Affichage des articles dont le libellé est ufolgie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est ufolgie. Afficher tous les articles

dimanche 11 octobre 2026

L’affaire de l’OVNI de Téhéran - 19 septembre 1976

 L’affaire de l’OVNI de Téhéran - 19 septembre 1976

GEOS France

Deux F-4 Phantom contre un objet lumineux : l’un des dossiers militaires les plus troublants de l’histoire de l’ufologie

L'incident de Téhéran du 19 septembre 1976 occupe une place particulière dans l'histoire des phénomènes aérospatiaux non identifiés. Contrairement à de nombreuses affaires reposant essentiellement sur le témoignage d'un particulier, celui-ci implique des contrôleurs aériens, des civils, un général de l'armée de l'air iranienne, deux équipages de F-4 Phantom II et des observations radar.

Surtout, l'affaire fit l'objet, quelques jours après les événements, d'un rapport du service de l'attaché de défense américain à Téhéran, transmis à plusieurs organismes américains, dont la Defense Intelligence Agency (DIA), la CIA, la NSA, les Joint Chiefs of Staff et la Maison-Blanche. Le document a depuis été déclassifié.

Il faut toutefois corriger immédiatement une affirmation très répandue : l'objet n'a pas été "repéré par satellite radar". Les sources déclassifiées parlent d'une détection radar au sol et d'un verrouillage radar depuis le F-4, mais aucune source primaire consultée ne permet d'affirmer qu'un satellite aurait détecté l'objet. Cette précision est importante dans une étude historique sérieuse.

Le contexte : Téhéran au cœur de la guerre froide

En septembre 1976, l'Iran est encore dirigé par le Shah Mohammad Reza Pahlavi. Le pays est alors l'un des principaux alliés des États-Unis au Moyen-Orient. L'armée de l'air impériale iranienne — Imperial Iranian Air Force (IIAF) — est particulièrement bien équipée. L'Iran dispose notamment de chasseurs américains F-4 Phantom II, appareils supersoniques sophistiqués capables d'effectuer des missions d'interception et d'attaque.

Le choix du F-4 est particulièrement intéressant pour l'affaire de Téhéran. Il ne s'agit pas d'un avion d'observation rudimentaire : c'est un appareil conçu pour le combat aérien, doté d'un radar embarqué, de systèmes d'armes et de communications sophistiqués. L'incident survient donc dans un contexte où une intrusion aérienne inconnue au-dessus de la capitale iranienne pouvait être considérée comme une question de sécurité nationale.

Dans la nuit du 18 au 19 septembre 1976, vers 00 h 30, le poste de commandement de l'armée de l'air à Téhéran reçoit plusieurs appels téléphoniques provenant du secteur de Shemiran, au nord de la capitale. Le rapport américain indique que quatre appels sont reçus de citoyens signalant des objets étranges dans le ciel. Les descriptions initiales sont assez diverses. Certains témoins parlent d'un objet ressemblant à un oiseau, tandis que d'autres évoquent plutôt un hélicoptère muni d'une lumière. Mais un élément attire immédiatement l'attention des militaires : aucun hélicoptère n'est censé se trouver dans cette zone à ce moment-là.

Cette diversité initiale des descriptions constitue d'ailleurs un élément intéressant : contrairement à certaines affaires où tous les témoins semblent reprendre immédiatement la même histoire, les premières descriptions de Téhéran ne sont pas parfaitement homogènes.

Les appels sont suffisamment nombreux pour parvenir à Brigadier General Yousefi, présenté dans le rapport américain comme l'Assistant Deputy Commander of Operations de l'armée de l'air impériale iranienne. Dans un premier temps, Yousefi pense qu'il peut simplement s'agir d'une étoile particulièrement brillante. Il contacte cependant la tour de contrôle de Mehrabad, principal aéroport de Téhéran, puis décide d'observer lui-même le phénomène. Il constate alors une lumière qui lui paraît nettement plus importante qu'une étoile.

Le général prend donc la décision remarquable, dans un contexte militaire, de faire décoller un intercepteur.

01 h 30 : le premier F-4 Phantom décolle

À environ 01 h 30, un premier F-4 Phantom décolle de Shahrokhi Air Base, située près de Hamadan, à l'ouest de Téhéran. L'avion se dirige vers la région située au nord de la capitale. Le rapport indique que l'objet est extraordinairement lumineux : il peut être aperçu depuis l'avion à une distance d'environ 70 miles, soit environ 110 km.  Le pilote poursuit son approche. Puis survient l'un des éléments les plus célèbres de l'affaire.

À 25 milles nautiques : les instruments cessent de fonctionner

Lorsque le F-4 arrive à environ 25 milles nautiques, soit environ 46 km, du phénomène, l'équipage signale une défaillance simultanée :

  •  
  • ·         Des instruments de bord ;
  • ·         Des communications UHF ;
  • ·         De l'interphone.

Le pilote décide alors d'abandonner l'interception. Il fait demi-tour en direction de Shahrokhi. Et c'est ici que l'événement devient particulièrement intrigant. Lorsque l'avion s'éloigne, les systèmes reviennent à leur fonctionnement normal. Le rapport américain décrit donc une corrélation entre la distance par rapport au phénomène et les perturbations constatées à bord.  Il faut néanmoins rester précis : le rapport ne démontre pas que l'objet est la cause physique des pannes. Il établit que les équipages ont rapporté cette succession temporelle.

Deuxième interception : 01 h 40

La première tentative ayant échoué, un second F-4 est envoyé environ dix minutes plus tard. L'équipage comprend notamment Parviz Jafari, alors officier de l'armée de l'air iranienne, et Jalal Damirian, officier systèmes d'armes. C'est cet équipage qui va fournir la partie la plus spectaculaire du dossier. Une précision historique est nécessaire ici : Jafari est devenu général plus tard et est fréquemment présenté dans les récits contemporains comme « General Jafari ». En 1976, il était encore officier subalterne/commandant d'escadron selon les sources. Il faut donc éviter de projeter son grade ultérieur sur la nuit de l'événement.

Le second F-4 parvient à obtenir un contact radar. Le rapport indique que l'objet est acquis à environ 27 milles nautiques, soit près de 50 km. La cible se trouve dans une position située approximativement à 12 heures, légèrement au-dessus de l'avion. Le radar indique également une vitesse de rapprochement d'environ 150 nœuds. Plus étonnant encore, le retour radar est décrit comme ayant une taille apparente comparable à celle d'un avion ravitailleur Boeing 707 dans le récit déclassifié.

Nous sommes donc face à une observation combinant :

Témoins au sol + observation militaire + radar au sol/embarqué + interception aérienne 

C'est cette combinaison qui donne au dossier sa réputation particulière.

Alors que le F-4 se rapproche, le pilote constate que l'objet semble conserver une distance. Le rapport indique que lorsque l'avion se rapproche jusqu'à environ 25 NM, l'objet s'éloigne, avec une accélération suffisamment importante pour être visible sur le radar. L'impression donnée aux pilotes est donc celle d'une cible qui maintient une distance de sécurité par rapport à l'intercepteur. Le phénomène ne ressemble cependant pas nécessairement à un « combat aérien » au sens classique. Il s'agit davantage d'une tentative d'interception d'une cible qui semble continuellement se soustraire à l'approche du chasseur.

La description visuelle est elle aussi remarquable. L'objet principal est décrit comme extrêmement lumineux, avec des lumières ou flashes de plusieurs couleurs :

  • ·         Bleu ;
  • ·         Vert ;
  • ·         Rouge ;
  • ·         Orange.

Les lumières semblent disposées selon une configuration géométrique. La luminosité est telle que les équipages ont du mal à distinguer la forme réelle de l'objet. Cette difficulté est importante. Lorsque certains récits modernes parlent d'un « engin en forme de diamant », il faut comprendre que la forme géométrique précise n'est pas nécessairement une observation structurale nette. La luminosité intense pouvait masquer le corps de l'objet.

Le phénomène le plus spectaculaire : un objet secondaire

Alors que le F-4 poursuit le phénomène principal, les pilotes rapportent qu'un objet plus petit se détache de celui-ci. Le petit objet se dirige rapidement vers le F-4. Jafari pense qu'il peut s'agir d'une attaque. Il prépare alors son système d'arme. C'est à ce moment que survient le deuxième épisode de défaillance électronique. 

Le F-4 est équipé de missiles AIM-9 Sidewinder, missiles air-air à guidage infrarouge. Jafari tente de préparer le tir contre l'objet secondaire. Mais, selon le rapport : le panneau de commande des armes devient inopérant. Au même moment, les communications UHF et interphone sont également perdues. Le tir n'a donc pas lieu. Le pilote effectue alors une manœuvre d'évitement. Le petit objet poursuit sa trajectoire, puis se replace derrière le F-4 avant de retourner vers l'objet principal, selon le récit transmis aux autorités américaines.  C'est probablement le passage le plus célèbre de toute l'affaire de Téhéran. 

C'est ici que commence véritablement le débat. Pour les partisans de l'hypothèse extraterrestre, la séquence paraît extraordinaire :

Approche → panne électronique → éloignement → retour du système.

