniquement parce que nous ne connaissons pas sa distance. Et un objet qui semble très éloigné peut, dans certaines configurations, être beaucoup plus proche de la caméra qu'on ne le pense.
L'article donne une illustration très simple de ce problème. Un objet sombre qui traverse très rapidement une caméra infrarouge pourrait être interprété comme un engin extrêmement rapide. Mais il pourrait également s'agir d'un oiseau beaucoup plus proche de la caméra et cette possibilité n'est pas une explication automatique du cas car elle montre simplement qu'il faut connaître la géométrie de l'observation avant de calculer une vitesse. C'est un point que le public oublie très souvent lorsqu'il regarde les vidéos d'OVNI.
Pour les deux chercheurs, la faiblesse fondamentale des vidéos PURSUE est donc moins l'image elle-même que tout ce qui manque autour de l'image. Les informations les plus utiles sont souvent :
- · Distance de l'objet ;
- · Paramètres du capteur ;
- · Champ de vision ;
- · Focale ;
- · Altitude ;
- · Position et mouvement de la plateforme ;
- · Données radar ;
- · Télémétrie ;
- · Informations infrarouges complètes ;
- · Métadonnées ;
- · Synchronisation avec les autres capteurs.
Une vidéo isolée ne représente qu'une petite partie du dossier. Et, selon Haqq-Misra, une grande partie des paramètres réellement utiles demeure masquée ou absente des données publiques.
Une critique importante du discours sur la « divulgation »
La publication de 112 vidéos militaires donne l'impression que les chercheurs disposent maintenant d'une masse considérable de données. Mais il existe une différence fondamentale entre :
- « Rendre publiques 112 vidéos »
- Et
- « Rendre publiques 112 observations scientifiquement exploitables ».
Ce n'est pas la même chose. Une vidéo spectaculaire peut être extrêmement pauvre scientifiquement si les données permettant de l'interpréter ont été supprimées et c'est une leçon que l'on retrouve d'ailleurs dans l'histoire de l'ufologie : la quantité de documents n'est pas nécessairement synonyme de qualité documentaire.
Par ailleurs, il faut être très clair, l'étude ne démontre pas que :
- « Les 112 vidéos montrent des objets ordinaires ».
- Elle ne démontre pas non plus :
- « Aucun OVNI extraordinaire n'existe ».
Et elle ne démontre certainement pas : « les vidéos sont truquées ».
Si nous l’examinons bien, cette étude à des conclusion beaucoup plus prudente : Les vidéos dans leur forme actuellement disponible ne permettent généralement pas de déterminer de façon fiable si les objets présentent des vitesses ou des accélérations réellement anormales.
C'est très différent.
Les chercheurs indiquent donc que les données actuelles ne permettent ni de démontrer ni nécessairement d'exclure une cinématique véritablement anormale.
Et c'est peut-être une bonne nouvelle pour la recherche sur les OVNI évidemment cela peut sembler paradoxal. Mais je pense que cette étude constitue plutôt un progrès pour l'ufologie scientifique. Pendant des décennies, une partie du débat a opposé :
- « Regardez ces vidéos, c'est extraordinaire ! »
- À
- « Ce n'est qu'un artefact ou un objet banal ! »
Les chercheurs introduisent une troisième position : « Nous ne disposons pas encore des données nécessaires pour savoir. »
Scientifiquement, cette réponse est beaucoup plus solide.
La solution proposée est de multiplier les capteurs. Haqq-Misra et Kopparapu proposent une approche beaucoup plus ambitieuse. L'observatoire idéal devrait associer plusieurs types de capteurs :
Visible + infrarouge + radar + radio + audio, avec plusieurs sites d'observation.
L'objectif est de pouvoir observer le même phénomène simultanément sous plusieurs angles et avec plusieurs technologies. C'est précisément le type d'approche défendu par le Galileo Project, cité par Haqq-Misra comme exemple de dispositif expérimental allant dans cette direction. Avec plusieurs capteurs synchronisés, on pourrait enfin déterminer :
- - La distance ;
- - La vitesse réelle ;
- - L’accélération ;
- - La trajectoire en trois dimensions ;
- - La taille ;
- - La température apparente ;
- - Éventuellement la signature radar ;
- - Et la nature du phénomène.