Puis :

Tentative de tir → panne du système d'armes → interruption de l'attaque → retour du fonctionnement.

L'interprétation est alors évidente : l'objet aurait produit une sorte de perturbation électromagnétique volontaire ou involontaire. Mais cette conclusion n'est pas démontrée. Le document américain ne dit pas : « L'objet a provoqué les pannes. » Il rapporte que les équipages ont constaté les pannes pendant leur approche. Cette distinction est fondamentale pour une étude scientifique.

La suite de l'observation est tout aussi étrange. Les pilotes rapportent qu'un autre objet lumineux se détache du phénomène principal et se dirige rapidement vers le sol. Jafari s'attend à voir une explosion. Mais selon son témoignage, l'objet ralentit et semble se poser doucement. Il produit alors une luminosité importante au niveau du sol. Le secteur supposé du phénomène est localisé.et les militaires souhaitent ensuite examiner cette zone.

Le mystérieux « atterrissage »

C'est l'un des aspects qui ont contribué à transformer Téhéran 1976 en « cas classique ». Les pilotes pensent avoir vu un objet atteindre le sol. Mais lorsque la zone est examinée ultérieurement, aucun engin n'est retrouvé. Le rapport déclassifié mentionne néanmoins des recherches dans la région et un signal sonore ou « beeping » détecté à proximité. Une maison située dans le secteur aurait également été associée à un bruit important et à une lumière très brillante. Le dossier évoque enfin des vérifications concernant une éventuelle radioactivité. Le résultat définitif de ces contrôles n'est cependant pas publié dans le dossier connu, ce qui interdit d'affirmer que de la radioactivité aurait effectivement été détectée.

Un détail est souvent négligé dans les récits populaires. Le rapport mentionne également un avion civil évoluant dans la région. Son équipage aurait rencontré des problèmes de communication dans le secteur. Mais il faut apporter une nuance importante :

  • L’équipage de l'avion civil n'aurait pas nécessairement vu l'objet.
  • Il aurait surtout constaté une anomalie de communication.

Cela constitue un élément intéressant parce qu'il introduit un témoin indépendant de l'interférence alléguée, mais il ne constitue pas une confirmation indépendante de l'existence de l'objet lui-même.

Après l'événement nocturne, une recherche est effectuée dans la zone où les pilotes pensent que l'objet secondaire a atterri. Le résultat est décevant : aucun appareil, aucun débris spectaculaire et aucune trace clairement attribuable à un engin inconnu ne sont retrouvés.

Cette absence de preuve physique constitue l'une des principales limites du dossier. Le cas reste donc essentiellement un cas radar-visuel et aéronautique, et non une affaire de récupération d'objet.

L'une des raisons pour lesquelles l'affaire de Téhéran est devenue célèbre est la réaction des autorités américaines. Le 23 septembre 1976, l'attaché de défense américain à Téhéran transmet un rapport concernant l'événement. Le document est identifié sous la référence IR 6 846 0139 76. Il est envoyé à différents organismes américains, notamment :

  1. 1.    Joint Chiefs of Staff ;
  2. 2.    CIA ;
  3. 3.    NSA ;
  4. 4.    White House ;
  5. 5.    Secretary of Defense ;
  6. 6.    U.S. Air Force ;
  7. 7.    DIA.

La transmission est donc loin d'être anodine.  Le document original est aujourd'hui accessible sous forme déclassifiée. https://www.ufoscans.com/joint-chiefs-staff-report/

 




 

RESUME DU RAPPORT :

Rapport déclassifié concernant l'incident de Téhéran

Un rapport du Bureau du directeur de l'aviation civile des États-Unis (USDAO) détaille un incident survenu en 1976 à Téhéran, au cours duquel un avion F-4 a subi une panne totale de ses instruments et de ses communications lors de l'interception d'un objet aérien non identifié. Cet objet a émis une lumière intense, a effectué des manœuvres à grande vitesse et a semblé atterrir, ce qui a conduit à un contrôle de la radioactivité du site.

Ce document est un rapport officiel du Bureau d'observation des États-Unis (USDAO) à Téhéran, daté du 20 septembre 1976, concernant une série d'observations d'OVNI survenues dans le quartier de Shemiran à Téhéran le 19 septembre 1976. L'incident a débuté par des appels téléphoniques de citoyens signalant d'étranges objets dans le ciel. Un avion F-4 a été dépêché sur place pour enquêter. À l'approche de l'objet, décrit comme ayant une luminosité intense et des lumières stroboscopiques clignotantes, le pilote du F-4 a subi une perte totale de ses instruments et de ses communications. L'appareil a fait demi-tour et les communications ont été rétablies. Un second F-4 a été lancé et a réussi à verrouiller l'objet au radar. L'objet a été décrit comme présentant un motif rectangulaire de lumières clignotantes bleues, vertes, rouges et oranges. Au cours de la rencontre, un second objet est apparu du premier et s'est dirigé vers le F-4 à grande vitesse. Le pilote a tenté de tirer un missile AIM-9, mais son panneau de commande d'armement est tombé en panne et il a de nouveau perdu toute communication. Le pilote a effectué des manœuvres d'évitement et les objets ont finalement rejoint le premier. L'objet principal a ensuite été observé en train de descendre et d'atterrir, provoquant apparemment une forte explosion et projetant une lumière intense sur une vaste zone. L'équipage du F-4 a observé le lieu d'atterrissage depuis une altitude de 4 572 mètres (15 000 pieds). Un avion de ligne civil se trouvant à proximité a également signalé des problèmes de communication. Au lever du jour, l'équipage du F-4 est retourné sur les lieux et a détecté un signal sonore près d'une petite maison avec jardin. Les riverains ont rapporté avoir entendu un bruit fort et avoir vu une lumière très vive, semblable à la foudre. La zone faisait l'objet de contrôles de radioactivité au moment du signalement.

LE PILOTE A TENTÉ DE TIRER UN MISSILE AIM-9 SUR L'OBJET, MAIS À CE MOMENT-LÀ, SON PANNEAU DE COMMANDE D'ARMES S'EST DÉCLENCHÉ ET IL A PERDU TOUTES LES COMMUNICATIONS (UHF ET INTERPHONE).

 

 « An out standing report » : la célèbre évaluation de la DIA

L'un des passages les plus cités du dossier est l'évaluation effectuée par la Defense Intelligence Agency.

L'analyse considère le rapport comme exceptionnellement intéressant et souligne plusieurs éléments :

  • ·         Plusieurs témoins ;
  • ·         Des témoins considérés comme crédibles ;
  • ·         Une observation visuelle ;
  • ·         Une confirmation radar ;
  • ·         Des effets électromagnétiques rapportés ;
  • ·         Des performances de manœuvre jugées inhabituelles.

La DIA considère ainsi le dossier comme un cas particulièrement intéressant pour l'étude du phénomène OVNI.  Mais une précision essentielle s'impose.

« Out standing report » ne signifie pas « vaisseau extraterrestre confirmé ».

La DIA juge la qualité et l'intérêt du rapport, pas l'origine extraterrestre de l'objet. C'est une nuance souvent perdue dans les récits ufologiques.

Autre correction importante : On lit fréquemment : « La DIA a enquêté sur l'OVNI de Téhéran et a conclu qu'il était extraordinaire. » C'est une formulation trop simplificatrice. Le document initial est un rapport d'information militaire américain provenant de Téhéran, établi par le personnel diplomatique/militaire américain à partir des informations recueillies auprès des Iraniens. La DIA l'a ensuite reçu, évalué et diffusé. La différence est importante historiquement.

Il s'agit donc plutôt de :

Témoignages iraniens → interrogatoire/collecte par les Américains → rapport de l'attaché de défense → circulation auprès des agences américaines → évaluation DIA.

Cela renforce la valeur documentaire du dossier, mais ne transforme pas le rapport en enquête scientifique indépendante.

Un cas extraordinairement documenté… mais pas « prouvé extraterrestre » C'est probablement la meilleure façon de caractériser Téhéran 1976.

Ce qui est solidement établi

Élément

Niveau de confiance

Des civils signalent un phénomène lumineux

Élevé

Le général Yousefi observe le phénomène

Élevé

Un premier F-4 est envoyé

Élevé

Le premier équipage rapporte des pannes

Élevé

Un second F-4 est envoyé

Élevé

Contact radar rapporté

Élevé

Deuxième équipage rapporte des perturbations

Élevé

Tentative de tir d'AIM-9 rapportée

Élevé

Défaillance du système d'armes rapportée

Élevé

Objet secondaire rapporté

Moyen à élevé

Objet semblant atteindre le sol

Moyen

Preuve physique récupérée

Absente

Origine extraterrestre

Non démontrée

Détection par satellite

Non démontrée

Quelles explications conventionnelles peut-on envisager ?

L'affaire est difficile, mais « difficile » ne signifie pas automatiquement « extraterrestre ». Plusieurs hypothèses ont été proposées.

A. Une étoile ou une planète brillante

C'est la première hypothèse envisagée au début de l'événement. Elle ne paraît toutefois pas suffisante pour expliquer l'ensemble du dossier, notamment : le déplacement apparent ; le contact radar rapporté ; l'interception ; les objets secondaires et les anomalies électroniques.

Elle pourrait néanmoins expliquer une partie de l'observation initiale, surtout si des effets d'autokinésie ou d'optique atmosphérique ont amplifié l'impression de mouvement.

B. Un phénomène astronomique

Un objet astronomique extrêmement brillant peut-être spectaculaire lorsqu'il est observé dans un ciel sombre.

Mais là encore, cette hypothèse ne suffit pas facilement à expliquer le comportement rapporté par les équipages militaires.

C. Un avion ou un appareil conventionnel

C'est également une hypothèse à considérer. La région de Téhéran était fortement militarisée. Cependant, les caractéristiques rapportées — luminosité, accélérations apparentes, séparation d'objets et comportement au radar — rendent cette explication difficile à appliquer à toute la séquence.

Des problèmes techniques des F-4

C'est probablement l'élément sceptique le plus sérieux. Il est possible que des pannes électriques, radar, communications ou armement aient affecté les appareils indépendamment du phénomène. Il faut se rappeler qu'un rapport militaire historique ne fournit pas automatiquement :

Les carnets de maintenance

Les bandes radio

Les enregistreurs de maintenance

Les paramètres électriques

Les enregistrements radar bruts

 

Les données de vol

Les relevés électromagnétiques

 

Sans ces données, la causalité reste impossible à démontrer.

Mais la simultanéité des pannes reste troublante et c'est précisément ici que le dossier conserve son intérêt.

Le premier F-4 :

Approche → instruments et communications perdus → éloignement → récupération.

Le deuxième : 

Approche → communications perturbées → objet secondaire → tentative d'engagement → système d'armes hors service → éloignement → récupération.

Cette répétition donne au dossier une structure inhabituelle. On peut donc raisonnablement parler d'une corrélation opérationnelle rapportée entre proximité du phénomène et dysfonctionnements. Mais il faut éviter de franchir une étape logique supplémentaire : corrélation ≠ preuve de causalité.

  L'hypothèse extraterrestre

C'est évidemment celle qui a donné au cas sa célébrité internationale. Dans cette interprétation, l'objet aurait présenté des capacités très supérieures à celles des appareils humains : accélération extrêmement rapide ; manœuvres à grande vitesse ; absence apparente d'inertie ou encore séparation d'objets… Le scénario devient alors celui d'un appareil inconnu capable de détecter l'interception, de réagir à celle-ci et de neutraliser temporairement la capacité offensive du chasseur. C'est spectaculaire. Mais aucune donnée publique ne permet de conclure que l'intelligence derrière le phénomène était extraterrestre.

Une autre possibilité : plusieurs phénomènes confondus

C'est une hypothèse qui mérite davantage d'attention. L'affaire pourrait ne pas correspondre à un seul objet.

Il pourrait y avoir eu : une source lumineuse principale ; un ou plusieurs phénomènes atmosphériques ; des aéronefs conventionnels ; des effets radar ou encore des problèmes techniques… Les pilotes ont ensuite interprété ces événements comme appartenant à un même système. Cette possibilité est difficile à tester parce que les données brutes ne sont pas disponibles.

Pourquoi Téhéran 1976 reste un « cas classique »

Le cas possède pratiquement tous les éléments recherchés par les enquêteurs ufologiques :

Plusieurs témoins → militaires → radar → avions de chasse → tentative d'interception → anomalie électronique → manœuvres inhabituelles → objets secondaires → documentation gouvernementale américaine.

C'est exceptionnel. Le rapport américain lui-même insiste sur la qualité des témoins et sur la combinaison des observations visuelles et radar.  Mais le dossier présente simultanément de sérieuses lacunes : par exemple pas de photographie authentifiée ; pas de film ; pas de débris ; pas d'objet récupéré ……

L'affaire a continué à vivre grâce aux témoignages ultérieurs de Parviz Jafari car en effet durant des décennies après l'événement, Jafari a continué à raconter l'interception, notamment lors d'une intervention au National Press Club de Washington en 2007.  Son récit tardif est important pour l'histoire du dossier, mais il faut distinguer : le document contemporain de 1976 de la mémoire du témoin plusieurs décennies plus tard.

Cette distinction est essentielle dans une enquête historique  car la mémoire humaine est reconstructive. Un témoignage tardif peut conserver des informations authentiques tout en incorporant progressivement des éléments issus de discussions, publications ou reconstitutions ultérieures.

Téhéran 1976 présente un intérêt qui dépasse largement l'ufologie. L'incident pose une question militaire très simple : Que doit faire une force aérienne lorsqu'un objet inconnu pénètre ou évolue dans son espace aérien et qu'il est impossible de déterminer immédiatement sa nature ?

Le cas illustre également le rôle des systèmes de détection multiples :

Observation humaine + contrôle aérien + radar + interception + systèmes d'armes.

C'est précisément cette dimension qui rend le dossier pertinent pour l'histoire des PAN/UAP modernes.

Conclusion

Téhéran 1976 : un excellent dossier OVNI, mais pas une preuve extraterrestre L'affaire de Téhéran demeure probablement l'un des cas militaires de PAN les plus sérieux du XXe siècle. Dans la nuit du 18 au 19 septembre 1976, des habitants du nord de Téhéran signalent des lumières inhabituelles. Un général iranien observe lui-même le phénomène. Deux F-4 Phantom sont envoyés successivement. Le premier équipage rapporte la perte de ses instruments et communications à l'approche de l'objet. Le second obtient un contact radar, poursuit la cible, observe plusieurs phénomènes lumineux et rapporte à son tour des perturbations électroniques. Lorsqu'une tentative d'emploi d'un missile AIM-9 est envisagée, le système d'armes devient temporairement inopérant. Les équipages rapportent ensuite des objets secondaires et un phénomène semblant atteindre le sol.

Le dossier est d'autant plus remarquable qu'il ne repose pas seulement sur la tradition ufologique : un document militaire américain contemporain confirme que l'événement a été rapporté aux autorités américaines et largement diffusé dans leur appareil de renseignement.

Mais il faut conserver une ligne critique. Nous savons qu'un événement aérien inhabituel a été rapporté. Nous savons que deux équipages de F-4 ont décrit des anomalies et que le phénomène a été associé à des observations radar. Nous ne savons pas avec certitude ce qu'était l'objet. Et surtout, les archives disponibles ne démontrent ni une origine extraterrestre, ni une technologie inconnue, ni une détection satellitaire.

C'est précisément cette combinaison — documentation exceptionnelle et identification toujours incertaine — qui explique pourquoi Téhéran 1976 demeure, près de cinquante ans plus tard, l'un des dossiers les plus fascinants de l'histoire des OVNI.

Sources documentaires principales

Rapport militaire américain / USDAO Téhéran, septembre 1976, référence IR 6 846 0139 76 : https://ufotransparency.com/files/1976-09-19-dia-tehran-iran-uap-cable-dia-tehran-iran-cable-1976

Copie du rapport Joint Chiefs of Staff / dossier Téhéran : https://www.ufoscans.com/joint-chiefs-staff-report/

Documentation historique complémentaire sur le témoignage de Parviz Jafari :  https://theufodatabase.com/videos/parviz-jafari-discussed-tehran-ufo-encounter

 

 




samedi 11 juillet 2026

L'ISLAM, LES DJINNS ET LES OVNI - UNE ANALYSE PRUDENTE

Une analyse prudente des djinns dans l'islam et les phénomènes OVNI

INTRODUCTION

Depuis les débuts de l'humanité, les hommes rapportent des phénomènes qu'ils ne comprennent pas : apparitions, lumières mystérieuses, voix, êtres invisibles ou objets dans le ciel. Dans le monde musulman, ces phénomènes sont souvent rapprochés des djinns, dont l'existence est affirmée par le Coran. À l'époque contemporaine, certains établissent un parallèle avec les OVNI (ou UAP, « phénomènes aériens non identifiés »). Cette comparaison suscite des débats, mais elle ne fait pas l'objet d'un consensus religieux ou scientifique.

Le but de ce dossier est de distinguer ce qui relève des textes religieux, des commentaires des savants musulmans, des recherches scientifiques et des hypothèses formulées par certains auteurs.

Les djinns selon l'islam

La création des djinns

Le Coran enseigne que Dieu a créé les djinns avant les êtres humains et qu'ils proviennent d'un « feu sans fumée » (55:15). Contrairement à une idée répandue, cette expression ne décrit pas nécessairement un feu matériel semblable à celui que nous connaissons. Les exégètes classiques y voient un élément subtil, inaccessible aux sens humains.

Commentaire : Cette description situe les djinns dans un ordre de création différent de celui des humains. Les textes ne donnent toutefois pas de description scientifique de leur nature.

Les djinns et le libre arbitre dans l'islam

L'un des aspects les plus importants de la doctrine islamique concernant les djinns est qu'ils sont dotés du libre arbitre (ikhtiyâr). Contrairement aux anges, qui sont décrits dans la tradition islamique comme obéissant constamment à Dieu, les djinns ont la capacité de choisir leurs actes. Ils peuvent croire ou ne pas croire, obéir ou désobéir, faire le bien ou le mal. Cette caractéristique les rapproche des êtres humains.