C'est une différence fondamentale entre observer une anomalie et la mesurer.
À mon avis, cette étude marque quelque chose d'important dans l'évolution de la recherche sur les PAN.
Pendant longtemps, la question était :
- « Qu'est-ce que cet OVNI ? »
La science moderne pose d'abord une autre question :
- « Quelles données avons-nous réellement pour déterminer ce qu'il est ? »
Cette inversion est capitale car elle oblige à séparer trois catégories :
1. L'objet est identifié
Avion, ballon, oiseau, satellite, phénomène atmosphérique, artefact du capteur, etc.
2. L'objet demeure non identifié
Les données disponibles ne permettent pas de conclure.
3. L'objet présente une anomalie démontrée
Cette troisième catégorie est beaucoup plus exigeante.
Il faut démontrer que l'anomalie résiste aux explications liées à la géométrie, aux capteurs, à la météorologie, aux erreurs de mesure, à la perception et aux objets conventionnels. Les vidéos PURSUE ne permettent actuellement pas de franchir systématiquement cette troisième étape.
Et c'est là que je serais légèrement critique envers le titre de l'article
Le titre de The Debrief :« Scientists Just Analyzed More Than 100 UAP Videos... » est accrocheur mais le véritable résultat scientifique est beaucoup moins spectaculaire car les chercheurs n'ont pas découvert 112 OVNI extraordinaires. Ils ont surtout découvert — ou plutôt démontré quantitativement — à quel point il est difficile de tirer des informations physiques fiables de ces vidéos lorsque les données des capteurs sont incomplètes. C'est presque une étude sur les limites de la preuve vidéo dans l'ufologie. Et c'est précisément ce qui la rend intéressante.
Le programme américain PURSUE a accompli quelque chose d'important en mettant à disposition une quantité inhabituelle d'archives et de vidéos gouvernementales. Le site officiel recense désormais cinq lots de publications, dont le cinquième a été publié le 7 août 2026. Mais l'étude de Haqq-Misra et Kopparapu révèle probablement la prochaine bataille de la transparence : après les images, les données.
Les chercheurs ne demandent plus seulement :
- « Montrez-nous les vidéos. »
- « Donnez-nous les données qui permettent de mesurer ce que nous voyons. »
C'est une évolution considérable.
Commentaire
C'est l'une des publications scientifiques les plus intéressantes liées aux dossiers PURSUE depuis le début des divulgations de 2026 non pas parce qu'elle apporte une preuve d'une technologie inconnue. Elle ne le fait pas. Mais parce qu'elle montre très clairement où se situe aujourd'hui le véritable problème de la recherche sur les PAN.
Le débat ne devrait plus être :
- « Croyez-vous aux OVNI ? »
Mais :
- « Avons-nous suffisamment de données instrumentales pour démontrer une anomalie ? »
Et dans le cas des 112 vidéos étudiées, la réponse est actuellement : pas encore. Cela ne clôt donc absolument pas la question des PAN. Au contraire, cela indique comment il faudra les étudier à l'avenir.
La phrase finale attribuée à Kopparapu résume assez bien cette philosophie : la réalité demande du temps ; l'erreur, elle, n'en demande pas. La conclusion des auteurs est que l'accès aux données originales et une investigation rigoureuse sont indispensables pour progresser.
En conclusions je dirai que : « L'analyse scientifique des 112 vidéos PURSUE ne constitue ni une réfutation du phénomène OVNI ni une confirmation de performances extraordinaires. Elle met en évidence une difficulté fondamentale : une image peut montrer une anomalie apparente sans permettre d'en mesurer la réalité physique. La prochaine étape de la recherche ne sera donc pas nécessairement de publier davantage de vidéos, mais de publier davantage de données. »
Lire les articles complets :
Dans Debrief : Lire l'article complet de Micah Hanks dans The Debrief : https://thedebrief.org/scientists-just-analyzed-more-than-100-uap-videos-released-by-the-pentagons-pursue-program-this-is-what-they-learned/
Consulter PURSUE : Consulter les archives officielles PURSUE du Department of War : https://www.war.gov/UFO/