Le Coran présente les djinns comme une communauté responsable de ses choix et de ses actes. Ils sont destinataires de la révélation divine et seront jugés par Dieu au Jour du Jugement, au même titre que les hommes. Leur responsabilité morale implique qu'ils peuvent être récompensés ou punis selon leur comportement.

Cette idée est exprimée de manière particulièrement claire dans Sourate Al-Jinn. Selon le récit coranique, un groupe de djinns entend le Prophète réciter le Coran. Impressionnés par son message, ils reconnaissent qu'il s'agit d'une révélation authentique et retournent auprès de leur peuple pour les avertir et les inviter à croire.

Le Coran rapporte notamment leurs paroles (72:1-2), que l'on peut résumer ainsi : ils ont entendu une récitation extraordinaire qui guide vers la droiture, et ils décident de croire en Dieu sans plus Lui associer de partenaires.

Cet épisode revêt une grande importance théologique. Il montre que les djinns ne sont pas décrits comme des créatures systématiquement hostiles aux êtres humains ou vouées au mal. Au contraire, certains recherchent sincèrement la vérité, reconnaissent le message divin et choisissent librement d'y adhérer.

La sourate poursuit en montrant que les djinns eux-mêmes reconnaissent leur diversité. Ils déclarent qu'ils ne sont pas tous semblables : certains sont vertueux, d'autres ne le sont pas, et ils suivent des voies différentes (72:11). Cette affirmation souligne que le monde des djinns n'est pas homogène. Comme les sociétés humaines, il comprend des individus aux comportements variés.

Cette diversité est confirmée ailleurs dans le Coran, où Dieu s'adresse simultanément aux humains et aux djinns, ce qui souligne leur responsabilité commune. Les deux communautés sont appelées à adorer Dieu, à respecter Ses commandements et à répondre de leurs actes.

Une différence essentielle avec les anges

La notion de libre arbitre permet également de distinguer clairement les djinns des anges.

Dans la théologie islamique classique :

·         Les anges accomplissent fidèlement les ordres de Dieu ;

·         Les humains disposent du libre arbitre ;

·         Les djinns disposent également du libre arbitre.

C'est précisément parce qu'ils peuvent choisir que certains djinns deviennent croyants tandis que d'autres rejettent la foi.

Le cas d'Iblis

Le récit d'Iblis illustre cette liberté. Le Coran précise qu'Iblis était un djinn et qu'il refusa d'obéir à Dieu lorsqu'il lui fut ordonné de se prosterner devant Adam. Son refus n'est pas présenté comme une contrainte, mais comme une décision fondée sur son orgueil. Il affirme se considérer supérieur à Adam parce qu'il a été créé de feu alors qu'Adam a été créé d'argile.

Ce récit est souvent cité par les théologiens pour montrer que le libre arbitre implique aussi la possibilité de la désobéissance. Sans cette liberté, il n'y aurait ni mérite dans l'obéissance ni responsabilité dans la faute.

Les commentaires des savants musulmans

Les grands exégètes classiques, tels qu'Ibn Kathir, Al-Tabari ou Al-Qurtubi, expliquent que les djinns constituent une communauté comparable aux humains sur le plan moral. Selon eux, ils possèdent leurs propres croyants, leurs incroyants, leurs savants et leurs ignorants. Certains commentateurs évoquent même des traditions selon lesquelles ils formeraient des familles et des communautés, bien que les textes ne décrivent pas en détail leur organisation sociale.

Les exégètes soulignent que la sourate des Djinns corrige une vision populaire qui assimilait tous les djinns à des êtres malveillants. Le Coran présente au contraire une réalité plus nuancée : les djinns, comme les humains, peuvent suivre des chemins différents.

Commentaire

Cette doctrine a une portée importante dans la pensée islamique. Elle rappelle que le bien et le mal ne sont pas déterminés par la nature d'une créature, mais par les choix qu'elle fait. Le Coran ne présente donc pas les djinns comme des êtres entièrement bons ou entièrement mauvais. Leur liberté de décision est au cœur de leur responsabilité devant Dieu.


Enfin, il convient de distinguer ce que les textes affirment de ce qui relève des croyances populaires. Les sources islamiques enseignent clairement que les djinns ont le libre arbitre et qu'ils peuvent être croyants ou non. En revanche, elles ne décrivent pas en détail leur mode de vie, leurs capacités ou leurs interactions avec le monde humain au-delà de ce qui est nécessaire à l'enseignement religieux. Toute affirmation allant au-delà des textes doit donc être présentée avec prudence comme une interprétation plutôt que comme une certitude.

Leur invisibilité


Photo : Les djinns invisibles

L'invisibilité des djinns dans le Coran : une réalité du monde invisible

L'une des caractéristiques les plus singulières des djinns, telle qu'elle est décrite dans le Coran, est leur invisibilité naturelle aux yeux des êtres humains. Cette particularité constitue l'une des principales différences entre les hommes et les djinns et explique pourquoi ces derniers appartiennent à ce que l'islam appelle le ghayb, c'est-à-dire le domaine de l'invisible ou de l'inconnaissable par les seuls sens humains.

Le principal verset qui fonde cette croyance est le verset 27 de la sourate 7 (Al-A'râf) :

« Il vous voit, lui et sa tribu, d'où vous ne les voyez pas. »

Dans ce contexte, le verset fait référence à Iblis et à sa descendance. Les exégètes musulmans comprennent généralement que cette affirmation concerne les djinns de manière générale : ils peuvent percevoir les êtres humains, alors que les humains ne les perçoivent pas dans leur état naturel.

Le monde du ghayb (l'invisible)

Dans la pensée islamique, la réalité ne se limite pas à ce que les cinq sens permettent d'observer. Le Coran distingue deux dimensions :

1.    Le monde visible (ash-shahâda), qui correspond à tout ce que l'homme peut observer, mesurer et expérimenter ;

2.    Le monde invisible (al-ghayb), qui échappe à la perception directe.

Les djinns appartiennent à ce second domaine, au même titre que les anges, même si leur nature est différente.

Cette distinction est fondamentale : l'invisibilité des djinns n'est pas présentée comme un phénomène extraordinaire ou magique, mais comme une caractéristique de leur création. Ils évoluent dans un ordre de réalité qui n'est habituellement pas accessible à la perception humaine.

Pourquoi les humains ne les voient-ils pas ?

Le Coran ne donne pas d'explication physique ou scientifique à cette invisibilité. Les commentateurs musulmans ont donc proposé différentes interprétations, tout en reconnaissant que leur nature exacte demeure connue de Dieu seul.

Parmi les explications avancées dans la tradition :

-       Les djinns auraient été créés à partir d'une substance différente de celle des humains, décrite comme un « feu sans fumée » (mârij min nâr), ce qui expliquerait qu'ils ne soient pas perceptibles comme les corps matériels ordinaires ;

-       Ils vivraient dans une dimension ou un mode d'existence distinct, pouvant coexister avec le monde humain sans être directement observable ;

-     Leur invisibilité serait simplement une propriété que Dieu leur a accordée, sans qu'il soit nécessaire d'en rechercher un mécanisme.

Il est important de souligner qu'aucune de ces explications n'est explicitement développée dans le Coran. Elles relèvent de l'exégèse et de la réflexion théologique.

Les djinns peuvent-ils devenir visibles ?

La tradition islamique répond généralement que oui, si Dieu le permet.

De nombreux récits rapportés dans les hadiths et les commentaires anciens évoquent la possibilité pour certains djinns de prendre différentes apparences. Les formes le plus souvent mentionnées sont un être humain ; un serpent ; un chien noir ; ou encore d'autres animaux.

Ces récits ont conduit de nombreux savants à considérer que les djinns possèdent, par la permission de Dieu, une capacité de transformation ou de manifestation.

Toutefois, les théologiens rappellent que ces récits ne signifient pas que toute apparition étrange ou inexpliquée est nécessairement un djinn. Les phénomènes inhabituels peuvent avoir des causes naturelles, psychologiques ou relever d'erreurs d'interprétation.

Al-Tabari explique que le verset souligne avant tout la supériorité de la vigilance que les djinns peuvent exercer sur les humains, sans que ceux-ci puissent les observer en retour.

Ibn Kathir insiste sur le fait que cette invisibilité fait partie des caractéristiques propres à leur création. Selon lui, les djinns peuvent voir les hommes alors que les hommes ne les voient pas, sauf si Dieu décide autrement.

Al-Qurtubi ajoute que cette invisibilité rappelle aux croyants l'existence d'une création qui dépasse la perception humaine. Pour lui, elle invite à l'humilité : les limites de nos sens ne définissent pas les limites de la réalité.

Une lecture théologique

D'un point de vue théologique, cette invisibilité souligne que la connaissance humaine est limitée. Le Coran rappelle à plusieurs reprises que Dieu seul connaît pleinement l'invisible. Les croyants sont donc invités à accepter l'existence de réalités qui échappent à l'observation directe, tout en évitant les spéculations excessives.

Cette idée s'inscrit dans une conception plus large selon laquelle la foi ne repose pas uniquement sur ce qui est visible. Le début de la sourate Al-Baqara décrit d'ailleurs les croyants comme ceux « qui croient à l'invisible ».

Regard critique et scientifique

Du point de vue scientifique, l'existence des djinns ne peut ni être démontrée ni réfutée par les méthodes expérimentales actuelles, car ils sont définis, dans la théologie islamique, comme appartenant au monde invisible. La science étudie les phénomènes observables, reproductibles et mesurables ; elle ne peut donc pas confirmer ou infirmer une réalité qui, par définition, échappe à ces critères.

C'est pourquoi il convient de distinguer deux registres :

1.    La théologie, qui affirme l'existence des djinns sur la base de la révélation coranique ;

2.    La science, qui se limite à l'étude des phénomènes accessibles à l'observation.

Cette distinction permet d'éviter deux écueils : attribuer systématiquement tout phénomène inexpliqué aux djinns, ou prétendre que la science a démontré leur inexistence. Les deux affirmations dépasseraient ce que permettent respectivement les textes religieux et les connaissances scientifiques actuelles.

La vision populaire des djinns dans les pays musulmans et particulièrement au Maroc

Si le Coran décrit les djinns comme des créatures invisibles créées par Dieu, dotées du libre arbitre et responsables de leurs actes, la représentation populaire des djinns dans de nombreux pays musulmans est beaucoup plus riche et plus complexe. Au fil des siècles, les croyances religieuses se sont mêlées aux traditions locales, aux récits oraux, au folklore et parfois à des pratiques magiques ou ésotériques.

Cette distinction est essentielle : la théologie islamique ne recouvre pas toujours les croyances populaires. De nombreux savants musulmans rappellent que certaines traditions attribuées aux djinns ne reposent sur aucun texte religieux authentique mais relèvent du patrimoine culturel.

Le Maroc constitue un exemple particulièrement intéressant de cette évolution.

Les djinns dans l'imaginaire collectif

Dans la culture populaire de nombreux pays musulmans, les djinns ne sont pas seulement perçus comme des êtres invisibles. Ils deviennent des personnages à part entière, possédant une personnalité, des préférences, des territoires et même une organisation sociale.

Selon les croyances populaires, les djinns vivent en communautés comparables à celles des humains, ils se marient et fondent des familles, ils exercent différents métiers, ils possèdent des chefs ou des rois  et enfin ils pratiquent différentes religions.

Certaines traditions vont jusqu'à leur attribuer des royaumes entiers situés dans des montagnes, des déserts ou sous les mers.

Ces éléments ne proviennent pas du Coran mais de récits transmis oralement depuis plusieurs siècles.

Dans l'ensemble du monde musulman, certains endroits sont traditionnellement considérés comme plus propices à la présence des djinns. On cite fréquemment les cimetières, les ruines anciennes, les puits abandonnés, les grottes, les sources naturelles, les montagnes isolées, les grands arbres très anciens et les déserts. On remarquera que ces croyances existent aussi bien au Maghreb qu'au Moyen-Orient. Dans plusieurs régions rurales, il est courant d'éviter certains lieux après le coucher du soleil par crainte de déranger leurs occupants invisibles.

Les théologiens rappellent toutefois que ces croyances ne sont généralement pas fondées sur des textes religieux précis.

Les djinns dans la culture marocaine

Au Maroc, les croyances relatives aux djinns occupent une place particulièrement importante dans le patrimoine populaire.

Elles résultent d'un mélange complexe de plusieurs héritages :

-       La tradition islamique ;

-       Les anciennes croyances amazighes (berbères) ;

-       Les influences arabo-musulmanes ;

-       Certaines traditions africaines subsahariennes ;

-       Le soufisme populaire ;

-       Le folklore local.

Au fil des siècles, ces différentes influences ont donné naissance à un véritable univers symbolique où les djinns jouent un rôle central.

Les "Mlouk" : les rois des djinns

L'une des particularités de la tradition marocaine est la croyance aux Mlouk (« les Rois »). Selon certaines confréries populaires et certaines pratiques de guérison traditionnelles, les djinns seraient organisés en royaumes gouvernés par plusieurs souverains. Chaque roi posséderait une couleur particulière, des attributs spécifiques, un caractère propre et une influence sur certaines maladies ou certains comportements.

Parmi les noms les plus souvent évoqués dans la tradition populaire figurent :

-       Sidi Mimoun ;

-       Lalla Mira ;

-       Lalla Aïcha ;

-       Chamharouch ;

-       Bouchaïb ;

-       Sidi Hammou.

Il est important de préciser que ces personnages n'apparaissent ni dans le Coran ni dans les hadiths authentiques. Ils appartiennent au folklore marocain et aux traditions ésotériques.

Lalla Aïcha (Aïcha Kandicha) est l'une des figures les plus célèbres du folklore marocain. Selon les récits populaires elle apparaît sous la forme d'une très belle femme, elle attire les hommes, elle serait capable de provoquer la folie ou la maladie et certains lui attribuent des pouvoirs de séduction ou de possession.

Les descriptions varient considérablement selon les régions. Dans certaines versions, elle possède des pieds d'animal. Dans d'autres, elle habite près des rivières ou des sources. Les historiens considèrent généralement qu'il s'agit d'une figure légendaire dont les origines mêlent traditions locales, récits historiques et croyances populaires. Les savants musulmans soulignent qu'il n'existe aucun fondement religieux permettant d'affirmer son existence comme le fait le folklore.

Photo : Le roi des Djinns – Sidi Chamharouch Atlas Marocain.

Niché dans les replis escarpés du Haut Atlas, à une soixantaine de kilomètres de Marrakech, ce minuscule village se trouve sur le sentier menant au Jebel Toubkal, le plus haut sommet d'Afrique du Nord culminant à 4 167 mètres. La plupart des randonneurs le connaissent comme une simple halte. Mais pour des milliers de Marocains, Sidi Chamharouch revêt une signification bien plus profonde : on le considère comme la cour terrestre du Sultan des Djinns, un lieu où le monde invisible et le nôtre se côtoient chaque jeudi. Voir : https://bewilderedinmorocco.com/sidi-chamharouch-king-of-the-jinn-morocco/

 

Le djinn Chamharouch est une autre figure importante. Dans la tradition populaire marocaine, il est parfois présenté comme le roi des djinns musulmans ou un juge chargé de résoudre les conflits entre djinns. Dans le massif du Jbel Toubkal, un sanctuaire populaire est associé à cette figure. Certaines personnes s'y rendent pour demander guérison ou protection.

Du point de vue de la théologie islamique, ces pratiques sont discutées. De nombreux savants considèrent qu'il ne faut pas invoquer des djinns ni leur attribuer un pouvoir spirituel autonome.

Les Gnawa et les djinns

La culture Gnawa entretient un rapport particulier avec les croyances relatives aux djinns. Lors des cérémonies appelées lila ou derdeba, la musique, les chants et les couleurs sont utilisés dans un cadre rituel où certains participants entrent en transe. Chaque couleur est traditionnellement associée à une catégorie de djinns ou à un « roi » particulier.

Par exemple :

-       Le blanc évoque certaines entités considérées comme paisibles ;

-       Le noir est souvent associé à Sidi Mimoun ;

-       Le bleu est lié au monde de l'eau ;

-       Le rouge à des entités réputées plus puissantes.

Les anthropologues interprètent ces cérémonies de diverses manières : pratiques thérapeutiques, rituels symboliques, héritage culturel ou expression religieuse populaire. Les confréries, quant à elles, leur donnent des significations spirituelles variées.

Il est important de noter que ces associations de couleurs et de « rois des djinns » ne figurent pas dans les sources fondatrices de l'islam.

Les pratiques de guérison

Au Maroc, certaines personnes consultent encore des guérisseurs traditionnels lorsqu'elles pensent qu'une maladie ou une difficulté est liée à l'action d'un djinn. Les pratiques peuvent inclure la récitation de versets coraniques (ruqya) , des invocations, l'usage de plantes, des fumigations (par exemple avec le benjoin ou d'autres résines), des amulettes et des rituels propres à certaines traditions locales.

Les savants musulmans distinguent généralement la ruqya, lorsqu'elle est fondée sur le Coran et des invocations reconnues, des pratiques magiques, divinatoires ou d'invocation des djinns, qu'ils déconseillent ou condamnent selon les cas.

Dans certaines familles marocaines, de nombreuses habitudes sont encore expliquées par la présence supposée des djinns. On entend parfois qu'il ne faut pas :

-       Verser de l'eau bouillante sans prononcer le nom de Dieu ;

-       Siffler la nuit ;

-       Dormir dans certains lieux isolés ;

-       Rester près d'un puits après la tombée du jour.

Ces coutumes sont très répandues dans certaines régions mais ne reposent pas sur des prescriptions coraniques. Avec l’exode des habitants des villages isolés vers les grandes villes, toutes ces traditions tentent aujourd’hui à disparaitre.

Les anthropologues les interprètent souvent comme des règles de prudence devenues, avec le temps, des croyances culturelles.

Regard anthropologique

Pour les spécialistes des sciences sociales, les croyances relatives aux djinns remplissent plusieurs fonctions. Elles permettent notamment :de donner un sens à des phénomènes inexpliqués, d'exprimer des peurs collectives, de maintenir des normes sociales, d'expliquer certaines maladies avant l'apparition de la médecine moderne ou encore de renforcer l'identité culturelle et les traditions locales.

Les chercheurs soulignent que des figures comparables existent dans de nombreuses civilisations, même si elles portent des noms différents.

Position de la théologie islamique

Les théologiens musulmans établissent généralement une distinction nette entre la croyance en l'existence des djinns, qui relève de la foi islamique, et les nombreuses traditions populaires qui se sont développées autour d'eux. Ils rappellent plusieurs principes telles que les djinns existent selon le Coran, que leur nature exacte demeure largement inconnue qu’il n'existe aucun texte authentique décrivant des « rois » comme Lalla Aïcha ou Chamharouch qu’il ne faut pas attribuer à des récits folkloriques la même autorité qu'aux sources religieuses, que toute pratique consistant à invoquer les djinns, leur demander secours ou leur attribuer un pouvoir indépendant de Dieu est généralement considérée comme incompatible avec la théologie islamique classique.

Conclusion

La vision populaire marocaine des djinns constitue un remarquable exemple de rencontre entre la religion, l'histoire et le patrimoine culturel. Elle a produit un imaginaire extrêmement riche, où se côtoient figures légendaires, rituels de guérison, musique, récits oraux et croyances locales. Pour comprendre ce phénomène, il est utile de distinguer trois niveaux : la doctrine islamique, qui affirme l'existence des djinns sans en détailler la vie sociale ; le folklore marocain, qui leur attribue des noms, des royaumes et des fonctions ; et l'analyse anthropologique, qui étudie ces croyances comme des faits culturels. Cette distinction permet d'aborder le sujet avec rigueur, sans confondre les enseignements religieux, les traditions populaires et les interprétations des sciences humaines.

Les pouvoirs attribués aux djinns

Les capacités attribuées aux djinns dans les sources islamiques

Les textes islamiques attribuent aux djinns plusieurs facultés qui les distinguent des êtres humains. Ces capacités sont principalement mentionnées dans le Coran et complétées par certains hadiths ainsi que par les commentaires des grands exégètes. Il convient toutefois de souligner que ces descriptions appartiennent au domaine de la théologie. Elles ne constituent pas une description scientifique du monde, mais une présentation des caractéristiques que Dieu aurait accordées à cette catégorie de créatures.

1 Une grande rapidité de déplacement

Parmi les qualités les plus remarquables attribuées aux djinns figure leur extraordinaire rapidité. Le passage le plus célèbre se trouve dans le récit du prophète Sulayman (Salomon), auquel Dieu avait accordé une autorité exceptionnelle sur les hommes, les animaux et les djinns.

Lorsque Salomon apprend que la reine de Saba doit venir à sa rencontre, il demande à son assemblée :

« Qui d'entre vous m'apportera son trône avant qu'ils ne viennent à moi soumis ? »

Le Coran rapporte alors qu'un ifrit, c'est-à-dire un djinn réputé particulièrement puissant, répond :

« Je te l'apporterai avant que tu ne te lèves de ton siège. »

(Coran 27:38-39)

Ce passage suggère qu'un djinn est capable d'accomplir en très peu de temps une tâche qui serait impossible pour un être humain ordinaire. Le transport du trône aurait impliqué une distance de plusieurs centaines de kilomètres, entre le royaume de Saba, généralement situé dans le sud de la péninsule Arabique, et le royaume de Salomon.

Cependant, le récit poursuit en indiquant qu'un autre personnage, « celui qui possédait une connaissance du Livre », apporte finalement le trône encore plus rapidement, « en un clin d'œil ». Les exégètes débattent de l'identité de cette personne : certains y voient un homme pieux doté d'un savoir particulier accordé par Dieu, d'autres un ange.

Ce récit montre que, même si les djinns disposent de capacités supérieures à celles des humains dans certains domaines, leur pouvoir demeure limité et dépend entièrement de la volonté divine. Le Coran insiste sur le fait que toute puissance appartient en définitive à Dieu.

2 Une capacité de transformation

Les traditions islamiques rapportent également que certains djinns peuvent prendre différentes apparences. Cette idée ne fait pas l'objet d'un développement détaillé dans le Coran lui-même, mais elle apparaît dans plusieurs hadiths et dans les commentaires des savants.

Les formes les plus fréquemment mentionnées sont :

-       Des êtres humains ;

-       Des serpents ;

-       Des chiens, en particulier des chiens noirs dans certaines traditions ;

-       D’autres animaux.

Par exemple, plusieurs hadiths évoquent la présence de serpents dans les habitations et recommandent, avant de les tuer, de les avertir durant plusieurs jours, car certains pourraient être des djinns ayant adopté cette apparence. Les juristes précisent que cette recommandation concernait principalement certains contextes particuliers, notamment la ville de Médine.

Les exégètes comme Ibn Kathir ou Al-Qurtubi expliquent que cette faculté de transformation constitue une caractéristique propre aux djinns, accordée par Dieu.

Il convient de distinguer ici les textes religieux des croyances populaires. Les sources islamiques admettent la possibilité que certains djinns prennent une apparence visible. En revanche, elles n'autorisent pas à conclure que toute apparition inhabituelle, tout animal étrange ou toute personne inconnue serait un djinn déguisé. Les savants mettent en garde contre ce type de conclusions hâtives, qui relèvent davantage de la superstition que de la théologie.

3 Une longévité supérieure à celle des humains

Le Coran ne précise pas la durée de vie exacte des djinns. Toutefois, plusieurs indices laissent penser qu'ils vivent beaucoup plus longtemps que les êtres humains. Le cas le plus évident est celui d'Iblis.

Selon le Coran, Iblis existait avant la création d'Adam. Après avoir refusé de se prosterner devant lui, il demanda à Dieu un délai jusqu'au Jour de la Résurrection afin de tenter les êtres humains. Dieu lui accorda ce répit. Ce récit implique qu'Iblis traverse l'ensemble de l'histoire humaine, ce qui montre qu'au moins certains djinns peuvent connaître une existence extrêmement longue. À ce propos les savants ont généralement considéré que les djinns possèdent une durée de vie largement supérieure à celle des hommes, même si eux aussi sont mortels. Le Coran rappelle que seule Dieu possède l'éternité absolue.

La longévité des djinns ne signifie pas qu'ils sont immortels. Comme toute créature, ils ont été créés par Dieu et dépendent entièrement de Lui. Leur durée de vie, bien qu'elle puisse être très importante selon la tradition, demeure finie.

4 Une force physique remarquable

Plusieurs passages du Coran suggèrent que certains djinns possèdent une force considérable. Sous l'autorité de Salomon, ils accomplissent des travaux d'une ampleur exceptionnelle :

-       Construction de palais ;

-       Édification de monuments ;

-       Fabrication de grandes statues décoratives ;

-       Réalisation de bassins et de chaudrons gigantesques.

Le Coran (34:12-13) présente ces réalisations comme des œuvres exécutées par les djinns sur ordre de Salomon. Les exégètes voient dans ce passage une illustration de leurs capacités physiques supérieures à celles des hommes ordinaires.

Ces capacités ne doivent pas être interprétées comme une autonomie absolue. Le Coran souligne que les djinns travaillaient sous l'autorité de Salomon parce que Dieu lui avait accordé ce pouvoir exceptionnel.

5 Une connaissance illimitée

Les croyances populaires attribuent parfois aux djinns une connaissance totale du monde invisible. Le Coran corrige explicitement cette idée. Ainsi lorsque Salomon meurt, les djinns continuent à travailler sans se rendre compte de son décès jusqu'à ce que son bâton, rongé par un insecte, se brise et que son corps tombe. Le Coran conclut alors que, si les djinns avaient réellement connu l'invisible, ils n'auraient pas poursuivi leur travail dans cette situation (34:14).

Ce passage est essentiel. Il montre que, malgré leurs capacités particulières, les djinns ne possèdent pas une connaissance absolue. Dans la théologie islamique, Dieu seul connaît pleinement l'invisible. Les djinns peuvent percevoir certaines réalités échappant aux humains, mais ils restent des créatures limitées.

Synthèse théologique

Les capacités attribuées aux djinns — rapidité, force, faculté de se manifester sous certaines formes et longévité — servent avant tout à montrer qu'ils appartiennent à un ordre de création différent de celui des hommes. Cependant, le Coran insiste constamment sur un point fondamental : ces facultés ne font pas des djinns des êtres divins ou omnipotents. Ils demeurent des créatures de Dieu, soumises à Sa volonté, responsables de leurs actes et limitées dans leur savoir comme dans leur puissance.

Cette précision est importante pour éviter deux excès opposés : d'une part, réduire les djinns à de simples légendes sans tenir compte de leur place dans la théologie islamique ; d'autre part, leur attribuer des pouvoirs illimités que les textes ne leur reconnaissent pas. Le Coran présente un équilibre : les djinns possèdent des capacités extraordinaires par rapport aux humains, mais ces capacités restent finies et entièrement dépendantes de la puissance divine.

Iblis et les démons

Le Coran précise qu'Iblis est un djinn qui a refusé d'obéir à Dieu en refusant de se prosterner devant Adam. À la suite de ce refus, il devient l'adversaire spirituel de l'humanité.

Les « shayatîn » (démons) sont décrits comme ceux qui suivent Iblis et cherchent à détourner les humains.

Les textes distinguent donc les djinns en général des démons : tous les démons sont des djinns selon cette conception, mais tous les djinns ne sont pas des démons.

Les manifestations attribuées aux djinns

Dans les traditions populaires, de nombreux phénomènes sont attribués aux djinns :

-       Bruits inexpliqués ;

-       Cauchemars ;

-       Visions ;

-       Possessions ;

-       Lieux réputés « hantés ».

Les approches varient selon les savants. Beaucoup rappellent qu'il ne faut pas attribuer automatiquement un phénomène inexpliqué à un djinn. Des causes psychologiques, médicales ou environnementales doivent également être envisagées.

Les OVNI

Le terme OVNI signifie simplement qu'un objet ou un phénomène n'a pas été identifié au moment de l'observation. Les enquêtes montrent que de nombreux cas trouvent ensuite une explication (avions, drones, phénomènes atmosphériques, etc.), tandis qu'une minorité reste sans conclusion en raison d'un manque de données.

 « Non identifié » ne signifie pas « extraterrestre ». Cela indique seulement qu'aucune explication définitive n'a été établie.

Pourquoi certains rapprochent-ils les djinns des OVNI ?

L'idée selon laquelle certains phénomènes attribués aux djinns dans les traditions religieuses pourraient être liés aux phénomènes aujourd'hui désignés sous le nom d'OVNI ou d'UAP (« phénomènes aériens non identifiés ») est relativement récente. Elle ne provient ni du Coran, ni des hadiths, ni de la théologie classique de l'islam. Elle apparaît essentiellement à partir de la seconde moitié du XXᵉ siècle, lorsque les récits d'observations d'OVNI se multiplient et deviennent un sujet d'intérêt public.

À partir des années 1960, plusieurs auteurs, issus d'horizons très différents (ufologie, anthropologie, histoire des religions ou réflexion spirituelle), ont remarqué que certains témoignages modernes présentaient des similitudes avec des récits anciens décrivant des rencontres avec des êtres invisibles, des esprits, des fées, des démons ou des djinns. Ils ont alors proposé l'hypothèse que ces différentes traditions pourraient, dans certains cas, décrire un même type de phénomène interprété différemment selon les époques et les cultures.

Il s'agit d'une hypothèse interprétative, et non d'une conclusion démontrée.

Une évolution des interprétations au fil des siècles

Au fil des siècles les interprétations ont évolué et les historiens des religions observent que les êtres mystérieux rapportés dans les récits populaires prennent souvent une forme qui correspond aux représentations de leur époque. Dans l'Europe médiévale, on évoquait des fées, des elfes ou des démons.  Dans le monde islamique, des phénomènes inhabituels étaient parfois attribués aux djinns.  Depuis le XXᵉ siècle, de nombreux témoins parlent plutôt d'extraterrestres ou d'occupants d'objets volants.

Pour certains chercheurs, cela pourrait indiquer que les interprétations changent avec les références culturelles disponibles, même si les expériences rapportées présentent parfois des points communs.

D'autres estiment au contraire que ces ressemblances ne prouvent pas qu'il s’agît d'un même phénomène. Des récits issus de contextes historiques et culturels très différents peuvent partager des motifs narratifs sans renvoyer à une même réalité.

Les ressemblances souvent citées

1. Les apparitions soudaines

Les traditions islamiques décrivent parfois les djinns comme capables de se manifester brusquement avant de disparaître. De leur côté, certains témoins d'OVNI racontent avoir vu un objet ou une lumière apparaître sans transition apparente.

Pour les partisans d'un rapprochement, cette soudaineté constitue un point commun.

Cette caractéristique reste toutefois très générale. De nombreux phénomènes naturels (météores, éclairs, effets atmosphériques) ou des erreurs de perception peuvent également donner l'impression d'une apparition soudaine. La seule similitude de comportement ne permet donc pas d'établir une identité entre les deux phénomènes.

2. Les disparitions rapides

Dans les récits religieux, les djinns sont souvent décrits comme capables de quitter un lieu avec une grande rapidité.

De manière comparable, certains témoignages d'OVNI rapportent des objets qui disparaissent instantanément ou semblent accélérer de façon inhabituelle.

Les auteurs qui rapprochent les deux phénomènes considèrent que cette mobilité exceptionnelle pourrait constituer un indice.

Il faut toutefois rappeler que les témoignages d'OVNI sont très variés. Beaucoup d'observations trouvent ultérieurement une explication conventionnelle, tandis que d'autres restent inexpliquées faute de données suffisantes. Les récits de disparition rapide ne permettent donc pas, à eux seuls, de conclure à une origine particulière.

3. Les changements d'apparence

La tradition islamique rapporte que certains djinns peuvent, avec la permission de Dieu, prendre différentes formes. Les hadiths évoquent notamment des apparitions sous forme humaine ou animale.

Dans certains témoignages contemporains, des observateurs d'OVNI décrivent également des entités ou des objets dont l'apparence semblerait varier ou se transformer.

Les défenseurs de l'hypothèse y voient un parallèle.

Les deux types de récits ne décrivent cependant pas les mêmes phénomènes. Les textes islamiques parlent de créatures appartenant au monde invisible, tandis que les témoignages modernes concernent des observations dont l'interprétation demeure incertaine. Les ressemblances restent donc descriptives et non démonstratives.

4. Les effets psychologiques

Certains récits traditionnels attribués aux djinns évoquent :

-       Une peur intense ;

-       Une sensation de présence ;

-       De la confusion ;

-       Des rêves ou cauchemars.

De leur côté, certains témoins d'OVNI rapportent également :

-       Une forte émotion ;

-       Un sentiment d'étrangeté ;

-       Une altération de la perception du temps ;

-       Des souvenirs fragmentaires.

Ces éléments sont parfois mis en parallèle.

Il faut simplement noter que ces effets psychologiques ne sont pas spécifiques aux récits de djinns ou d'OVNI. Ils peuvent accompagner de nombreuses expériences inhabituelles, y compris des phénomènes naturels, des situations de stress ou certaines expériences neurologiques. Ils ne constituent donc pas une preuve d'une origine commune.

Plusieurs auteurs ont contribué à faire connaître cette idée, bien qu'ils ne partagent pas tous les mêmes conclusions.

Parmi les plus souvent cités figurent :

-       Jacques Vallée, qui a proposé que certains récits modernes d'OVNI présentent des ressemblances avec d'anciens récits folkloriques. Il ne conclut pas que les OVNI sont des djinns ; il souligne plutôt que des expériences humaines comparables semblent être interprétées différemment selon les cultures.

-       John Keel, qui a suggéré que les phénomènes paranormaux, les apparitions et certains récits d'OVNI pourraient relever d'un même ensemble de manifestations encore mal comprises. Ses travaux sont influents dans certains milieux, mais restent controversés.

Dans le monde musulman, quelques auteurs contemporains ont également proposé que certains récits d'OVNI pourraient concerner des manifestations de djinns. Cette idée demeure toutefois marginale et ne représente pas la position dominante des théologiens.

Que dit la théologie islamique ?

Le Coran affirme l'existence des djinns, mais il ne mentionne pas les OVNI ni des objets volants pilotés par eux. Les grands exégètes classiques, tels qu'Al-Tabari, Ibn Kathir ou Al-Qurtubi, n'établissent aucun lien entre les djinns et des phénomènes comparables aux descriptions modernes d'OVNI. Cette absence est logique : ces phénomènes, tels qu'ils sont discutés aujourd'hui, n'appartenaient pas à leur contexte historique.

La plupart des savants musulmans contemporains adoptent une position prudente : ils reconnaissent l'existence des djinns sur la base des textes révélés, mais estiment qu'il n'existe aucun fondement scripturaire permettant d'affirmer que les OVNI sont des djinns.

Regard critique

D'un point de vue méthodologique, plusieurs limites doivent être soulignées.

Les ressemblances entre récits anciens et témoignages modernes peuvent s'expliquer de différentes façons :

-       Il pourrait s'agir de phénomènes différents interprétés de manière similaire ;

-       Certains motifs (êtres mystérieux, lumières, disparitions) sont très répandus dans les récits humains et ne renvoient pas nécessairement à une cause unique ;

-       Les témoignages sont influencés par le contexte culturel, les croyances et les attentes des témoins.

En sciences humaines, cette influence est bien documentée : une même expérience inhabituelle peut recevoir des interprétations différentes selon l'époque, la culture ou le cadre religieux de la personne qui la raconte.

Le rapprochement entre les djinns et les OVNI est une hypothèse contemporaine née de la comparaison entre des récits issus de contextes très différents. Elle repose sur certaines similitudes de description — apparitions soudaines, disparitions rapides, transformations ou effets psychologiques — mais ces ressemblances ne suffisent pas à démontrer qu'il s'agit d'un seul et même phénomène.

Du point de vue de la théologie islamique, les djinns sont des créatures du monde invisible dont l'existence est affirmée par le Coran. Du point de vue de la recherche scientifique, les OVNI désignent des phénomènes aériens dont certains restent non identifiés, sans que cela permette de conclure à leur origine. À ce jour, ni les textes islamiques ni les données scientifiques ne permettent d'établir un lien démontré entre les deux. Une présentation rigoureuse consiste donc à exposer cette hypothèse comme une interprétation discutée, et non comme un fait établi.

Ce qu'en disent les savants musulmans

L'existence des djinns constitue un élément fondamental de la croyance islamique, explicitement affirmé dans le Coran et développé dans les hadiths. En revanche, les phénomènes aujourd'hui appelés OVNI ou UAP sont des notions modernes qui n'apparaissent pas dans les sources scripturaires.

Les savants musulmans ne disposent donc d'aucun texte établissant un lien direct entre les djinns et les OVNI. Face à cette absence de référence explicite, plusieurs approches se sont développées, toutes fondées sur un même principe : ne pas affirmer comme certitude ce que les textes ne disent pas clairement.

1. La position de prudence : ne pas aller au-delà des textes !

La majorité des théologiens musulmans, qu'ils soient classiques ou contemporains, adoptent une attitude de grande prudence.

Ils rappellent un principe fondamental de la méthodologie islamique : les questions relatives au ghayb (le monde invisible) ne peuvent être connues que par la révélation. Lorsque le Coran ou les hadiths ne donnent pas d'information sur un sujet, il convient d'éviter les affirmations catégoriques.

Les grands exégètes classiques comme Al-Tabari, Ibn Kathir ou Al-Qurtubi décrivent les djinns conformément aux textes, sans chercher à les identifier à d'autres phénomènes.

Cette réserve est également présente chez de nombreux savants contemporains.

Commentaire

Cette approche repose sur une règle importante de la théologie islamique : le silence des textes invite à la retenue. Les savants estiment qu'il n'est pas légitime d'affirmer qu'un phénomène moderne est décrit dans le Coran si celui-ci ne l'indique pas explicitement.

Selon eux, relier systématiquement les OVNI aux djinns risquerait de transformer une hypothèse en croyance, ce qui irait au-delà de ce que permettent les sources.

2. La possibilité d'une dimension spirituelle

D'autres savants adoptent une position plus nuancée.

Ils reconnaissent que certains témoignages faisant état de phénomènes inhabituels ne trouvent pas toujours d'explication immédiate. Dans certains cas très particuliers, ils admettent qu'une intervention relevant du monde invisible puisse être envisagée comme une possibilité.

Ils rappellent que le Coran affirme l'existence des djinns et que ceux-ci peuvent, selon la volonté de Dieu, interagir avec le monde humain dans certaines circonstances.

Toutefois, ces savants soulignent que cette possibilité ne doit jamais être invoquée sans discernement.

Avant d'attribuer un phénomène à un djinn, ils recommandent d'examiner d'abord les explications les plus probables :

-       Une erreur d'observation ;

-       Un phénomène météorologique ;

-       Une cause psychologique ou neurologique ;

-       Une fraude ou une méprise ;

-       Un phénomène technologique.

Ce n'est qu'après avoir écarté ces possibilités qu'ils considèrent qu'une dimension spirituelle pourrait être évoquée, sans qu'il soit possible de la démontrer.

Commentaire

Cette approche est inspirée d'un principe juridique et théologique fréquent dans l'islam : ne pas recourir à une explication extraordinaire lorsqu'une explication ordinaire est suffisante.

Autrement dit, un phénomène mystérieux n'est pas automatiquement surnaturel.

3. Les savants qui privilégient les explications naturelles

Certains théologiens et intellectuels musulmans contemporains considèrent que les phénomènes qualifiés d'OVNI doivent être étudiés avant tout par les disciplines compétentes : astrophysique, aéronautique, météorologie, psychologie de la perception ou ingénierie.

Selon eux, les phénomènes observés dans le ciel relèvent en premier lieu de l'étude scientifique.

Ils rappellent que le terme « OVNI » signifie simplement objet volant non identifié.

Il ne désigne ni un extraterrestre, ni un djinn, ni une technologie particulière.

Cette approche est souvent défendue par des savants ayant également une formation scientifique.

Commentaire

Ces auteurs soulignent que le Coran encourage l'observation de la création et la recherche des causes naturelles. Pour eux, attribuer trop rapidement un phénomène inexpliqué aux djinns pourrait conduire à négliger les connaissances scientifiques et les progrès de l'enquête.

4. Les mises en garde contre les interprétations excessives

Plusieurs savants contemporains attirent l'attention sur les risques liés à une fascination excessive pour les récits d'OVNI.

Ils observent que les réseaux sociaux, les documentaires sensationnalistes et certaines théories du complot mélangent souvent : religion ; paranormal ; extraterrestres ; ésotérisme ou occultisme.

Selon eux, cette confusion peut conduire à des croyances qui ne reposent ni sur les textes religieux ni sur des preuves vérifiables.

Ils rappellent également que le Coran condamne les spéculations dépourvues de fondement solide.

Commentaire

Cette prudence vise à préserver la distinction entre la foi et les hypothèses. Dans la pensée islamique classique, il est préférable de reconnaître qu'un phénomène reste inexpliqué plutôt que de lui attribuer une cause sans preuve.

5. Existe-t-il des savants qui identifient les OVNI aux djinns ?

Quelques auteurs musulmans contemporains ont proposé que certains phénomènes d'OVNI pourraient être liés aux djinns.

Ils s'appuient sur plusieurs arguments :

-       L’invisibilité habituelle des djinns ;

-       Leur rapidité de déplacement ;

-       Leur capacité, selon certaines traditions, à prendre différentes apparences ;

-       Certains récits de rencontres inhabituelles.

Cependant, cette opinion demeure minoritaire.

Aucun texte du Coran ni aucun hadith authentique n'affirme que les djinns circulent dans des engins volants ou sont à l'origine des observations modernes d'OVNI.

Pour cette raison, la plupart des théologiens considèrent cette hypothèse comme une opinion personnelle plutôt que comme un enseignement religieux.

La méthode des grands exégètes

Les grands commentateurs du Coran, tels qu'Al-Tabari, Ibn Kathir et Al-Qurtubi, offrent un enseignement méthodologique toujours pertinent. Lorsqu'ils commentent les passages consacrés aux djinns, ils s'en tiennent aux informations transmises par la révélation et évitent d'élaborer des théories dépassant ce cadre. Cette retenue est souvent présentée comme un modèle : lorsqu'une question n'est pas tranchée par les textes, il est préférable de distinguer clairement ce qui relève de la certitude de ce qui relève de la conjecture.

Conclusion

Les avis des savants musulmans sur les OVNI ne sont pas contradictoires quant au fond, mais ils diffèrent dans leur manière d'aborder un sujet qui n'est pas traité explicitement par les sources religieuses.

Une tendance majoritaire invite à la prudence et refuse d'établir un lien entre les djinns et les OVNI en l'absence de preuves textuelles. Une autre admet qu'une dimension spirituelle puisse parfois être envisagée, tout en rappelant qu'elle ne peut être affirmée sans éléments solides. Enfin, certains insistent sur la nécessité d'étudier ces phénomènes selon les méthodes scientifiques avant de recourir à une interprétation relevant du monde invisible.

En définitive, la position la plus largement partagée dans la pensée islamique est celle de la prudence intellectuelle : croire à l'existence des djinns parce que la révélation l'enseigne, reconnaître que certains phénomènes restent inexpliqués, mais éviter d'affirmer un lien entre les deux sans preuve explicite issue des textes ou d'éléments empiriques convaincants.

Regard scientifique

La science s'appuie sur des observations reproductibles et des preuves empiriques. À ce jour l'existence des djinns relève de la foi et n'est pas démontrable par les méthodes scientifiques actuelles ou par certaines observations d'OVNI qui demeurent inexpliquées, mais cela ne permet pas de conclure à une origine précise.

L'absence d'explication n'est pas une preuve en faveur d'une hypothèse particulière.

CONCLUSION GÉNÉRALE

Les djinns occupent une place importante dans la théologie islamique et leur existence est un élément de foi pour les musulmans. Les OVNI, eux, sont un sujet d'enquête où certaines observations restent non élucidées.

Les comparaisons entre ces deux domaines peuvent être intellectuellement stimulantes, mais elles doivent être abordées avec prudence. Les textes religieux ne les identifient pas explicitement, et les recherches scientifiques n'ont pas établi de lien démontré. Une approche équilibrée consiste donc à reconnaître ce que chaque domaine peut dire selon ses propres méthodes, sans confondre croyance, interprétation et preuve.

 

Équipe rédactionnelle du GEOS France  GL



https://ovnietuapinfo.com/wp-content/uploads/2025/08/l-ufologie-au-maroc-v-07-2025.pdf